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Léon Bellefleur (1910-2007) - Le dernier héritier des surréalistes québécois est mort

Isabelle Paré   23 février 2007  Arts visuels
Le peintre Léon Bellefleur, un des derniers héritiers québécois du mouvement surréaliste, s'est éteint hier à Montréal à l'âge de 97 ans.

Souvent surnommé le peintre de l'abstraction lyrique tant sa manière de peindre était nimbée de poésie, Léon Bellefleur a vu toute son oeuvre profondément marquée par sa rencontre avec les surréalistes, notamment André Breton, avec qui il se lia d'amitié lors de fréquents séjours en France entre 1954 et 1964.

Bien qu'il se soit défendu d'être un «vrai surréaliste» et opposé à toute forme d'«embrigadement artistique», Léon Bellefleur s'est toujours abreuvé aux principes du surréalisme et en a propagé les idées et les couleurs au Québec avec son grand ami, le peintre Alfred Pellan (1906-1988).

En réaction aux automatistes purs et durs, dont il jugeait parfois les principes trop radicaux, le peintre-graveur fut d'ailleurs en 1948 un des signataires du manifeste Prisme d'Yeux, rédigé par le peintre Jacques de Tonnancour, réclamant une liberté d'expression totale en art. Mais ce mouvement fut vite relégué dans l'ombre par la publication, quelques mois plus tard, du désormais célèbre manifeste Refus global, porté haut et fort par le peintre automatiste Paul-Émile Borduas et ses émules.

Né à Montréal le 8 février 1910, Léon Bellefleur compléta toutes ses études à l'École normale à l'insistance de son père, qui refusait catégoriquement que son fils étudie aux Beaux-Arts. Il fut donc professeur pendant 25 ans avant de se consacrer totalement à son art, qu'il maîtrisa grâce à des cours du soir à l'École des beaux-arts, suivis en marge de son métier d'instituteur.

D'abord très inspirée par Paul Klee, l'oeuvre de Léon Bellefleur évolua rapidement vers l'abstraction lyrique, favorisant l'expression libre et spontanée du subconscient, autant dans ses huiles, ses gouaches et ses aquarelles que dans ses gravures. «Quand je peins, je suis nu», déclarait le peintre dans une entrevue accordée à Vie des arts en 1993 à l'occasion d'une importante rétrospective organisée au Centre d'art Morency à Montréal. «Quand j'arrive devant ma toile ou ma feuille, je n'ai rien préparé. Je suis nu. Je suis complètement libre: je n'ai pas de sujet en tête, ni de titre, pas même une harmonie de couleurs. Rien.»

L'oeuvre de Léon Bellefleur sera surtout remarquée pour ses explosions de couleurs, sa palette lumineuse travaillée à la spatule et ses fines projections de peinture. Ami des poètes Roland Giguère et Gilles Hénault, le lyrisme du peintre se traduira d'ailleurs dans les titres donnés à ses oeuvres, comme Vaguement amérindien, Hippocampe satin ou Bientôt le printemps.

Dès 1950, le peintre a gagné en renommée et son travail a été exposé à la Biennale de São Paulo, au Brésil, en 1951. En 1960, il connaît son heure de gloire au Musée Guggenheim à New York en participant, avec les peintres Alleyn, Borduas, Riopelle et Town, à la délégation canadienne.

Il faudra attendre 1968 avant que la Galerie nationale du Canada ne lui consacre une rétrospective. Ironiquement, en 1977, il fut le premier lauréat du prix Paul-Émile Borduas, créé par le gouvernement du Québec pour saluer l'ensemble de l'oeuvre d'un artiste du domaine des arts visuels. En 1985, il avait reçu de la Société Saint-Jean-Baptiste le prix Louis-Philippe Hébert décerné aux grands peintres québécois, qu'avaient reçu avant lui plusieurs de ses amis proches, dont Pellan et de Tonnancour.
 
 
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