Fernand Leduc : du Refus global aux Microchromies
René Viau - Critique d'art et auteur de nombreux ouvrages sur des artistes québécois
26 mars 2007
Arts visuels
À 90 ans, Fernand Leduc s'est réinstallé au Québec. Après avoir reçu un doctorat honorifique de l'Université du Québec, après l'exposition et le catalogue que lui a consacrés le Musée du Québec l'été dernier, il vient de recevoir l'un des Prix du Gouverneur général en arts visuels.
Sa peinture ne se livre pas facilement. On croit d'abord être devant des toiles d'une seule couleur. Mais à y regarder de près, nous sommes davantage transportés devant un monde pictural plus proche de Monet ou de Turner que de toute austérité minimale.
Ces Microchromies, titre de ses oeuvres «apparues» en 1970, que de fois nous en avons discuté. L'avoir vu travailler et avoir fréquenté son atelier — Leduc est mon beau-père — m'a certainement aidé à mieux comprendre sa peinture exigeante.
Avec sa compagne Thérèse Renaud, poète, aussi comme lui signataire du Refus global, décédée en décembre 2006, Leduc avait, en Italie, transformé en atelier un pressoir à olives abandonné. Ils se rendaient là, à la frontière entre la Ligurie et la Toscane, six mois par année. Comme par osmose, la lumière de ce lieu, vibrant des reflets des montagnes de marbre de Carrare s'alliant aux effluves de la Méditerranée toute proche, s'imprimait sur les toiles de Leduc.
«Au fond je suis un peintre impressionniste, dit-il. Ce n'est pas parce que ma peinture est non figurative qu'elle est coupée du monde où je vis.»
Création et quotidien
Cette peinture est aussi marquée d'une connivence inédite entre création et vie quotidienne. On voyait Fernand abandonner son chevalet ou sa table de travail pour des travaux dans son jardin. Mais il retournait à la peinture, approfondissant une relation intime et constante.
Une fois notre regard happé, l'oeil décèle sur la toile ou la feuille des mouvements à peine perceptibles au début. Des pulsions, des variations de tons se font jour sur une surface que l'on croyait unie. La richesse des nuances, des rapports de couleurs et d'intensités nous saisit. Avec leurs zones qui semblent palpiter, les pastels illustrent de façon plus évidente cette manière de peindre. Les peintures à l'acrylique sont aussi constituées de superpositions colorées qui réagissent entre elles.
Que reste-t-il aujourd'hui de l'automatisme auquel Leduc a été lié? «Une purge. Une sorte de déblocage. Un acquis pour aborder chaque tableau à venir. Loin d'être une technique, l'automatisme a été pour moi une éthique, une exigence de comportement et surtout une pensée globale. En peinture, cette purge m'a appris à dépasser tout préjugé. À me retrouver chaque fois devant la toile, toujours en était d'aventure.»
Réfléchissant l'ambiance de ces paysages qui les nourrissent, ses Microchromies affichent un climat apaisé. Nous sommes loin des explosions picturales déchirant le ciel de la «grande noirceur».
Paris, Montréal
Après la publication du Refus Global en 1948, qu'il signe avec ses camarades Gauvreau, Riopelle, Mousseau, Françoise Sullivan..., Leduc s'éloigne de Borduas. Leduc, qui est alors à Paris, tente de dédramatiser, de pacifier sa peinture. Prémonition de sa recherche actuelle? Il déclare au poète Claude Gauvreau, en 1950, vouloir «créer des oeuvres libérantes harmonieuses, ordonnées, reflets de la liberté, de l'harmonie, de l'ordre intérieur».
À l'été 1950 il est à l'île de Ré. Éclaircies, s'inspirant de l'horizon, de l'architecture des chais et des mouvements de la mer, ses oeuvres sur papier puisent au milieu, au climat ambiant.
À Paris depuis 1947, les Leduc retournent en 1953 à Montréal. Organisées mais toujours fluides, les constructions occuperont le papier ou la toile en pavés, plages ou galet. L'accident, le geste spontané font alors place à la structuration. «Plasticien», Leduc s'accroche aux angles et aux plans. Ses tableaux se font géométriques.
Il est de nouveau à Paris en 1959. Tensions. Assouplissement. 1965 à 1969: équilibres entre formes organiques se lovant et s'interpénétrant. Il dépouille. Couleurs vives en contrastes. Ces couleurs vont fusionner.
1970: les formes s'estompent. La lumière devient le sujet de ses oeuvres.
Sa peinture ne se livre pas facilement. On croit d'abord être devant des toiles d'une seule couleur. Mais à y regarder de près, nous sommes davantage transportés devant un monde pictural plus proche de Monet ou de Turner que de toute austérité minimale.
Ces Microchromies, titre de ses oeuvres «apparues» en 1970, que de fois nous en avons discuté. L'avoir vu travailler et avoir fréquenté son atelier — Leduc est mon beau-père — m'a certainement aidé à mieux comprendre sa peinture exigeante.
Avec sa compagne Thérèse Renaud, poète, aussi comme lui signataire du Refus global, décédée en décembre 2006, Leduc avait, en Italie, transformé en atelier un pressoir à olives abandonné. Ils se rendaient là, à la frontière entre la Ligurie et la Toscane, six mois par année. Comme par osmose, la lumière de ce lieu, vibrant des reflets des montagnes de marbre de Carrare s'alliant aux effluves de la Méditerranée toute proche, s'imprimait sur les toiles de Leduc.
«Au fond je suis un peintre impressionniste, dit-il. Ce n'est pas parce que ma peinture est non figurative qu'elle est coupée du monde où je vis.»
Création et quotidien
Cette peinture est aussi marquée d'une connivence inédite entre création et vie quotidienne. On voyait Fernand abandonner son chevalet ou sa table de travail pour des travaux dans son jardin. Mais il retournait à la peinture, approfondissant une relation intime et constante.
Une fois notre regard happé, l'oeil décèle sur la toile ou la feuille des mouvements à peine perceptibles au début. Des pulsions, des variations de tons se font jour sur une surface que l'on croyait unie. La richesse des nuances, des rapports de couleurs et d'intensités nous saisit. Avec leurs zones qui semblent palpiter, les pastels illustrent de façon plus évidente cette manière de peindre. Les peintures à l'acrylique sont aussi constituées de superpositions colorées qui réagissent entre elles.
Que reste-t-il aujourd'hui de l'automatisme auquel Leduc a été lié? «Une purge. Une sorte de déblocage. Un acquis pour aborder chaque tableau à venir. Loin d'être une technique, l'automatisme a été pour moi une éthique, une exigence de comportement et surtout une pensée globale. En peinture, cette purge m'a appris à dépasser tout préjugé. À me retrouver chaque fois devant la toile, toujours en était d'aventure.»
Réfléchissant l'ambiance de ces paysages qui les nourrissent, ses Microchromies affichent un climat apaisé. Nous sommes loin des explosions picturales déchirant le ciel de la «grande noirceur».
Paris, Montréal
Après la publication du Refus Global en 1948, qu'il signe avec ses camarades Gauvreau, Riopelle, Mousseau, Françoise Sullivan..., Leduc s'éloigne de Borduas. Leduc, qui est alors à Paris, tente de dédramatiser, de pacifier sa peinture. Prémonition de sa recherche actuelle? Il déclare au poète Claude Gauvreau, en 1950, vouloir «créer des oeuvres libérantes harmonieuses, ordonnées, reflets de la liberté, de l'harmonie, de l'ordre intérieur».
À l'été 1950 il est à l'île de Ré. Éclaircies, s'inspirant de l'horizon, de l'architecture des chais et des mouvements de la mer, ses oeuvres sur papier puisent au milieu, au climat ambiant.
À Paris depuis 1947, les Leduc retournent en 1953 à Montréal. Organisées mais toujours fluides, les constructions occuperont le papier ou la toile en pavés, plages ou galet. L'accident, le geste spontané font alors place à la structuration. «Plasticien», Leduc s'accroche aux angles et aux plans. Ses tableaux se font géométriques.
Il est de nouveau à Paris en 1959. Tensions. Assouplissement. 1965 à 1969: équilibres entre formes organiques se lovant et s'interpénétrant. Il dépouille. Couleurs vives en contrastes. Ces couleurs vont fusionner.
1970: les formes s'estompent. La lumière devient le sujet de ses oeuvres.
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