vendredi 25 mai 2012 Dernière mise à jour 09h04
fermer

Connexion au Devoir.com

Mot de passe oublié?


Chercher

Inscrivez-vous (gratuit)
Mot de passe oublié?
Abonné papier? Connexion
S'abonner au Devoir
Publicité

L'art de faire des villes

Une réflexion sur l'espace urbain comme paysage à redéfinir

Emmanuelle Vieira   5 octobre 2002  Arts visuels
De la ville aux espaces verts qui la contiennent, une réflexion doit être mené sur la qualité des aménagments. Simple question de qualité de vie.

La forme la plus visible de la culture c'est sans doute l'aménagement paysager, qui comprend à la fois les oeuvres de l'homme dans la nature et les créations en milieu urbain. L'aménagement est une forme de contrat entre les élus, les professionnels et les citoyens, qui détermine le visage d'un espace naturel plus ou moins humanisé, et celui des espaces urbains plus ou moins maîtrisés.

Marcel Junius, architecte, urbaniste émérite de l'Ordre des urbanistes du Québec, dirigera le 10 octobre prochain auprès de Albert Painchaud, directeur général de la Corporation de la cité des rivières de Sherbrooke, et Denis Lemieux, directeur du Festival international des jardins de Métis, un atelier qui sera un moyen de réfléchir sur les différents aspects qui composent le paysage urbain et sur la façon de les agencer et de les relier pour qu'ils remplissent leur rôle premier, qui est celui d'améliorer notre qualité de vie aussi bien au niveau esthétique qu'environnemental.

Réveil

Marcel Junius profitera de sa présentation de l'atelier pour jeter un immense pavé dans la mare en espérant une fois de plus réveiller les consciences endormies par des années de mutisme liées à l'effervescence économique: «L'urbanisme est absent de nos villes parce qu'on lui a retiré son élément essentiel, premier, fondamental: l'humanisme. Aujourd'hui cette discipline est perçue et employée comme une science et une technique pour faire des villes. On a sciemment saboté l'oeuvre des pionniers de l'urbanisme en l'amputant de son objectif premier, l'être humain, et on a oublié, comme quantité négligeable, la seconde partie de la définition de l'urbanisme qui est "l'art de faire des ville". Qui aujourd'hui s'occupe de l'art de continuer les villes?», car il s'agit bien d'un art qui s'inscrit dans le temps et dont le savoir revient à ceux qui se sont toujours penchés sur la question: les urbaniste, les vrais, les architectes et les paysagistes.

Le pavé est lancé dans le camp des autorités, celles qui décident du visage de nos villes, mais il est aussi lancé dans le camp des citoyens, ceux qui élisent les décideurs et surtout, ceux qui vont habiter les villes de demain. Il serait peut-être temps d'acquérir un peu de conscience «urbaine» avant que nos villes ne se mettent à ressembler à une succession de centres commerciaux et de zones résidentielles déshumanisées reliées par un épais fouillis d'autoroutes, le tout baignant dans une telle laideur que cela nous donnera envie d'aller habiter ailleurs! Où est la continuité historique dans tout ça? Où sont l'ouverture et la culture qui permettent à un projet de s'inscrire dans une logique architecturée et paysagère?

Les décideurs semblent se préoccuper si peu de la beauté et de l'élégance de nos espaces urbains, et même des espaces naturels, que cela en devient pathétique. À quelques exceptions près, la plupart des beaux endroits en ville sont des aménagements qui ont été créés dans un passé lointain, au temps où l'on s'étendait encore sur les questions de détail architectural, de gabarit de rue, de mobilier urbain et de jardin paysager. Quand va-t-on comprendre que l'art et la beauté, dans le bâti et dans les espaces verts, apportent beaucoup plus de bonheur que les espaces rentables sans queue ni tête?

Les réflexions sur les aménagements qui sont menées un peu partout à l'heure actuelle au Québec obéissent plus à des règles économiques que culturelles et le problème, c'est que les décisions qui sont prises en matière d'aménagement sont là pour durer. Or, le manque de conscience urbaine dénote un manque beaucoup plus profond: celui de l'absence de liens sociaux. S'il n'y a pas d'endroits pour que les gens se rassemblent, pas de places dignes de ce nom, ni d'espaces paysagers contemporains reflétant l'époque dans laquelle nous vivons, alors où s'en vont les rapports humains?

La ville et ses espaces paysagers sont le premier lieu où se tissent les contacts humains, et l'endroit où l'homme est censé évoluer et grandir. Si la seule chose qu'on lui offre ce sont des espaces de consommation sans âme et sans identité, que va-t-on devenir? Des consommateurs perdus? (Ce que nous sommes déjà...) L'urbanisme est malade, et si on ne parvient pas à maîtriser l'hémorragie de l'étalement urbain et ce qui lui est rattaché, le cancer automobile, on court vers une vision bien triste de ce que seront les grandes villes de demain.

Espaces verts paysagers

Pour atténuer ce mal et essayer de recréer des espaces humains à l'intérieur des villes, il y a une mode qui fleurit depuis quelques années: celle des espaces verts paysagers. Parce que l'environnement est devenu un élément essentiel de la société moderne, les espaces verts sont reconsidérés. Mais les erreurs et le manque de cohérence que l'on trouve dans l'aménagement du territoire se répercutent sur les espaces verts. Ils ont souvent aussi peu de sens que les espaces construits, et manquent tout autant d'élégance et de savoir-faire. C'est sans doute pour cette raison que le Festival international des jardins de Métis est né: pour faire prendre conscience que l'art du jardin — au même titre que l'architecture (l'art de bâtir) et l'urbanisme (l'art de faire des villes) — doit être le fruit d'une longue réflexion et l'aboutissement d'un travail effectué par ceux qui maîtrisent l'art de la mise en espaceÉ

«Le Festival international des jardins de Métis est un laboratoire expérimental qui amène les réflexions de concepteurs de différents horizons — architectes, architectes-paysagistes et artistes — à redéfinir l'usage et l'approche du jardin dans une perspective contemporaine. Cette démarche rejoint un courant d'idées de jardins expérimentaux qui circule à travers la planète. Le jardin a perdu ce lien avec la société dans laquelle on vit, il est très nostalgique, il faut le remettre à l'intérieur du débat et à l'intérieur de notre société pour en faire un espace signifiant, pour proposer de nouvelles expériences au même titre que l'art actuel ou l'architecture actuelle», dit Denis Lemieux. Pour lui le Festival des jardins de Métis est un véritable laboratoire d'idées où l'espace vert paysager offre toute une série de visions du rôle de la nature dans notre environnement construit, et Denis Lemieux ajoute: «Le jardin est un art de sensibilité. L'expérience que le jardin peut apporter est certes liée au végétal, mais c'est surtout une expérience multisensorielle liée au fait que le jardin est l'un des rares contextes où l'idée de culture peut être perçue comme un tout. Le jardin contemporain reflète les préoccupations des gens envers la nature, mais aussi envers l'espace.» À l'heure actuelle, le festival propose des compositions qui sont éphémères, mais à long terme, souhaitons que ces jardins contemporains franchissent le site de Grand-Métis pour arriver au coeur même du paysage urbain.

Marcel Junius conclura sur cette question de façon positive: «Notre communauté devra établir entre tous — administrateurs, techniciens et politiciens — un véritable "état d'esprit d'urbanisme" où l'art, la culture, l'humanisme prennent la place qui revient à ce que l'on appelle une sensibilité nouvelle, accueillante, vibrante. Ce sont les ingrédients d'une vision globale pour résoudre les problèmes de l'aménagement paysager et urbain, et faire de nos villes et villages des oeuvres d'art, car elles sont notre cadre de vie.» À bon entendeurÉ
 
 
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
 
 












CAPTCHA Image Générer un nouveau code

Envoyer
Fermer

Haut de la page
Cet article vous intéresse?
Cet article vous intéresse?
0 réaction
0 vote Voter
 
  • a Taille du texte -- ++
  • Imprimer
  • Envoyer
  • Partager
  • Droits de reproduction
  • Voter
Recherche complète sur le même sujet


Publicité

Les blogues du devoir

Vos commentaires

m'inscrire
 
Recherche



Exemples de recherche :
Robert Sansfaçon
"directeur général des élections"

S'abonner au Devoir
Abonnez-vous au journal papier Le Devoir ou à la version Internet.
Publicité
Vous souhaitez annoncer dans Le Devoir, contactez le service de publicité.

En savoir plus
Stratégie Web et référencement par Adviso
Design Web par Egzakt
© Le Devoir 2002-2012