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    Dessine-moi un Salon

    Un visage vaut mille mots dans le bain de la caricature

    2 novembre 2007 |Émilie Folie-Boivin | Arts visuels
    La caricature de Robert La Palme dessinée par l’invité d’honneur au Salon de la caricature, Yves Demers.
    Photo: La caricature de Robert La Palme dessinée par l’invité d’honneur au Salon de la caricature, Yves Demers.
    Aux Journées de la culture, l'automne dernier, il a eu trois jours pour s'exposer. Devant le succès de ses oeuvres, la Place des Arts l'a prolongé d'un mois. Pas étonnant que le Salon de la caricature, du dessin de presse et d'humour remette ça cette année en s'offrant le bain Mathieu pour un long, long week-end où seront soulignés les 1001 visages du métier.

    Dès ce soir, une trentaine d'artistes se rassembleront pour partager avec le grand public leur profession et surtout leur passion pour la caricature, un art qui mérite une plus grande visibilité que les quelques centimètres carrés que les journaux leur réservent chaque jour.

    La caricature se déploie bien au-delà des quelques recoins touristiques du Vieux-Québec ou du Vieux-Montréal, où les dessinateurs soulignent à gros traits, en quelques coups de crayon, les imperfections des passants fervents d'autodérision.

    De l'italien caricatura, la caricature réfère à une attaque, une charge. Une déformation. Et la satire ne date pas d'hier. Au Québec, les premières esquisses caricaturales sont tracées en 1759 par George Townshend, qui prenait un malin plaisir à ridiculiser sur papier son patron, le général James Wolfe, pendant le siège de Québec.

    Il y a 40 ans, la caricature était non seulement sur la carte, elle avait son propre salon international à Montréal, grâce à Robert La Palme. Un des plus illustres créateurs du Québec, La Palme a sévi dans plusieurs publications de langue française au milieu du XXe siècle, dont L'Ordre, La Renaissance, L'Action catholique, La Patrie et Le Devoir, avant de diriger le Pavillon de l'humour à l'Expo 67.

    Le salon du célèbre artiste a permis de faire reconnaître la caricature en tant qu'apport de premier ordre à la culture 25 ans durant, avant de s'éteindre par manque d'appui financier. Depuis, les dessinateurs d'humour vivent dans l'ombre. «Du moins pour la quarantaine d'artistes n'ayant pas d'emploi dans les journaux», explique l'artiste Robert Lafontaine, un des fondateurs de cette manifestation. 1001 visages reprend ainsi la mission de La Palme.

    «L'idée, c'est de propulser la caricature, qui est un art populiste, au niveau de la galerie.» De l'autre côté de l'Atlantique, les expositions et les salons de dessins d'humour pleuvent alors que les collectionneurs reconnaissent et — surtout — se procurent des originaux d'artistes internationaux. Chez nous, par contre, les oeuvres peinent à percer dans leur propre contrée. «En Europe, être artiste est respecté, et il y a une culture de l'art. Un boulanger en France peut me connaître et vouloir se procurer un de mes dessins», ajoute le caricaturiste.

    1001 visages propose une formule qui diffère de ses cousins d'outre-mer. Les visiteurs peuvent observer, certes, mais aussi acquérir les oeuvres des exposants, de la même façon qu'ils se procureraient une nature morte pour décorer une pièce de la maison.

    Ici, la caricature n'est pas reconnue comme un art, tant du public que dans le milieu artistique. «La Palme n'a même pas sa place au Musée des beaux-arts de Montréal!», s'étonne l'organisateur de 1001 visages. «Pourtant, son oeuvre allait bien au-delà de la caricature.» Robert La Palme, artiste avant-gardiste dont les compositions aux couleurs vibrantes côtoient le cubisme, s'est commis ailleurs que dans les journaux. Les usagers du métro de Montréal qui lèvent juste un peu les yeux croisent ses murales tous les jours aux stations Crémazie et Berri-UQAM.

    Le deuxième Salon de la caricature, du dessin de presse et d'humour n'a peut-être pas l'envergure de ceux de La Palme, mais il faut plus qu'un post-it pour en noter la liste des exposants!

    Dans le bassin du bain Mathieu, en plus de l'invité d'honneur Yves Demers, artiste du dessin d'humour maintenant réputé pour ses talents de créateur de décors thématiques, se croiseront plusieurs noms. Parmi ceux-ci: Bado, caricaturiste au quotidien Le Droit, Métyvié, que le Québec a découvert avec le défunt jeu télévisé Fais-moi un dessin, le Russe Oleg Dergachov, lauréat d'une soixantaine de prix internationaux, et Dea, dont le coup de patte s'est retrouvé dans La Presse.

    En plus d'exposer, André Pijet, connu également grâce au quotidien de la rue Saint-Jacques, a proposé d'ajouter un volet international à 1001 visages. Plus de 120 dessins provenant de la main de dessinateurs d'une dizaine de pays ont été retenus et s'affronteront dans un concours primé.

    Les remises de prix se succéderont au cours de l'exposition, notamment lors du vernissage, ce soir, avec le prix Robert La Palme — dix ans après le décès du célèbre artiste —, qui récompense le créateur canadien s'étant illustré dans la sculpture, le dessin d'humour ou encore la caricature au cours de sa carrière. Le public aura le dernier mot pour les prix remis le dernier jour de l'exposition.

    Quant à eux, les dessinateurs qui exerceront leur art en immortalisant le minois des visiteurs sur papier auront le dernier coup de crayon.

    ***

    - 1001 visages, Bain Mathieu 2915 Ontario Est, jusqu'au 6 novembre 2007, www.1001visages.ca, www.bainmathieu.ca.
    La caricature de Robert La Palme dessinée par l’invité d’honneur au Salon de la caricature, Yves Demers. George Bush, de Patrick Dea.












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