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L'Autriche va restituer cinq Klimt à une famille juive spoliée par les nazis

18 janvier 2006  Actualités culturelles
Les cinq tableaux qui seront restitués par l’Autriche, dont Portrait d’Adèle Bloch-Bauer I, sont exposés à la Galerie du Belvédère de Vienne.
Photo : Agence Reuters
Les cinq tableaux qui seront restitués par l’Autriche, dont Portrait d’Adèle Bloch-Bauer I, sont exposés à la Galerie du Belvédère de Vienne.
Vienne — L'Autriche a annoncé hier qu'elle allait restituer cinq chefs-d'oeuvre du peintre Gustav Klimt à l'héritière américaine d'une famille juive autrichienne spoliée par les nazis.

La ministre de la Culture, Elisabeth Gehrer, a indiqué que la république se plierait à une décision non contraignante d'un tribunal arbitral ayant statué, le même jour à Vienne, que «les conditions pour que les tableaux soient restitués aux héritiers de Ferdinand Bloch-Bauer étaient remplies».

Cette annonce met un terme définitif à une bataille juridique opposant depuis 1999 une Américaine d'origine autrichienne, Maria Altmann, 89 ans, à l'État autrichien sur la propriété des cinq tableaux exposés à la Galerie (musée) du Belvédère de Vienne.

Il s'agit notamment de deux célèbres portraits d'Adèle Bloch-Bauer peints en 1907 et 1912 et considérés comme des oeuvres majeures de Klimt (1862-1918), une figure clé de l'Art nouveau et du symbolisme viennois et l'un des fondateurs de la Sécession viennoise en 1897.

Les cinq oeuvres sont estimées entre 140 et 200 millions d'euros (environ 210 et 300 millions $CAN), selon des expertises citées par la presse autrichienne. Le seul Portrait d'Adèle Bloch-Bauer I est estimé à 50 millions d'euros (75 millions $CAN).

Mme Altmann, une nièce de Ferdinand Bloch-Bauer vivant à Los Angeles, a dit souhaiter un arrangement afin que les deux portraits d'Adèle Bloch-Bauer, considérés comme des pièces maîtresses des collections publiques autrichiennes, restent la propriété de son pays d'origine.

«Je souhaite que les portraits restent en Autriche. J'examinerai avec plaisir toutes les offres» de rachat de ces oeuvres par l'État autrichien, a-t-elle déclaré à la radiotélévision publique autrichienne ORF.

Mme Gehrer a cependant souligné que «le rachat des cinq oeuvres dépassait de loin les possibilités financières» de la république. Le budget des acquisitions s'est élevé l'an dernier à 70 millions d'euros (environ 105 millions $CAN), a rappelé la ministre. Pour conserver les tableaux, «il nous faudra trouver d'autres moyens. Nous nous y employons», a-t-elle affirmé.

Mme Altmann a précisé qu'elle veillerait à ce que les trois autres tableaux — un Pommier de 1912, une Forêt de hêtres de 1903 et des Maisons à Unterach sur l'Attersee de 1916 — soient acquis par des collections publiques, sans toutefois citer de pays.

Le directeur du Belvédère, Gerbert Frodl, a déjà indiqué «étudier la possibilité d'acquérir l'une ou l'autre» des cinq oeuvres, qu'il a qualifiées de «chefs-d'oeuvre absolus».

Le directeur du Kunsthistorisches Museum, Wilfried Seipel, a quant à lui appelé à l'aide des mécènes pour que l'Autriche ne perde pas «ses oeuvres les plus importantes».

Les cinq tableaux, ainsi qu'un portrait d'Amalie Zuckerkandl, une sixième oeuvre disjointe de la procédure, appartenaient à un oncle de la plaignante, Ferdinand Bloch-Bauer, un industriel juif dont les biens avaient été saisis par les nazis après l'Anschluss de 1938 et décédé en 1946.

Vienne a soutenu que ces peintures étaient devenues propriété de l'État en vertu du testament d'Adèle Bloch-Bauer, dans lequel elle demandait à son mari Ferdinand de les offrir à la Galerie du Belvédère après sa mort, survenue en 1925.

Mais l'avocat de Mme Altmann, Me Randol Schoenberg, a fait valoir que ces tableaux n'avaient jamais été la propriété d'Adèle et qu'ils avaient toujours appartenu à son mari. Dans son propre testament, celui-ci les avait d'ailleurs légués à sa famille, a toujours argué l'avocat.

En mai, les deux parties s'étaient entendues pour clore une procédure judiciaire engagée aux États-Unis et s'en remettre à la décision d'un tribunal arbitral de trois sages en Autriche.
 
 
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