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    De Visu - Entre art et archéologie

    16 septembre 2006 |René Viau | Arts visuels
    Pointe-du-Buisson — Durant 5000 ans, les Amérindiens ont fréquenté ce lieu de portage sur les rives du fleuve, non loin de Beauharnois. Ce site fut longtemps un lieu de pêche foisonnant. Au coeur de cette érablière à caryer, une hutte et un camp de pêche iroquoiens ont été reconstitués.

    Accueillant le visiteur, un laboratoire d'archéologie lui permet d'en savoir plus sur les fouilles entreprises sur place depuis 20 ans, qui ont entraîné la découverte de près de deux millions de vestiges. Dans ce pavillon d'accueil se déploient près de 4000 objets: tessons, fragments de pipe et de calumet, poteries, harpons et hameçons en os, propulseurs, pointes de flèche, os de poisson et d'autres animaux, têtes de hache.

    À côté dans l'obscurité, des écrans transparents superposés scintillent d'images. Ici, art contemporain et archéologie cohabitent — sur la relation entre des «textes fondateurs» et certaines oeuvres d'artistes amérindiens, voir l'exposition Le Patrimoine écrit des Premières Nations, à la Grande Bibliothèque jusqu'au 1er octobre. L'artiste Suzan Vachon a conçu une installation vidéographique intitulée Chant d'écorce. Pour cette oeuvre, des projections animent des trames superposées. «Cette exposition, explique Ginette Cloutier, directrice du Parc archéologique de Pointe-du-Buisson, vise à décloisonner l'archéologie. Nous voulions permettre à d'autres disciplines d'exprimer et de traduire visuellement des idées, des impressions, voire des émotions inspirées par le site.» Surexposées, des images défilent, accompagnées de poèmes amérindiens. Ces images se confondent à une séquence d'archive. Filmée en 1898 à Kahnawake par Gabriel Veyre, un opérateur des frères Lumière, une cérémonie a été reconstituée avec ses costumes rituels. Les projections syncopées de l'époque accentuent un effet de résonances stratifiées. Le document filmique se révèle peu à peu à travers cette forêt d'écrans tantôt opaques ou translucides, pour faire place à de lents panoramiques sur les érables centenaires avec leurs feuilles qui tremblent au vent. Enfin, les dernières séquences montrent un combat de bisons. Les bêtes au pas de charge se heurtent en un choc violent.

    «D'une certaine façon, confie Suzan Vachon, cette oeuvre vidéographique considère le processus de création comme un terrain de fouille. On peut dire que j'ai tenté d'excaver et de mettre en lumière certaines inspirations qui ont nourri mon travail, notamment le chant, la poésie amérindienne contemporaine et l'image cinématographique. En prenant la parole, je voulais également faire entendre celle du lieu.»

    Le hic, c'est que le collage de sons et d'images que constitue cet émouvant «mémorial» audiovisuel incorpore à son profit et squatte en les harnachant la puissance des évocations que recèle une magnifique pirogue découverte au lac Gourd en 1986. Dans la pénombre voulue du dispositif imaginé par l'artiste, entre apparition et disparition, on devine plus que l'on voit cette pièce majeure du passé des Premières Nations, alors que toute la disposition se développe à partir de l'arrière-plan, autour de cette embarcation. Cette pirogue de cinq mètres de long, taillée à même le tronc d'un seul arbre, en un effet voulu, transparaît comme en filigrane. Elle donne de la sorte l'impression d'être le point de départ des échos et du voyage dans le temps tissés par ce Chant d'écorce.

    La question est de savoir si cet objet a vraiment besoin d'une telle mise en situation ou si, au contraire, il perd de sa force en jouant pour ainsi dire les accessoires au service du propos de l'installation. Refusant l'aseptisation muséale et s'interrogeant sur le statut de cet objet archéologique, l'artiste a en même temps l'incontestable courage de remettre en question jusqu'à sa limite la logique traditionnelle de la présentation muséologique. Paradoxalement, l'installation colle ainsi, non sans malaise, à ce qui éblouissait jusqu'aux jésuites missionnaires en Nouvelle-France. Ces derniers, dans leurs Relations, soulignaient «cette merveilleuse faculté qu'ont les indigènes de se souvenir d'un lieu et de s'en transmettre mutuellement le nom et la mémoire».

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