Photographie - Enrique Meneses se souvient de Castro dans la Sierra Maestra
9 août 2007
Arts visuels
Photo : Agence France-Presse
Cette photo, qui a été prise en décembre 1957, montre Fidel Castro, Raúl Castro et le photographe espagnol Enrique Meneses à Cuba.
Madrid — «Fidel ne reviendra pas et Raúl fera la transition»: pour le photographe espagnol Enrique Meneses, auteur d'un scoop mondial sur la guérilla castriste il y a près de 50 ans dans la Sierra Maestra, cette aventure historique va bientôt s'achever.
Dans la chaleur estivale de son petit appartement de Madrid, il garde un souvenir vivace des quatre mois passés fin 1957-début 1958 avec Fidel Castro, son frère Raúl, Ernesto Che Guevara ou Camilo Cienfuegos, luttant dans la montagne cubaine contre le dictateur Fulgencio Batista.
«C'étaient des idéalistes, surtout Fidel, mais après ç'a mal tourné», confie à l'AFP Meneses, dont les photos publiées par l'hebdomadaire français Paris Match en mars 1958 révélèrent au monde le combat et la vie quotidienne d'un groupe de «barbudos» décidé mais hétéroclite.
Le journaliste américain du New York Times Herbert Matthews avait bien, peu auparavant, interviewé Castro — qui s'était proclamé démocrate et anticommuniste —, mais à la lisière de la Sierra Maestra, pendant à peine «trois heures», rappelle Meneses.
À 71 ans, il se souvient des nuits blanches passées dans son hamac, à côté de Fidel, bavard invétéré. «Il parlait toute la nuit. Il voulait que je lui dise tout de Nasser et de ses réformes agraires», raconte Meneses.
Le photographe espagnol avait commencé sa carrière multiforme en Égypte avant de se retrouver par hasard à Cuba à la suite d'une aventure sentimentale rocambolesque. Un contact avec la rébellion l'avait amené dans la montagne.
C'est grâce à lui que les guérilleros ont conservé leurs célèbres barbes. «Quand ils ont voulu les raser, j'ai dit à Fidel: si vous faites ça, mes 2000 négatifs ne valent plus rien!» se souvient-il.
Mais ce témoin privilégié n'a jamais pu retourner sur l'île, dont il fut expulsé au printemps 1958 par la police de Batista, après avoir été arrêté puis «tabassé» pendant une semaine.
Le «Che» lui a expliqué pourquoi, quelque temps après, lors d'une rencontre à l'étranger: «Castro est furieux parce que tu as dit qu'on était entourés de communistes. Il croyait que tu étais des nôtres!»
«Jamais de la vie. Le professionnalisme avant tout!», s'exclame Meneses, qui eut ensuite une carrière journalistique très diversifiée à l'étranger et en Espagne, notamment à la télévision et à la radio nationales.
Il a même édité les versions espagnoles des magazines Playboy et Lui, juste après la fin du franquisme dans les années 1970. «Il fallait réveiller le pays sexuellement», dit-il avec malice.
Parmi ses photos, exposées cet été par l'Association de la presse de Madrid, figurent des clichés devenus célèbres de Castro dictant un texte à la lumière d'une bougie ou réfléchissant au coeur de la forêt cubaine.
Mais aussi un portrait lumineux de la jeune Vilma Espin, qui l'avait aidé à «monter» dans la Sierra depuis La Havane.
Décédée récemment, cette universitaire était devenue l'épouse de Raúl Castro et une icône de la Révolution cubaine. Sa fille, Mariela Castro, défend les droits des homosexuels à Cuba.
Pour Meneses, il est clair que Cuba, qui vient de passer un an sans Fidel, malade, ne reverra plus à sa tête son dirigeant emblématique et que son frère peut mener une transition s'éloignant de l'actuel régime castriste.
Suivant toujours de près l'actualité de l'île, il juge Raúl beaucoup plus «pragmatique» que son frère, notamment en raison de «l'influence favorable sur son caractère» exercée par Vilma et Mariela.
Dans la chaleur estivale de son petit appartement de Madrid, il garde un souvenir vivace des quatre mois passés fin 1957-début 1958 avec Fidel Castro, son frère Raúl, Ernesto Che Guevara ou Camilo Cienfuegos, luttant dans la montagne cubaine contre le dictateur Fulgencio Batista.
«C'étaient des idéalistes, surtout Fidel, mais après ç'a mal tourné», confie à l'AFP Meneses, dont les photos publiées par l'hebdomadaire français Paris Match en mars 1958 révélèrent au monde le combat et la vie quotidienne d'un groupe de «barbudos» décidé mais hétéroclite.
Le journaliste américain du New York Times Herbert Matthews avait bien, peu auparavant, interviewé Castro — qui s'était proclamé démocrate et anticommuniste —, mais à la lisière de la Sierra Maestra, pendant à peine «trois heures», rappelle Meneses.
À 71 ans, il se souvient des nuits blanches passées dans son hamac, à côté de Fidel, bavard invétéré. «Il parlait toute la nuit. Il voulait que je lui dise tout de Nasser et de ses réformes agraires», raconte Meneses.
Le photographe espagnol avait commencé sa carrière multiforme en Égypte avant de se retrouver par hasard à Cuba à la suite d'une aventure sentimentale rocambolesque. Un contact avec la rébellion l'avait amené dans la montagne.
C'est grâce à lui que les guérilleros ont conservé leurs célèbres barbes. «Quand ils ont voulu les raser, j'ai dit à Fidel: si vous faites ça, mes 2000 négatifs ne valent plus rien!» se souvient-il.
Mais ce témoin privilégié n'a jamais pu retourner sur l'île, dont il fut expulsé au printemps 1958 par la police de Batista, après avoir été arrêté puis «tabassé» pendant une semaine.
Le «Che» lui a expliqué pourquoi, quelque temps après, lors d'une rencontre à l'étranger: «Castro est furieux parce que tu as dit qu'on était entourés de communistes. Il croyait que tu étais des nôtres!»
«Jamais de la vie. Le professionnalisme avant tout!», s'exclame Meneses, qui eut ensuite une carrière journalistique très diversifiée à l'étranger et en Espagne, notamment à la télévision et à la radio nationales.
Il a même édité les versions espagnoles des magazines Playboy et Lui, juste après la fin du franquisme dans les années 1970. «Il fallait réveiller le pays sexuellement», dit-il avec malice.
Parmi ses photos, exposées cet été par l'Association de la presse de Madrid, figurent des clichés devenus célèbres de Castro dictant un texte à la lumière d'une bougie ou réfléchissant au coeur de la forêt cubaine.
Mais aussi un portrait lumineux de la jeune Vilma Espin, qui l'avait aidé à «monter» dans la Sierra depuis La Havane.
Décédée récemment, cette universitaire était devenue l'épouse de Raúl Castro et une icône de la Révolution cubaine. Sa fille, Mariela Castro, défend les droits des homosexuels à Cuba.
Pour Meneses, il est clair que Cuba, qui vient de passer un an sans Fidel, malade, ne reverra plus à sa tête son dirigeant emblématique et que son frère peut mener une transition s'éloignant de l'actuel régime castriste.
Suivant toujours de près l'actualité de l'île, il juge Raúl beaucoup plus «pragmatique» que son frère, notamment en raison de «l'influence favorable sur son caractère» exercée par Vilma et Mariela.
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