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Régions - La culture est une responsabilité collective

Les leaders locaux doivent s'assurer d'un appui constant venant des communautés locales

Johanne Landry   5 octobre 2002  Arts visuels
Pour favoriser l'épanouissement de la vie culturelle dans les régions, il ne faut pas une solution unique mais un ensemble d'interventions, affirment ceux qui y vivent, que se soient en milieu rural, dans une municipalité et même outre-Atlantique. De Trois-Pistoles au Pas-de-Calais.

Quels sont les principaux obstacles qui ralentissent le dynamisme culturel dans les régions? Les gros sous toujours, entre autres. «Pour développer un produit culturel, les coûts sont sensiblement les mêmes à la ville ou en région, commente Ginette Saint-Amand, mairesse de Trois-Pistoles. Mais nous ne disposons pas du même financement. Pour nous, c'est plus difficile car il n'est pas évident qu'au bout, l'activité sera couronnée d'une réussite financière.» La masse critique, les mécènes et les commanditaires y sont plus rares qu'à la grande ville, ajoute-t-elle. C'est comme une roue qui tournerait à contresens pour les régions. Pour donner de la visibilité à un événement, il faut investir beaucoup, ce qui exige en contrepartie de rejoindre une vaste clientèle pour le rentabiliser.

«Je peux plus facilement parler des réalités du Bas-Saint-Laurent, poursuit Mme Saint-Amand. Nous n'avons pas l'habitude de nous mettre en valeur. La préoccupation des gens d'ici, c'est l'exploitation des ressources naturelles avec lesquelles ils gagnent leur vie. Nous n'aimons pas beaucoup nous placer en évidence et nous croyons que ce que nous faisons est simplement ordinaire.»

Jacques Proulx, président de Solidarité rurale du Québec, déplore un manque d'équité. «L'accessibilité à la culture est plus compliquée et plus coûteuse dans les régions», dit-il en précisant qu'il ne prône pas qu'il y ait un théâtre, un cinéma et une salle d'exposition dans chaque village du Québec. «Mais, ajoute-t-il, il faudrait tenir compte des distances et permettre un accès relativement facile dans un temps raisonnable.» Une préoccupation qui rejoint ce que Jacques Proulx dénonce comme étant un problème d'importance: le transport. «Dans notre monde où l'automobile est reine, il existe un préjugé tenace à l'effet que tout le monde possède une voiture, remarque-t-il. Ce n'est pas vrai. Ni en milieu rural, ni en milieu urbain.» Que l'on pense aux aînés, souvent moins mobiles, et aux jeunes qui, à la campagne, ne peuvent sortir que lorsque leurs parents sont disponibles pour les conduire.

Vitalité culturelle rurale

L'énumération des difficultés particulières aux régions ne se veut cependant pas un sombre tableau. Loin de là. Il existe une foule d'activités culturelles hors des villes. «Oui, affirme la mairesse de Trois-Pistoles, il y a possibilité d'avoir une vie culturelle en région. Et la responsabilité en repose sur un peu tout le monde.» Dans le même sens, le président de Solidarité rurale du Québec ajoute: «Ça prend beaucoup de conviction de la part des leaders et un appui constant des communautés.»

À titre d'exemple, Jacques Proulx mentionne Le P'tit bonheur de Saint-Camille, dans le village qu'il habite dans la MRC d'Asbestos, où, témoigne-t-il, la communauté a choisi de miser sur la culture. En opération tout au long de l'année, le lieu accueille des expositions de peinture ou de photographie, des cours de chant et du théâtre. «Possible, insiste Jacques Proulx, grâce à l'appui constant de la communauté villageoise et à celui des communautés voisines.» Les centres de ce genre sont-ils la solution? «Je pense, répond-il, qu'il n'y a pas une seule solution mais il faut plutôt un ensemble d'interventions, faites par tous et chacun.»

Autre exemple, celui de la région du Bas-Saint-Laurent avec le Carrousel international du film de Rimouski, les concerts de l'Orchestre symphonique de l'Estuaire, le Festival du conte et des récits de la francophonie à Trois-Pistoles, le Festival de la chanson de Petite-Vallée en Gaspésie, ou le Parc de l'aventure Basque en Amérique, aussi à Trois-Pistoles.

«La vitalité, formule Ginette Saint-Amand, s'exprime par l'arrivée d'organismes et d'individus qui décident d'organiser des événements avec un caractère culturel particulier. Nous reconnaissons la culture comme étant un moteur de développement qui, en même temps, améliore la qualité de vie des citoyens et leur permet une ouverture sur le monde.»

L'expérience du Pas-de-Calais

Département du nord de la France, le Pas-de-Calais était un bassin industriel et minier. «Un territoire profondément marqué par un siècle et demi d'exploitation charbonnière», situe Chantal Lamarre, directrice de Culture-Commune en France. Une région fortement touchée par le chômage depuis la fermeture de la dernière mine en 1990.

Culturellement, cette région — où vivent 750 000 habitants dans les quelque six villes de taille moyenne comme Lens ou Béthune — connaissait un solide retard. Il n'y avait en effet ni théâtre, ni bibliothèque, peu de livres et pas d'équipe artistique implantée. «Une population, poursuit Mme Lamarre, assez éloignée des champs de la culture parce que dans l'activité minière, il n'y avait que peu d'intérêt à développer les capacités d'initiative, de créativité et même éducatives de la population, l'objectif étant qu'un fils de mineur devienne mineur.»

Les choses sont en train de changer. «À partir de tous les constats quant à ce territoire, explique Chantal Lamarre, les difficultés, les handicaps, mais également les atouts, il s'agissait de développer de nouvelles politiques culturelles ouvertes sur le monde contemporain et axées sur la création et la créativité. Amener les gens à développer leur capacité d'initiative et de mobilité. Bref, s'attaquer à tout ce qui causait problème pour le renouveau de cette région. L'originalité de ce projet, quand même assez unique en France, c'est d'avoir composé une démarche de développement durable en lien avec le développement éducatif et urbain, ainsi qu'une action réelle d'opérateurs culturels.»

Résultats: sur l'ancien territoire minier, il y a aujourd'hui des bibliothèques, des théâtres, des troupes artistiques, et des studios de répétition pour les jeunes. «Culture-Commune est un outil, énonce Chantal Lamarre, mais pas le seul. Il a fallu que les villes se prennent en charge aussi.» Inciter les gens à demeurer sur place puis redonner à la région un pouvoir d'attraction n'est pas seulement une affaire de culture, bien entendu. «La revitalisation d'un territoire, rappelle Mme Lamarre, nécessite un partage de la direction dans laquelle on veut aller, puis que tous travaillent dans le même sens. C'est complexe et difficile, mais c'est ce qu'on appelle une démarche de développement.»

Les ateliers Réseau et concertation et Culture et ruralité seront présentés le jeudi 10 octobre à 15h30. Jacques Proulx présentera La vitalité culturelle en milieu rural le vendredi 11 octobre, en avant-midi.
 
 
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