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La culture au service de la pauvreté

Des expériences culturelles typiquement québécoises pour lutter contre la pauvreté et l'isolement.

Jessica Nadeau   5 octobre 2002  Arts visuels
Au Québec, plusieurs chantiers de réinsertion sociale et de revitalisation urbaine par la culture ont vu le jour. Montréal, Québec, Trois-Rivières... des kilomètres les séparent, mais un seul but les unit: rendre la culture plus accessible et, par elle, favoriser le développement des plus démunis.

À l'issue du colloque «Culture et pauvreté, de la parole aux actes», tenu à Trois-Rivières, un comité d'action a été mis sur pied pour uniformiser les implications sociales. «Nous souhaitons que, par la tenue de ce colloque, d'autres municipalités et diffuseurs prennent conscience du problème et fassent des démarches dans le même sens.» Toutefois, la Ville est déjà passé à l'action, comme c'est le cas , entre autres, à Montréal et à Québec.

Montréal: la Cité des arts du cirque

La Cité des arts du cirque est un concept novateur, un précurseur dans le domaine de la culture et du développement durable. Pour répondre à la demande provinciale et internationale, le Cirque du Soleil, l'École nationale du cirque et En piste — le rassemblement national des professionnels, des entreprises et des institutions du secteur des arts du cirque — ont décidé de s'unir pour créer une synergie regroupant infrastructures, artistes et lieux de formation. «Il s'agissait de structurer le milieu du cirque en se servant du rayonnement de notre leader mondial, le Cirque du Soleil, comme levier économique», explique Charles-Mathieu Brunelle, directeur général de la Cité.

Situé sur l'ancien site d'enfouissement de la carrière Miron, l'organisme à but non lucratif a vite pris conscience de la nécessité de revitaliser le complexe environnemental de Saint-Michel. «Nous ne voulions pas nous imposer, mais nous adapter à ce quartier, un des plus sensibles de Montréal, explique le directeur général. Dans ce sens, nous avons sondé le pouls de la population pendant plus de deux ans pour connaître leurs besoins, leurs attentes.»

La Cité des arts du cirque s'est donnée pour défi de concilier trois volets: environnemental, culturel et communautaire. «En tant que diffuseur, nous pourrons sensibiliser la population aux notions de recyclage par des expositions, des ateliers pédagogiques et des conférences. Nous voulons que soient construits des logements sociaux, que des commerces écologiques et équitables envahissent la rue Jarry», exprime Charles-Mathieu Brunelle. Tout est aménagé de façon à ce que le site soit accessible pour les populations défavorisées. La Cité a tissé des liens avec de nombreux organismes communautaires afin d'assurer l'intégration de la population multiculturelle de St-Michel à son développement. Elle prévoit aussi donner des formations aux gens du quartier pour qu'ils puissent bénéficier des emplois qui seront générés. Pour Charles-Mathieu Brunelle, il ne fait aucun doute que l'art et la culture ont une mission sociale: «La création est une grande richesse qui doit être partagée et accessible. Les artistes doivent prendre conscience de leur responsabilité sociale.»

Québec: la Maison Dauphine

À Québec, la Maison Dauphine vient de fêter ses dix ans. Cette corporation à but non lucratif a pour mission d'aider les jeunes de la rue. Son directeur général, Michel Boisvert, croit qu'il est possible d'utiliser l'art comme moyen de réinsertion sociale. «Les jeunes de la rue ont subi une brisure sociale, ils ont l'impression qu'ils ne peuvent rien faire de positif, explique-t-il. Ce sont des jeunes non formels, majoritairement autodidactes, qui développent des talents proches d'eux, donc principalement artistiques.» Pour leur permettre de s'exprimer et de canaliser leurs énergies, la Maison Dauphine leur fournit une salle de musique et des ateliers d'arts appliqués.

Pour la sixième année consécutive, elle organise une exposition dans des lieux publics. «Nous les poussons à développer leurs talents, mais notre objectif premier est de faire changer l'opinion publique, de prouver à la société que ces jeunes sont dignes de respect et, à ces derniers, que la société peut les accepter.» Ainsi, ils ont obtenu de la ville l'autorisation de peindre d'immenses fresques sur les piliers de l'autoroute Dufferin-Montmorency. «Les gens sont toujours étonnés de voir combien ils sont bons. Ils prennent conscience qu'ils peuvent faire autre chose que des graffitis», explique fièrement Michel Boisvert. Pour lui, la pauvreté économique est l'indice ultime d'une pauvreté sociale beaucoup plus profonde. L'art est donc un moyen de faire une place aux jeunes de la rue dans la société et de leur redonner confiance. Le volet artistique s'inscrit dans un vaste programme de revalorisation offert par la Maison Dauphine.

Trois-Rivières: lutter contre l'exclusion culturelle

Depuis l'adoption, en 1993, de la politique culturelle à Trois-Rivières, la ville a subi des transformations majeures. Beaucoup plus de gens fréquentent les bibliothèques, les expositions et les salles de spectacles, mais environ 30 % de la population n'a pas été touchée par ce développement culturel. «Il serait facile de penser qu'il s'agit d'une conséquence économique, mais nous constatons qu'il s'agit surtout d'un problème d'approche, souligne Alain Gamelin, président du colloque et membre du conseil de ville. Nous avons mis en place toute une stratégie pour développer la culture de notre ville en oubliant près du tiers de la population.» La ville a aboli toute tarification pour l'accès aux bibliothèques et salles d'exposition.

Mais si l'accès à un lieu culturel semble relativement facile pour quelqu'un qui s'est intégré dans la société, il peut sembler une barrière insurmontable pour un exclu de cette même société. «Ces gens-là ne connaissent pas les codes, ils se sentent souvent comme un chien dans un jeu de quilles», déplore Alain Gamelin. «Il s'agit d'aller les chercher, de les familiariser avec cet environnement pour qu'ils s'y sentent à l'aise», ajoute-t-il.

À Trois-Rivières, plusieurs solutions sont déjà en oeuvre, mais il reste beaucoup à faire au niveau municipal, régional et provincial.
 
 
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