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Arts visuels - Images venues d'ici

Martine Letarte   9 juin 2007  Arts visuels
Souvent coincés entre la tradition et les influences de la modernité, les artistes autochtones expriment souvent leur questionnement identitaire à travers leurs oeuvres. En présentant deux expositions importantes en arts visuels, le festival Présence autochtone souhaite faire découvrir au grand public ces artistes importants qui suscitent la réflexion sur la spécificité autochtone d'aujourd'hui.

D'abord, la Guilde canadienne des métiers d'art présente, jusqu'au 30 juin, l'exposition Horizons, aquarelles et collages sur papier, de Jean-Pierre Pelchat. «Cet artiste cri de la Baie-James présente une série d'oeuvres qui portent sur les transformations que subit la société crie de cette région avec le développement des barrages et les retombées économiques et sociales que cela a engendré», explique le directeur général de Présence autochtone, André Dudemaine.

La réalité crie

Jean-Pierre Pelchat est né en 1968 d'un père québécois et d'une mère crie. C'est en étudiant les arts plastiques à l'université Concordia, à la fin des années 1990 et au début des années 2000, que l'artiste a compris qu'il avait le pouvoir d'informer les gens sur la dure réalité vécue par les Cris, particulièrement depuis la signature de la Convention de la Baie-James, en 1975. Le traité a occasionné tout un changement de mode de vie qu'il a vu de près, alors qu'il était enfant.

Au cours de ses études, Jean-Pierre Pelchat a fait la connaissance de plusieurs artistes autochtones qui l'ont influencé, comme Jane Ash Poitras, Carl Beam, Lawrence Paul Luxweluptun et Faye Heavyshield. Chez ces artistes, M. Pelchat a su apprécier la qualité artistique, mais également la communication de leurs pensées, sentiments et visions à propos des peuples indigènes du monde entier.

«Armé des connaissances reçues de ces artistes autochtones contemporains, de leur art et de ma volonté d'exprimer mes réflexions sur ma culture et mes traditions qui continuent de disparaître peu à peu, j'ai cherché à exprimer mon point de vue sur les Cris, sur ce qui leur arrive, à eux et à leur terre», explique Jean-Pierre Pelchat.

Propos de dépendance

Dans ses oeuvres, l'artiste s'exprime parfois avec humour, parfois avec véhémence, mais toujours sans complaisance, sur les questions territoriales, sociales et culturelles auxquelles doit faire face la nation crie. Plusieurs réalités le font réagir, que ce soit la piètre qualité de l'éducation en territoire cri, la tendance qu'ont les dirigeants cris à accepter de l'argent des gouvernements en échange de territoires, ou encore la dépendance développée par les Premières Nations par rapport aux technologies des Blancs.

«Je n'ai rien contre la technologie: je l'utilise tous les jours et je suis bien content de sa présence. Toutefois, ce qui m'enrage, c'est le fait que nous, les Cris, dans notre empressement d'accueillir la technologie, ayons oublié nos pratiques et nos technologies qui étaient efficaces. Et maintenant, confrontés à la perte de la plupart de nos habitudes, nous cherchons désespérément une nouvelle identité.»

Le travail artistique de Jean-Pierre Pelchat présente donc son point de vue sur ces questions, ses idées, ses rêves et ses objectifs. Il discute aussi avec les gens de sa communauté, à Chisasibi, où il vit et enseigne, et essaie d'incorporer leurs idées et points de vue dans son travail. «Les artistes ne doivent pas toujours peindre ou sculpter ce qui est beau; ils ont de plus grandes responsabilités», affirme-t-il.

Parcours identitaire à la Grande Bibliothèque

Jusqu'au 2 septembre maintenant, la Grande Bibliothèque présente, en collaboration avec Terres en vues, Parcours identitaires, une exposition qui offre à ses visiteurs un réseau de pistes et de signaux dévoilant une grande quête. «Cette exposition réunit des oeuvres d'artistes qui s'interrogent sur leur identité en tant qu'individus d'une Première Nation faisant face à l'univers contemporain. Les oeuvres traduisent toute une démarche d'affirmation, d'émergence d'une image qui va au-delà des clichés», affirme M. Dudemaine.

L'exposition réunit des oeuvres des artistes Maria Hupfield, Jim Logan, Alexis MacDonald Seto, Jean-Pierre Pelchat, Walter K. Scott et Christine Sioui Wawanoloath. Avec ses sept tableaux, Jim Logan dresse un portrait saisissant de son enfance, tantôt marquée par les tristement célèbres «écoles résidentielles», tantôt affectée par la relation difficile qu'il vivait avec son père. Pour sa part, Christine Sioui Wawanoloath nous présente, grâce à ses sculptures, un monde peuplé d'esprits, d'animaux mythologiques, de pêcheurs de perles et d'autres déesses rouges. Maria Hupfield semble, avec deux oeuvres, remettre l'identité en question à partir de perspectives opposées. D'un côté, les clichés, de l'autre, une synthèse des déchirements et des rapprochements propres à tout questionnement identitaire.

Les oeuvres proviennent des collections du Centre d'art indien et inuit du ministère des Affaires indiennes et du Nord canadien. La sélection des pièces présentées a été réalisée par la cinéaste mohawk de Kahnawake, Tracy Deer.

D'ailleurs, le tout dernier film de la réalisatrice, Mohawk Girls, qui fait partie de l'exposition, brosse un portrait étonnant de la culture des jeunes autochtones d'aujourd'hui. L'oeuvre présente trois jeunes femmes qui vivent les mêmes problèmes identitaires, culturels et familiaux que la cinéaste a dû elle-même affronter pendant sa jeunesse à Kahnawake.

Avec la réflexion de la cinéaste exprimée dans son propre film, aux côtés de plusieurs oeuvres d'artistes qui viennent à leur tour redéfinir la spécificité autochtone d'aujourd'hui, l'exposition devient une trame de conversations croisées rappelant que l'identité est une oeuvre ouverte en constante évolution.

Collaboratrice du Devoir

- Guilde canadienne des métiers d'art, 1460, rue Sherbrooke Ouest, suite B

- Grande Bibliothèque, 475, boulevard de Maisonneuve Est, Niveau 1, salle de la Collection nationale

- http://www.nativelynx.qc.ca






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