Double présidence de la coalition - Investir dans les équipements
«Les lieux traditionnels de culture ne tiennent plus»
Motif de réjouissance: des centaines de personnes se déplaceront pour assister à 57 communications portant sur la nécessité d'une vitalité culturelle. Raison de participation: il faut insister pour que partout, à tous les paliers décisionnels, soient adoptées des politiques culturelles. La directrice de la Grande Bibliothèque, Lise Bissonnette, affirme que «le milieu culturel s'avère extraordinaire pour reconstituer des solidarités et des convivialités».
L'organigramme de la coalition Les Arts et la ville comprend deux coprésidents. Si l'un, Jean Perrault, maire de Sherbrooke, provient du milieu municipal, l'autre est traditionnellement issu du secteur culturel et compte une production artistique à son actif. Après la diva Nathalie Choquette, c'est donc au tour de Lise Bissonnette d'assumer cette moitié de présidence. Puisque la directrice générale de la Grande Bibliothèque du Québec est aussi écrivain, l'attribution de cette fonction paraît tout indiquée. «J'ai accepté, non pas que j'aie énormément de temps, mais parce que je crois à l'importance de ce regroupement. Et puis, c'est un organisme qui va très bien, alors il s'agit de rendre service ici et là.»
Ravie de la qualité de l'animation que suscite la rencontre annuelle, la nouvelle coprésidente remarque que le dynamisme de ce rendez-vous se mesure notamment aux quelques centaines de personnes qui s'y rassemblent, malgré l'investissement de temps et d'argent que cela demande. «Les gens viennent de partout. Il y a beaucoup d'agents culturels délégués par les villes et nous essayons, bien sûr, d'attirer le plus d'élus possible. Le programme comprend 57 communications, ce qui est énorme. C'est un organisme de sensibilisation où des gens comme M. Perrault et moi servons un peu de porte-parole, parfois on aide un peu pour trouver des subventions ou convaincre des organismes de l'importance de travailler avec Les Arts et la ville. Évidemment il y a aussi d'autres organismes culturels qui font du très bon travail.»
Politique culturelle
Elle souligne l'importance pour les villes d'adopter une politique culturelle et constate l'impact que peuvent provoquer certains élus qui s'activent à faire avancer la cause. «On connaît la différence entre une ville qui a adopté une politique culturelle et une qui n'en a toujours pas. On sait combien c'est différent quand un élu fait partie d'un groupe comme celui-ci et qu'il entend ce qui se fait dans d'autres villes. Le pouvoir de conviction agit ensuite comme une sorte d'effet d'entraînement. Les élections municipales ne se font pas toujours sur des thèmes culturels, j'en conviens, mais il arrive que les équipements vont faire l'objet d'une discussion lors des élections.»
C'est d'ailleurs ce type d'objectif terre-à-terre que poursuit Les Arts et la ville; augmenter l'équipement culturel, amener des investissements municipaux dans le secteur culturel et encourager les villes à se doter de politiques culturelles. «Simon Brault [président de Culture Montréal] rappelait à la radio que lorsqu'une ville se donne la peine de réfléchir à son développement culturel et d'en faire un document, ça engage les élus et ça les amène à y penser. Les Arts et la ville a beaucoup insisté là-dessus ces dernières années et a tenté d'aider les gens à préparer des politiques culturelles et à consulter les citoyens à cet effet.» Mettant particulièrement l'accent cette année sur ce qui peut se faire également en zone rurale, les représentants tentent d'inciter les dirigeants à prêter attention au développement culturel des petits hameaux qui sont souvent mal desservis.
Matérialité des lieux
Reconnaissant que la vitalité culturelle passe souvent par la matérialité des lieux qui permettent la diffusion de différentes formes d'art et de représentation, Lise Bissonnette défend ardemment la nécessité d'investir «dans la quincaillerie». «J'ai un faible pour les équipements culturels. D'abord, je ne suis pas Montréalaise d'origine. Comme je le dis souvent, on part toujours de son expérience personnelle. Moi, je suis née à Rouyn et quand j'étais adolescente — au moment où on fait des choix presque définitifs d'orientation —, je me souviens à quoi cette ville ressemblait quand j'avais 14 ans, à la veille de mon départ pour l'école normale. Je sais une chose, c'est que je considérais que je n'avais pas le choix parce que l'infrastructure de l'époque sur le plan de l'éducation et de la culture était très pauvre, surtout pour les filles. Je ne regrette pas du tout d'être partie, je suis la personne la plus privilégiée au Québec à tous égards, mais il reste quand même que, venant d'un milieu très modeste et d'une ville comme celle-là, je sais ce que c'était.»
Aujourd'hui, elle constate que Rouyn-Noranda a largement comblé cette indigence. Le maire de la ville est incidemment membre de Les Arts et la ville. Cet attachement au lieu physique est aussi cher à Lise Bissonnette parce qu'elle croit qu'Internet, malgré son fabuleux potentiel, ne suffit pas à donner accès au monde entier du bout des doigts. «Le lieu est d'autant plus important dans le type de société dans laquelle nous vivons. Il faut recréer des endroits dans la ville où les gens se rencontrent parce que les lieux traditionnels de culture ne tiennent plus. Ce besoin de réseaux peut être satisfait par le milieu culturel, qui s'avère extraordinaire pour reconstituer des solidarités et des convivialités et aussi pour amener les gens à continuer à apprendre.» Elle croit qu'il faut amener les municipalités à se donner ce type de projet et à penser notamment en termes de musée et de centre d'interprétation. «Il y a encore des endroits au Québec, dont chez moi, où il n'y a pas de musée d'histoire ni de musée d'art. Il y a quelques centres d'exposition mais pas de centre de mémoire. On va me dire que ça ne fait que 75 ans que la ville existe, mais c'est plus vieux que moi ça!»
Elle reconnaît toutefois une ouverture nouvelle et voit combien les choses ont changé. S'il reste encore des «poches de résistance» alors que certains se retirent des projets, l'époque du prosélytisme, où il fallait convaincre les gens du bien-fondé de se doter par exemple d'une bibliothèque municipale, semble révolue. La difficulté maintenant consiste souvent à satisfaire les demandes — notamment en subvention — plutôt qu'à les susciter. En fait, il s'agirait surtout de créer l'offre. «D'après notre expérience, chaque fois qu'on ouvre un nouveau lieu culturel, la culture s'y installe d'elle-même. On ne force personne, il faut juste donner l'occasion», conclut Mme Bissonnette.
L'organigramme de la coalition Les Arts et la ville comprend deux coprésidents. Si l'un, Jean Perrault, maire de Sherbrooke, provient du milieu municipal, l'autre est traditionnellement issu du secteur culturel et compte une production artistique à son actif. Après la diva Nathalie Choquette, c'est donc au tour de Lise Bissonnette d'assumer cette moitié de présidence. Puisque la directrice générale de la Grande Bibliothèque du Québec est aussi écrivain, l'attribution de cette fonction paraît tout indiquée. «J'ai accepté, non pas que j'aie énormément de temps, mais parce que je crois à l'importance de ce regroupement. Et puis, c'est un organisme qui va très bien, alors il s'agit de rendre service ici et là.»
Ravie de la qualité de l'animation que suscite la rencontre annuelle, la nouvelle coprésidente remarque que le dynamisme de ce rendez-vous se mesure notamment aux quelques centaines de personnes qui s'y rassemblent, malgré l'investissement de temps et d'argent que cela demande. «Les gens viennent de partout. Il y a beaucoup d'agents culturels délégués par les villes et nous essayons, bien sûr, d'attirer le plus d'élus possible. Le programme comprend 57 communications, ce qui est énorme. C'est un organisme de sensibilisation où des gens comme M. Perrault et moi servons un peu de porte-parole, parfois on aide un peu pour trouver des subventions ou convaincre des organismes de l'importance de travailler avec Les Arts et la ville. Évidemment il y a aussi d'autres organismes culturels qui font du très bon travail.»
Politique culturelle
Elle souligne l'importance pour les villes d'adopter une politique culturelle et constate l'impact que peuvent provoquer certains élus qui s'activent à faire avancer la cause. «On connaît la différence entre une ville qui a adopté une politique culturelle et une qui n'en a toujours pas. On sait combien c'est différent quand un élu fait partie d'un groupe comme celui-ci et qu'il entend ce qui se fait dans d'autres villes. Le pouvoir de conviction agit ensuite comme une sorte d'effet d'entraînement. Les élections municipales ne se font pas toujours sur des thèmes culturels, j'en conviens, mais il arrive que les équipements vont faire l'objet d'une discussion lors des élections.»
C'est d'ailleurs ce type d'objectif terre-à-terre que poursuit Les Arts et la ville; augmenter l'équipement culturel, amener des investissements municipaux dans le secteur culturel et encourager les villes à se doter de politiques culturelles. «Simon Brault [président de Culture Montréal] rappelait à la radio que lorsqu'une ville se donne la peine de réfléchir à son développement culturel et d'en faire un document, ça engage les élus et ça les amène à y penser. Les Arts et la ville a beaucoup insisté là-dessus ces dernières années et a tenté d'aider les gens à préparer des politiques culturelles et à consulter les citoyens à cet effet.» Mettant particulièrement l'accent cette année sur ce qui peut se faire également en zone rurale, les représentants tentent d'inciter les dirigeants à prêter attention au développement culturel des petits hameaux qui sont souvent mal desservis.
Matérialité des lieux
Reconnaissant que la vitalité culturelle passe souvent par la matérialité des lieux qui permettent la diffusion de différentes formes d'art et de représentation, Lise Bissonnette défend ardemment la nécessité d'investir «dans la quincaillerie». «J'ai un faible pour les équipements culturels. D'abord, je ne suis pas Montréalaise d'origine. Comme je le dis souvent, on part toujours de son expérience personnelle. Moi, je suis née à Rouyn et quand j'étais adolescente — au moment où on fait des choix presque définitifs d'orientation —, je me souviens à quoi cette ville ressemblait quand j'avais 14 ans, à la veille de mon départ pour l'école normale. Je sais une chose, c'est que je considérais que je n'avais pas le choix parce que l'infrastructure de l'époque sur le plan de l'éducation et de la culture était très pauvre, surtout pour les filles. Je ne regrette pas du tout d'être partie, je suis la personne la plus privilégiée au Québec à tous égards, mais il reste quand même que, venant d'un milieu très modeste et d'une ville comme celle-là, je sais ce que c'était.»
Aujourd'hui, elle constate que Rouyn-Noranda a largement comblé cette indigence. Le maire de la ville est incidemment membre de Les Arts et la ville. Cet attachement au lieu physique est aussi cher à Lise Bissonnette parce qu'elle croit qu'Internet, malgré son fabuleux potentiel, ne suffit pas à donner accès au monde entier du bout des doigts. «Le lieu est d'autant plus important dans le type de société dans laquelle nous vivons. Il faut recréer des endroits dans la ville où les gens se rencontrent parce que les lieux traditionnels de culture ne tiennent plus. Ce besoin de réseaux peut être satisfait par le milieu culturel, qui s'avère extraordinaire pour reconstituer des solidarités et des convivialités et aussi pour amener les gens à continuer à apprendre.» Elle croit qu'il faut amener les municipalités à se donner ce type de projet et à penser notamment en termes de musée et de centre d'interprétation. «Il y a encore des endroits au Québec, dont chez moi, où il n'y a pas de musée d'histoire ni de musée d'art. Il y a quelques centres d'exposition mais pas de centre de mémoire. On va me dire que ça ne fait que 75 ans que la ville existe, mais c'est plus vieux que moi ça!»
Elle reconnaît toutefois une ouverture nouvelle et voit combien les choses ont changé. S'il reste encore des «poches de résistance» alors que certains se retirent des projets, l'époque du prosélytisme, où il fallait convaincre les gens du bien-fondé de se doter par exemple d'une bibliothèque municipale, semble révolue. La difficulté maintenant consiste souvent à satisfaire les demandes — notamment en subvention — plutôt qu'à les susciter. En fait, il s'agirait surtout de créer l'offre. «D'après notre expérience, chaque fois qu'on ouvre un nouveau lieu culturel, la culture s'y installe d'elle-même. On ne force personne, il faut juste donner l'occasion», conclut Mme Bissonnette.
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