Une entrevue avec Helen Fotopulos - Une politique culturelle citoyenne pour une villle à vocation internationale
Montréal doit composer avec les particularités de chaque arrondissement
Nouvelle culture. Métissage. Cosmopolitisme. Montréal est à travailler à lla mise en place d'une politique culturelle pour ctte nouvelle ville faire de 27 arrondissements. Pour la responsable de la culture au comité exécutif, «on ne peut pas demander à Sainte-Anne-de-Bellevue ou à Baie-d'Urfé d'avoir le même genre d'interventions que dans l'arrondissement N.D.G-Côte-des-Neiges.» Partout toutefois, il faut admettre l'apport des citoyens dans l'établissement de l'identité de la ville. Aussi, nécessité, selon Helen Fotopoulos, d'une bibliothèque puublique municipale.
S'il s'avère vrai que le caractère le plus singulier et universel de la culture passe par la langue, cette dernière vit en français et s'exprime de diverses façons à Montréal, d'où le caractère culturel à la fois particulier et multiple de la ville, aussi bien dans son existence que dans ses manifestations. Depuis la grande fête de 1967 dans les îles, Montréal s'est donné de la gueule et s'est élaboré un style, ce dont conviennent ses citoyens, ses visiteurs aussi bien que les spécialistes en la matière.
Il y a quelques jours, le chantier consacré à l'élaboration d'une politique culturelle de la ville et de ses 27 arrondissements se mettait en branle. Membre du comité exécutif de Montréal et responsable du dossier de la culture et du patrimoine, Helen Fotopulos le dirige. Cette femme, dont le poète français André Chénier disait de ses lointains ancêtres grecs qu'il parlait «ce langage sonore aux douceurs souveraines, le plus beau qui soit né sur des lèvres humaines», dit d'abord à quoi tient en substance la richesse culturelle qui l'entoure: «Elle vient des Montréalais. Ça commence par la population. Celle-ci constitue un capital culturel et, par son évolution, elle est composée de personnes qui appartiennent à la classe créative. C'est l'innovation, c'est le dynamisme de penser d'une autre façon.»
Mais à quels facteurs doit-on attribuer ce mode de vie, cette manière d'agir? Elle répond et précise sa pensée: «C'est peut-être à cause de notre positionnement géographique et aussi du facteur démographique. Il s'agit de quelque chose qui est apparu de façon très évidente durant... je ne sais trop depuis quand, mais disons les 20 dernières années. Avant cette période, les gens étaient plus ou moins cloisonnés. Puis est apparue cette espèce de nouvelle culture qui s'est formée, et dont j'attribue en bonne partie le développement au métissage. Je ne parle pas vraiment d'un métissage ethnique, mais plutôt cosmopolite. Les gens qui sont venus ici et qui ont décidé d'y travailler venaient souvent des secteurs liés à la création, que ce soit dans la technologie ou dans les arts et la culture.»
Des quartiers en évolution
Ces personnes se sont établies dans divers quartiers auxquels ils ont conféré une certaine forme de convivialité. Mme Fotopulos parle de ceux-ci en ces termes: «Pour ce qui est des quartiers de Montréal, de l'urbanité, il y a mutation. C'est que la ville devient par ce changement une oeuvre d'art, si je peux utiliser un tel symbole. On voit les transformations au niveau de nos arrondissements, qui se forgent un caractère, une personnalité. Le Plateau, que je représente, et le Mile-End, sont des exemples de symbiose ou d'osmose de ce qu'une ville doit représenter en termes de comment ça se vit, ça se travaille et ça se négocie.»
Cette nouvelle réalité montréalaise a pris forme dans le sud de la rue Saint-Laurent pour s'étendre plus au nord par la suite. «Ce mouvement a fini par aboutir en haut et par couvrir l'île au complet. Tous les courants sont bien marqués dans le patrimoine du boulevard Saint-Laurent et ça rayonne à gauche et à droite», fait-elle observer.
Le chantier en mouvement
De l'avis de la responsable de l'élaboration d'une politique culturelle municipale pour Montréal, le premier et le plus grand défi du chantier relève du positionnement de Montréal en tant que ville de savoir et métropole culturelle et internationale. «À partir du Sommet de juin dernier, il faut concrétiser des choses, voir comment on va se positionner face à nos partenaires et à d'autres villes sur la planète, comment on va se situer sur les plans tant régional qu'international. Il faut se tourner du côté de la Communauté métropolitaine de Montréal (CMM) et aussi de celui des régions du Québec. Il est question à ce sujet des relations avec le gouvernement provincial, mais aussi de l'ensemble de la vitalité culturelle québécoise, plutôt que de Montréal comme pôle isolé», laisse-t-elle savoir.
Encore est-il opportun d'apprendre à naviguer dans les méandres de la loi qui a créé la nouvelle ville. Il est question à ce chapitre de juridiction, de chevauchement et d'application des règles du jeu. «Entre ce qui existe sur papier et la vraie vie, les choses doivent se régulariser. Maintenant, il y a un seul bailleur de fonds, comment va-t-on composer avec cette réalité?», se demande-t-elle.
La diffusion relève des arrondissements
En vertu de la loi 170, les arrondissements possèdent le mandat de diffuser localement la culture, alors que la ville centre se charge du respect et de l'application des normes minimales. La politique culturelle, dans ce contexte, doit revêtir un caractère clair qui ne peut être homogène: «On ne peut pas demander à Sainte-Anne-de-Bellevue ou à Baie-d'Urfé d'avoir le même genre d'interventions que dans l'arrondissement N.D.G-Côte-des-Neiges où il y a deux maisons de la culture, des bibliothèques et tout ce que vous voulez. Deux contextes sont en présence, le villageois et l'urbain.»
Dans un cas comme dans l'autre, la clientèle doit pouvoir accéder au produit culturel. Helen Fotopulos y tient mordicus: «Au centre de l'orientation de la politique, on doit reconnaître que c'est le citoyen qui est au coeur de celle-ci. Il y a eu un article intéressant dans Le Devoir récemment qui parlait de la primauté du citoyen et de la démocratisation de la culture. Pour que ça fonctionne, il faut miser sur la fierté des citoyens pour les inclure dans le développement de la ville; on doit aiguiser leur sentiment d'appartenance à la ville élargie pour que ça progresse, et cette démarche commence avec le quartier, avec l'arrondissement.» Ce sur quoi elle mentionne en outre qu'une politique culturelle doit être élaborée en fonction de l'ensemble des services d'une municipalité qui, elle, doit rendre la vie plus facile à ses créateurs, notamment au niveau du zonage et de l'habitation.
Une solidarité de bon aloi et un dossier prioritaire
Helen Fotopulos se réjouit du rapprochement qui pourrait éventuellement conduire au regroupement de Culture Montréal et du Conseil de la culture montréalais. Elle s'en dit ravie: «Personnellement, comme chaque membre du comité exécutif, j'ai besoin d'avoir mon rapport de forces. Qu'il y ait divergence d'opinion, oui j'en suis, mais ça aide beaucoup dans les interventions quand il y a une solidarité entre les groupes. C'est véritablement une manifestation de la maturité du milieu culturel que le Sommet de juin a contribué à rapprocher.» La culture fut omniprésente lors de cet événement et il en fut question dans plusieurs ateliers. Le Sommet a servi notamment à regrouper les forces du milieu dans l'élaboration de projets autour du savoir.
En parlant toujours de cette rencontre, la responsable du dossier de la culture et du patrimoine au comité exécutif de Montréal en profite pour assurer à quel point le Sommet de Montréal a fait l'unanimité autour du dossier des bibliothèques en matière culturelle: «Dans le secteur municipal, le maillon faible du côté du savoir, c'est la bibliothèque. On a un rattrapage historique à faire à ce propos. On ne peut pas parler de ville de savoir si on ne possède pas la base la plus fondamentale, qui s'appelle la bibliothèque municipale publique.»
Helen Fotopoulos interviendra dans l'atelier consacré aux «Autorités politiques», conjointement avec Jean-Marie Delaunay, de la MRC La Haute Côte-Nord, Alain Gamelin, de Trois-Rivières, Lynda Cloutier, de Québec et Diane Saint-Pierre, de l'INRS, le jeudi 10 ocotbre à 13h30.
S'il s'avère vrai que le caractère le plus singulier et universel de la culture passe par la langue, cette dernière vit en français et s'exprime de diverses façons à Montréal, d'où le caractère culturel à la fois particulier et multiple de la ville, aussi bien dans son existence que dans ses manifestations. Depuis la grande fête de 1967 dans les îles, Montréal s'est donné de la gueule et s'est élaboré un style, ce dont conviennent ses citoyens, ses visiteurs aussi bien que les spécialistes en la matière.
Il y a quelques jours, le chantier consacré à l'élaboration d'une politique culturelle de la ville et de ses 27 arrondissements se mettait en branle. Membre du comité exécutif de Montréal et responsable du dossier de la culture et du patrimoine, Helen Fotopulos le dirige. Cette femme, dont le poète français André Chénier disait de ses lointains ancêtres grecs qu'il parlait «ce langage sonore aux douceurs souveraines, le plus beau qui soit né sur des lèvres humaines», dit d'abord à quoi tient en substance la richesse culturelle qui l'entoure: «Elle vient des Montréalais. Ça commence par la population. Celle-ci constitue un capital culturel et, par son évolution, elle est composée de personnes qui appartiennent à la classe créative. C'est l'innovation, c'est le dynamisme de penser d'une autre façon.»
Mais à quels facteurs doit-on attribuer ce mode de vie, cette manière d'agir? Elle répond et précise sa pensée: «C'est peut-être à cause de notre positionnement géographique et aussi du facteur démographique. Il s'agit de quelque chose qui est apparu de façon très évidente durant... je ne sais trop depuis quand, mais disons les 20 dernières années. Avant cette période, les gens étaient plus ou moins cloisonnés. Puis est apparue cette espèce de nouvelle culture qui s'est formée, et dont j'attribue en bonne partie le développement au métissage. Je ne parle pas vraiment d'un métissage ethnique, mais plutôt cosmopolite. Les gens qui sont venus ici et qui ont décidé d'y travailler venaient souvent des secteurs liés à la création, que ce soit dans la technologie ou dans les arts et la culture.»
Des quartiers en évolution
Ces personnes se sont établies dans divers quartiers auxquels ils ont conféré une certaine forme de convivialité. Mme Fotopulos parle de ceux-ci en ces termes: «Pour ce qui est des quartiers de Montréal, de l'urbanité, il y a mutation. C'est que la ville devient par ce changement une oeuvre d'art, si je peux utiliser un tel symbole. On voit les transformations au niveau de nos arrondissements, qui se forgent un caractère, une personnalité. Le Plateau, que je représente, et le Mile-End, sont des exemples de symbiose ou d'osmose de ce qu'une ville doit représenter en termes de comment ça se vit, ça se travaille et ça se négocie.»
Cette nouvelle réalité montréalaise a pris forme dans le sud de la rue Saint-Laurent pour s'étendre plus au nord par la suite. «Ce mouvement a fini par aboutir en haut et par couvrir l'île au complet. Tous les courants sont bien marqués dans le patrimoine du boulevard Saint-Laurent et ça rayonne à gauche et à droite», fait-elle observer.
Le chantier en mouvement
De l'avis de la responsable de l'élaboration d'une politique culturelle municipale pour Montréal, le premier et le plus grand défi du chantier relève du positionnement de Montréal en tant que ville de savoir et métropole culturelle et internationale. «À partir du Sommet de juin dernier, il faut concrétiser des choses, voir comment on va se positionner face à nos partenaires et à d'autres villes sur la planète, comment on va se situer sur les plans tant régional qu'international. Il faut se tourner du côté de la Communauté métropolitaine de Montréal (CMM) et aussi de celui des régions du Québec. Il est question à ce sujet des relations avec le gouvernement provincial, mais aussi de l'ensemble de la vitalité culturelle québécoise, plutôt que de Montréal comme pôle isolé», laisse-t-elle savoir.
Encore est-il opportun d'apprendre à naviguer dans les méandres de la loi qui a créé la nouvelle ville. Il est question à ce chapitre de juridiction, de chevauchement et d'application des règles du jeu. «Entre ce qui existe sur papier et la vraie vie, les choses doivent se régulariser. Maintenant, il y a un seul bailleur de fonds, comment va-t-on composer avec cette réalité?», se demande-t-elle.
La diffusion relève des arrondissements
En vertu de la loi 170, les arrondissements possèdent le mandat de diffuser localement la culture, alors que la ville centre se charge du respect et de l'application des normes minimales. La politique culturelle, dans ce contexte, doit revêtir un caractère clair qui ne peut être homogène: «On ne peut pas demander à Sainte-Anne-de-Bellevue ou à Baie-d'Urfé d'avoir le même genre d'interventions que dans l'arrondissement N.D.G-Côte-des-Neiges où il y a deux maisons de la culture, des bibliothèques et tout ce que vous voulez. Deux contextes sont en présence, le villageois et l'urbain.»
Dans un cas comme dans l'autre, la clientèle doit pouvoir accéder au produit culturel. Helen Fotopulos y tient mordicus: «Au centre de l'orientation de la politique, on doit reconnaître que c'est le citoyen qui est au coeur de celle-ci. Il y a eu un article intéressant dans Le Devoir récemment qui parlait de la primauté du citoyen et de la démocratisation de la culture. Pour que ça fonctionne, il faut miser sur la fierté des citoyens pour les inclure dans le développement de la ville; on doit aiguiser leur sentiment d'appartenance à la ville élargie pour que ça progresse, et cette démarche commence avec le quartier, avec l'arrondissement.» Ce sur quoi elle mentionne en outre qu'une politique culturelle doit être élaborée en fonction de l'ensemble des services d'une municipalité qui, elle, doit rendre la vie plus facile à ses créateurs, notamment au niveau du zonage et de l'habitation.
Une solidarité de bon aloi et un dossier prioritaire
Helen Fotopulos se réjouit du rapprochement qui pourrait éventuellement conduire au regroupement de Culture Montréal et du Conseil de la culture montréalais. Elle s'en dit ravie: «Personnellement, comme chaque membre du comité exécutif, j'ai besoin d'avoir mon rapport de forces. Qu'il y ait divergence d'opinion, oui j'en suis, mais ça aide beaucoup dans les interventions quand il y a une solidarité entre les groupes. C'est véritablement une manifestation de la maturité du milieu culturel que le Sommet de juin a contribué à rapprocher.» La culture fut omniprésente lors de cet événement et il en fut question dans plusieurs ateliers. Le Sommet a servi notamment à regrouper les forces du milieu dans l'élaboration de projets autour du savoir.
En parlant toujours de cette rencontre, la responsable du dossier de la culture et du patrimoine au comité exécutif de Montréal en profite pour assurer à quel point le Sommet de Montréal a fait l'unanimité autour du dossier des bibliothèques en matière culturelle: «Dans le secteur municipal, le maillon faible du côté du savoir, c'est la bibliothèque. On a un rattrapage historique à faire à ce propos. On ne peut pas parler de ville de savoir si on ne possède pas la base la plus fondamentale, qui s'appelle la bibliothèque municipale publique.»
Helen Fotopoulos interviendra dans l'atelier consacré aux «Autorités politiques», conjointement avec Jean-Marie Delaunay, de la MRC La Haute Côte-Nord, Alain Gamelin, de Trois-Rivières, Lynda Cloutier, de Québec et Diane Saint-Pierre, de l'INRS, le jeudi 10 ocotbre à 13h30.
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