Intégration de l'art à l'architecture - Un art pour tous
Des oeuvres, au nombre de 2691, parsèment le territoire québécois
Il y a un engouement tout particulier, en ce moment, pour l'art public. Il ne prend plus la forme des anciennes statues dans l'espace de la ville, cet art, car il s'intéresse tout particulièrement aux énoncés éphémères, à la mise en scène de situations, de rencontres. Ce qui fait que, de l'art public, certains traits peuvent être facilement oubliés. Des oeuvres en chair et en os existent toujours bel et bien, et le programme d'intégration de l'art à l'architecture, mieux connu sous le nom de programme du 1 %, continue de faire en sorte que les municipalités du Québec puissent posséder leur patrimoine d'art contemporain.
Depuis 21 ans qu'il existe, le Programme d'intégration de l'art à l'architecture — le 1 % — a fourni des oeuvres pour toute construction ou aménagement d'un édifice qui requiert un coût minimal de 150 000 $ et qui bénéficie d'une subvention gouvernementale. Le parc, en date de l'an dernier, compte 2691 pièces. Depuis les débuts du programme, en 1981, près de 72 millions de dollars ont été investis, des sommes qui servent autant à payer les matériaux, les entrepreneurs que les artistes. Les projets sont sélectionnés par concours, retenus par un jury de pairs et de spécialistes. Les appels d'offres sont lancés à partir d'une liste d'artistes qui désirent participer au programme, et qui doivent s'y inscrire.
À Montréal, les grands chantiers de la Bibliothèque nationale et du Palais des congrès ont fait en sorte que le programme a ravivé l'attention de la presse écrite. À la Bibliothèque nationale, c'est quatre concours d'intégration de l'art à l'architecture qui sont en branle, dont l'un qui devra investir les jardins intérieurs du futur édifice. Au Palais des congrès, les passants s'apprêtent à voir prochainement l'oeuvre du duo Victor Pilon et Michel Lemieux, en vidéo, à même la façade de l'édifice, rue Bleury.
L'histoire de ce programme n'est pas sans anicroches. Certaines oeuvres, une fois installées, ne sont pas mises en valeur ni ne sont prises en charge par leurs dépositaires. Faut-il encore rappeler le cas de feu Serge Lemoyne au Casino de Montréal, qui a vu sa murale amputée lors du réaménagement des lieux? De la même manière, lorsque le pavillon de gestion de l'UQAM devait subir des modifications, l'oeuvre de Pierre Ayot, un autre grand disparu, a aussi été modifiée, du moins en esprit. D'autres cas existent encore, comme celui, en province, d'un directeur d'établissement qui a refusé mordicus de participer au programme. Enfin, des réalisations ont carrément disparu au cours de l'histoire du programme, faute de soins.
Invasion des territoires
Mais le 1%, cette manière qu'a trouvée l'État, par une forme de mécénat public, de favoriser la création de l'art et sa diffusion en une seule opération, permet — il ne faut pas l'oublier — à l'art le plus récent d'entrer dans le quotidien de citoyens qui n'ont pas souvent la chance de compter sur un centre de diffusion de l'art dans leur patelin. D'un autre point de vue — et cela peut expliquer les divergences d'opinion dans le traitement de chacun des dossier —, c'est aussi un terrain sur lequel les usagers, qui font toutefois partie intégrante des consultations sur le choix final des projets soumis, peuvent se sentir, disons, envahis sur leur propre territoire.
Les oeuvres réalisées dans le cadre de ce programme sont trop peu souvent commentées par la critique ou les journaux. Rares sont les artistes qui, comme Michel de Broin, peuvent compter sur une couverture. En effet, dans son numéro d'été 2002, la revue Espace, dont le mandat spécifique est de couvrir la sculpture sous toutes ses formes, a publié un commentaire sur L'Éclaireur éclairé, l'oeuvre que le jeune artiste a créée pour le centre de formation Daniel-Johnson à Pointe-aux-Trembles. Par ailleurs, le gouvernement lui-même, pour le 20e anniversaire du programme, a tenté de mettre l'emphase sur son programme, lui qui publie aussi chaque année un bilan des réalisations de la période précédente, une sorte de catalogue. De plus, le centre de documentation Artexte, avec la banque de données sur l'art public multiforme qu'il est en train de confectionner, pourra lui aussi contribuer à l'étude de ces oeuvres publiques. Cette recension ne concerne cependant pas uniquement les oeuvres réalisées dans le cadre du programme officiel d'intégration de l'art.
Pierre Granche à l'Université de Montréal
Pour certains artistes, l'essentiel de la production est réalisé dans le cadre du programme de 1 %. C'est le cas par exemple de Rose-Marie Goulet, une artiste de Montréal qui, avant de faire un retour en galerie l'an dernier, a poursuivi ses recherches dans le domaine public pendant plusieurs années. Elle a entre autres conçu l'oeuvre Nef pour quatorze reines dans le parc commémoratif Place du 6 septembre dans le quartier Côte-des-Neiges, en mémoire des victimes de Polytechnique (une oeuvre qui n'a pas été commandée dans le cadre du 1 %). De plus, d'autres artistes, comme Pierre Bourgault-Legros à Saint-Jean-Port-Joli, ont investi intensivement et de façon concluante dans ce programme, réalisant des oeuvres en quantité appréciable.
Un autre artiste, malheureusement disparu prématurément en 1997, Pierre Granche, a réalisé nombre d'oeuvres marquantes, parmi les plus marquantes de sa carrière. Ainsi, quiconque passe dans le secteur de la Place des Arts à Montréal se frottera à l'oeuvre Comme si le temps... de la rue (1992), depuis l'intérieur de la salle des pas perdus, tout près du Musée d'art contemporain de Montréal, une pièce visible également de la rue.
Granche, qui a contribué à fonder le Département des arts plastiques de l'Université de Montréal, qui fermait ses portes au début de l'été, a réalisé plus d'une oeuvre grâce à ce programme public: la Bibliothèque nationale du Québec (rue Sherbrooke), le cégep Sorel-Tracy, l'école L'Horizon à Le Gardeur, l'Université Laval, le Musée McCord, l'école secondaire de Varennes possèdent entre autres des oeuvres de cet acteur important de l'art au Québec. Sa contribution comporte même une oeuvre posthume, Trente-deux fois passera, la dernière s'envolera, en 1998, au pavillon J.-A. de Sève de l'UQAM, rue Sainte-Catherine est, à Montréal.
Survol d'une oeuvre
Ironie du sort, l'année même où l'UdeM ferme le département que Granche a aidé à fonder, elle reçoit dans les murs de son centre d'exposition une présentation fouillée d'oeuvres, de dessins, de maquettes de projets réalisés ou non. L'accrochage était inauguré en début de semaine. L'exposition, montée par l'historienne de l'art Jocelyne Connolly et le directeur général du Musée régional de Rimouski (où l'exposition a été inaugurée en début d'année), Carl Johnson, couvre plusieurs des aspects du travail de cet infatigable artiste.
Autant ses ateliers, ses collaborations nombreuses avec ses étudiants, «les attitudes» de l'artiste face à la création, que les oeuvres et dessins de l'artiste sont documentés dans l'exposition. De surcroît, l'exposition met l'emphase sur une des valeurs chères à Granche, lui qui privilégiait l'archivage dans toutes les facettes de son travail. En particulier, ce qui peut sembler paradoxal dans le contexte où il travaillait, celui de l'éphémérité du travail qu'il réalisait en galerie où lors de symposiums de sculpture, notamment.
Dans la production de Granche se dessine une réflexion solide sur l'art et la ville, perceptible à même ces oeuvres, qui non seulement soutiennent une réflexion à partir du sol sur lesquelles elles reposent, mais aussi pointent vers l'architecture qui les entoure, la trame de la ville, l'environnement. En cela — et l'exposition «Pierre Granche: architecturer le site. Îuvres, fragments et témoins 1973-1997» en témoigne —, l'artiste disparu aujourd'hui aura été de ceux qui, parmi les artistes intéressés par l'art et la ville, sont demeurés les plus conscients du caractère perpétuellement changeant du paysage urbain. L'exposition se poursuit jusqu'au 7 novembre, au 2940, chemin de la Côte-Sainte-Catherine.
Au colloque Les Arts et la ville, un atelier débattra le jeudi 10 octobre à 15h30 des Concours d'art public avec Peter Soland, architecte, Rose-Marie Goulet, artiste, Georges Adamczyk, directeur de l'École d'architecture de l'Université de Montréal, Suzanne Aubin, du Théâtre du Vieux-Terrebonne, et Robert Bianchi, architecte de la firme Archipole.
Depuis 21 ans qu'il existe, le Programme d'intégration de l'art à l'architecture — le 1 % — a fourni des oeuvres pour toute construction ou aménagement d'un édifice qui requiert un coût minimal de 150 000 $ et qui bénéficie d'une subvention gouvernementale. Le parc, en date de l'an dernier, compte 2691 pièces. Depuis les débuts du programme, en 1981, près de 72 millions de dollars ont été investis, des sommes qui servent autant à payer les matériaux, les entrepreneurs que les artistes. Les projets sont sélectionnés par concours, retenus par un jury de pairs et de spécialistes. Les appels d'offres sont lancés à partir d'une liste d'artistes qui désirent participer au programme, et qui doivent s'y inscrire.
À Montréal, les grands chantiers de la Bibliothèque nationale et du Palais des congrès ont fait en sorte que le programme a ravivé l'attention de la presse écrite. À la Bibliothèque nationale, c'est quatre concours d'intégration de l'art à l'architecture qui sont en branle, dont l'un qui devra investir les jardins intérieurs du futur édifice. Au Palais des congrès, les passants s'apprêtent à voir prochainement l'oeuvre du duo Victor Pilon et Michel Lemieux, en vidéo, à même la façade de l'édifice, rue Bleury.
L'histoire de ce programme n'est pas sans anicroches. Certaines oeuvres, une fois installées, ne sont pas mises en valeur ni ne sont prises en charge par leurs dépositaires. Faut-il encore rappeler le cas de feu Serge Lemoyne au Casino de Montréal, qui a vu sa murale amputée lors du réaménagement des lieux? De la même manière, lorsque le pavillon de gestion de l'UQAM devait subir des modifications, l'oeuvre de Pierre Ayot, un autre grand disparu, a aussi été modifiée, du moins en esprit. D'autres cas existent encore, comme celui, en province, d'un directeur d'établissement qui a refusé mordicus de participer au programme. Enfin, des réalisations ont carrément disparu au cours de l'histoire du programme, faute de soins.
Invasion des territoires
Mais le 1%, cette manière qu'a trouvée l'État, par une forme de mécénat public, de favoriser la création de l'art et sa diffusion en une seule opération, permet — il ne faut pas l'oublier — à l'art le plus récent d'entrer dans le quotidien de citoyens qui n'ont pas souvent la chance de compter sur un centre de diffusion de l'art dans leur patelin. D'un autre point de vue — et cela peut expliquer les divergences d'opinion dans le traitement de chacun des dossier —, c'est aussi un terrain sur lequel les usagers, qui font toutefois partie intégrante des consultations sur le choix final des projets soumis, peuvent se sentir, disons, envahis sur leur propre territoire.
Les oeuvres réalisées dans le cadre de ce programme sont trop peu souvent commentées par la critique ou les journaux. Rares sont les artistes qui, comme Michel de Broin, peuvent compter sur une couverture. En effet, dans son numéro d'été 2002, la revue Espace, dont le mandat spécifique est de couvrir la sculpture sous toutes ses formes, a publié un commentaire sur L'Éclaireur éclairé, l'oeuvre que le jeune artiste a créée pour le centre de formation Daniel-Johnson à Pointe-aux-Trembles. Par ailleurs, le gouvernement lui-même, pour le 20e anniversaire du programme, a tenté de mettre l'emphase sur son programme, lui qui publie aussi chaque année un bilan des réalisations de la période précédente, une sorte de catalogue. De plus, le centre de documentation Artexte, avec la banque de données sur l'art public multiforme qu'il est en train de confectionner, pourra lui aussi contribuer à l'étude de ces oeuvres publiques. Cette recension ne concerne cependant pas uniquement les oeuvres réalisées dans le cadre du programme officiel d'intégration de l'art.
Pierre Granche à l'Université de Montréal
Pour certains artistes, l'essentiel de la production est réalisé dans le cadre du programme de 1 %. C'est le cas par exemple de Rose-Marie Goulet, une artiste de Montréal qui, avant de faire un retour en galerie l'an dernier, a poursuivi ses recherches dans le domaine public pendant plusieurs années. Elle a entre autres conçu l'oeuvre Nef pour quatorze reines dans le parc commémoratif Place du 6 septembre dans le quartier Côte-des-Neiges, en mémoire des victimes de Polytechnique (une oeuvre qui n'a pas été commandée dans le cadre du 1 %). De plus, d'autres artistes, comme Pierre Bourgault-Legros à Saint-Jean-Port-Joli, ont investi intensivement et de façon concluante dans ce programme, réalisant des oeuvres en quantité appréciable.
Un autre artiste, malheureusement disparu prématurément en 1997, Pierre Granche, a réalisé nombre d'oeuvres marquantes, parmi les plus marquantes de sa carrière. Ainsi, quiconque passe dans le secteur de la Place des Arts à Montréal se frottera à l'oeuvre Comme si le temps... de la rue (1992), depuis l'intérieur de la salle des pas perdus, tout près du Musée d'art contemporain de Montréal, une pièce visible également de la rue.
Granche, qui a contribué à fonder le Département des arts plastiques de l'Université de Montréal, qui fermait ses portes au début de l'été, a réalisé plus d'une oeuvre grâce à ce programme public: la Bibliothèque nationale du Québec (rue Sherbrooke), le cégep Sorel-Tracy, l'école L'Horizon à Le Gardeur, l'Université Laval, le Musée McCord, l'école secondaire de Varennes possèdent entre autres des oeuvres de cet acteur important de l'art au Québec. Sa contribution comporte même une oeuvre posthume, Trente-deux fois passera, la dernière s'envolera, en 1998, au pavillon J.-A. de Sève de l'UQAM, rue Sainte-Catherine est, à Montréal.
Survol d'une oeuvre
Ironie du sort, l'année même où l'UdeM ferme le département que Granche a aidé à fonder, elle reçoit dans les murs de son centre d'exposition une présentation fouillée d'oeuvres, de dessins, de maquettes de projets réalisés ou non. L'accrochage était inauguré en début de semaine. L'exposition, montée par l'historienne de l'art Jocelyne Connolly et le directeur général du Musée régional de Rimouski (où l'exposition a été inaugurée en début d'année), Carl Johnson, couvre plusieurs des aspects du travail de cet infatigable artiste.
Autant ses ateliers, ses collaborations nombreuses avec ses étudiants, «les attitudes» de l'artiste face à la création, que les oeuvres et dessins de l'artiste sont documentés dans l'exposition. De surcroît, l'exposition met l'emphase sur une des valeurs chères à Granche, lui qui privilégiait l'archivage dans toutes les facettes de son travail. En particulier, ce qui peut sembler paradoxal dans le contexte où il travaillait, celui de l'éphémérité du travail qu'il réalisait en galerie où lors de symposiums de sculpture, notamment.
Dans la production de Granche se dessine une réflexion solide sur l'art et la ville, perceptible à même ces oeuvres, qui non seulement soutiennent une réflexion à partir du sol sur lesquelles elles reposent, mais aussi pointent vers l'architecture qui les entoure, la trame de la ville, l'environnement. En cela — et l'exposition «Pierre Granche: architecturer le site. Îuvres, fragments et témoins 1973-1997» en témoigne —, l'artiste disparu aujourd'hui aura été de ceux qui, parmi les artistes intéressés par l'art et la ville, sont demeurés les plus conscients du caractère perpétuellement changeant du paysage urbain. L'exposition se poursuit jusqu'au 7 novembre, au 2940, chemin de la Côte-Sainte-Catherine.
Au colloque Les Arts et la ville, un atelier débattra le jeudi 10 octobre à 15h30 des Concours d'art public avec Peter Soland, architecte, Rose-Marie Goulet, artiste, Georges Adamczyk, directeur de l'École d'architecture de l'Université de Montréal, Suzanne Aubin, du Théâtre du Vieux-Terrebonne, et Robert Bianchi, architecte de la firme Archipole.
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