Chanson - Dans la tête de Charlélie Couture
L'emmerdeur, qui continue de tracer sa route bien loin de l'avion sans ailes qui a marqué le début des années 80, brouillera de nouveau les cartes à Montréal la semaine prochaine
Un pur moment de bonheur. Pour quiconque, comme moi, prenant autant de plaisir à écouter la musique qu'à fréquenter les temples blancs de la culture que sont les musées et les galeries d'art, s'asseoir avec CharlÉlie Couture et discuter ne serait-ce qu'un bref instant avec lui tient du ravissement. Celui qui est connu pour sa musique vit aujourd'hui à New York, où il s'investit (un peu moins qu'auparavant) dans la musique et (de plus en plus) dans la peinture. Parler de création, au sens large, s'imposait donc, ce qui prédispose au passage du monsieur au Coup de coeur francophone de cette année.
«Être un artiste, ce n'est pas un cadeau du ciel», disait CharlÉlie Couture à Monique Giroux. Dans cette entrevue, il disait aussi qu'être artiste, «c'est être hyper-réactif», ce qui, il faut le concéder, ne doit pas être toujours simple à gérer. Remettez-lui sous le nez ces déclarations, Couture en rajoute: «Être artiste, c'est malheureusement être hyper-réactif, dit-il de sa voix traînante. Ça veut dire que t'as pas les codes et les filtres de la raison. Les choses t'envahissent et prennent une importance équivalente à ce qu'est une inflammation que tu dois guérir. La seule façon de sortir les démons qui nous habitent, c'est de leur donner une forme. Sinon, ils font peur.»
Un chandelier à sept branches
Couture se dit artiste depuis toujours. «C'est un peu particulier parce que, quand j'avais douze ans, on écrivait sur mes cahiers "artiste" ou "tempérament d'artiste". Autant dire: on ne peut rien en faire. J'avais un prof en français qui marquait tout le temps: "un volcan d'idées"». L'irruption chez Couture a pris une forme particulière sur le dernier album du musicien de 48 ans, Double vue. Les nouveaux textes ont été produits sur des musiques sollicitées auprès de jeunes compositeurs rencontrés sur Internet, une ouverture, donc, à toutes les manières, que celles-ci soient électronica, dub ou rock, parfois un brin jazz ou blues.
D'aucuns ont pu critiquer la démarche, y voyant comme un manque de direction artistique. Mais «l'art est un moyen d'aller voir ailleurs». Or, en musique et en peinture, il semblerait que des similitudes se manifestent, dans la mesure où toutes deux se présentent comme des collage. «Mon arbre a trois branches, une pour l'écriture, une pour les arts visuels et l'autre pour la musique. Même dans l'écriture, il y a l'écriture d'articles, de nouvelles et l'écriture des textes à chanter. J'ai fait des musiques de films, dix-sept, et des musiques à chanter. Dans les arts visuels, j'en ai fait liés aux arts plastiques, à la photographie et au design. Ça fait un chandelier à sept branches.»
Il ne faut pas s'attendre à ce que CharlÉlie Couture fasse et refasse la même chose. À New York, le chanteur s'est fait peintre et est représenté par la galeriste québécoise Michèle Gagné, rue Lafayette, dans SoHo. Cette dernière a largement contribué à ce que la peinture de l'artiste marche. «À New York, ma peinture s'est radicalisée et ma musique aussi.» New York «oblige à admettre des choses que tu ne voulais pas admettre. Il faut tenir compte de l'accélération du processus, inexorablement.»
En bougeant vers la Grosse Pomme, Couture a assumé un aspect de sa création que la France semblait vouloir bouder. «Je faisais avant une peinture de mots, je fais aujourd'hui une peinture d'esprit, plus spirituelle. En France, les gens aiment les mots, les comment et les pourquoi. Les Américains n'ont pas ce rapport avec l'art. Ils ont une relation de consommation inutile.» Et les Américains, eux, ne connaissent pas CharlÉlie Couture le chanteur.
«La première question des Français devant mes peintures, c'est: comment c'est fait? Et souvent, ils concluaient en disant: vous savez, moi aussi je peins. Alors, ils veulent savoir si eux aussi pourraient en faire du pareil. La deuxième question, c'est souvent: mais au fait, vous avez voulu dire quoi? Ça voulait dire, en fait, une fois qu'on a parlé de la boîte, qu'est-ce que vous avez mis dans la boîte. Les Américains arrivent, posent rarement des questions pour savoir quoi que ce soit. Ils font un tour et puis disent: it's great, it's fantastic... Puis quand ils développent, ils parlent de l'émotion qu'ils ressentent devant le tableau. Et la deuxième question des Américains est: how much is it? Ce qui fait dire à la blague à l'artiste multitâches «que les Français pensent et les Américains dépensent».
Ressentir
«Mais faut-il expliquer?», demande Couture. Il est préférable de ressentir. «Les artistes sont des émetteurs. On met en forme la notion abstraite du sentiment humain, mais on n'en connaît pas toutes les ficelles. C'est pour ça que la notion de rationalisation d'une oeuvre d'art est très délicate. Parfois, effectivement, ça donne un peu plus de profondeur, une deuxième lecture à quelque chose, mais quoi?» Et aux journalistes, on dit quoi? «Les entrevues sont des prétextes à mettre en forme mes propres histoires, de les dire.»
Ses histoires, CharlÉlie les décline à partir de ses deux métiers. Sur la scène du théâtre Corona samedi prochain, il optera pour un de ses deux métiers, celui du chanteur qui ne perd rien à se risquer dans des formes plus ou moins congrues pour certaines oreilles. «Les gens ont appris à me connaître comme un chanteur bizarre, une icône un peu trempée dans le formol dans lequel je suis plongé depuis les années 80. En tant que chanteur, je ne corresponds pas aux normes. Je suis un type un peu particulier dans le monde de la chanson parce que je n'ai jamais marché selon les codes de la séduction. Ce qui compte, c'est ce que je fais, en tant que peintre et en tant que musicien.» Ce type impossible à tenir, cet emmerdeur qui continue de tracer sa route bien loin de l'avion sans ailes qui a marqué le début des années 80, brouillera de nouveau les cartes à Montréal la semaine prochaine. Et c'est très bien comme ça.
Le Devoir
«Être un artiste, ce n'est pas un cadeau du ciel», disait CharlÉlie Couture à Monique Giroux. Dans cette entrevue, il disait aussi qu'être artiste, «c'est être hyper-réactif», ce qui, il faut le concéder, ne doit pas être toujours simple à gérer. Remettez-lui sous le nez ces déclarations, Couture en rajoute: «Être artiste, c'est malheureusement être hyper-réactif, dit-il de sa voix traînante. Ça veut dire que t'as pas les codes et les filtres de la raison. Les choses t'envahissent et prennent une importance équivalente à ce qu'est une inflammation que tu dois guérir. La seule façon de sortir les démons qui nous habitent, c'est de leur donner une forme. Sinon, ils font peur.»
Un chandelier à sept branches
Couture se dit artiste depuis toujours. «C'est un peu particulier parce que, quand j'avais douze ans, on écrivait sur mes cahiers "artiste" ou "tempérament d'artiste". Autant dire: on ne peut rien en faire. J'avais un prof en français qui marquait tout le temps: "un volcan d'idées"». L'irruption chez Couture a pris une forme particulière sur le dernier album du musicien de 48 ans, Double vue. Les nouveaux textes ont été produits sur des musiques sollicitées auprès de jeunes compositeurs rencontrés sur Internet, une ouverture, donc, à toutes les manières, que celles-ci soient électronica, dub ou rock, parfois un brin jazz ou blues.
D'aucuns ont pu critiquer la démarche, y voyant comme un manque de direction artistique. Mais «l'art est un moyen d'aller voir ailleurs». Or, en musique et en peinture, il semblerait que des similitudes se manifestent, dans la mesure où toutes deux se présentent comme des collage. «Mon arbre a trois branches, une pour l'écriture, une pour les arts visuels et l'autre pour la musique. Même dans l'écriture, il y a l'écriture d'articles, de nouvelles et l'écriture des textes à chanter. J'ai fait des musiques de films, dix-sept, et des musiques à chanter. Dans les arts visuels, j'en ai fait liés aux arts plastiques, à la photographie et au design. Ça fait un chandelier à sept branches.»
Il ne faut pas s'attendre à ce que CharlÉlie Couture fasse et refasse la même chose. À New York, le chanteur s'est fait peintre et est représenté par la galeriste québécoise Michèle Gagné, rue Lafayette, dans SoHo. Cette dernière a largement contribué à ce que la peinture de l'artiste marche. «À New York, ma peinture s'est radicalisée et ma musique aussi.» New York «oblige à admettre des choses que tu ne voulais pas admettre. Il faut tenir compte de l'accélération du processus, inexorablement.»
En bougeant vers la Grosse Pomme, Couture a assumé un aspect de sa création que la France semblait vouloir bouder. «Je faisais avant une peinture de mots, je fais aujourd'hui une peinture d'esprit, plus spirituelle. En France, les gens aiment les mots, les comment et les pourquoi. Les Américains n'ont pas ce rapport avec l'art. Ils ont une relation de consommation inutile.» Et les Américains, eux, ne connaissent pas CharlÉlie Couture le chanteur.
«La première question des Français devant mes peintures, c'est: comment c'est fait? Et souvent, ils concluaient en disant: vous savez, moi aussi je peins. Alors, ils veulent savoir si eux aussi pourraient en faire du pareil. La deuxième question, c'est souvent: mais au fait, vous avez voulu dire quoi? Ça voulait dire, en fait, une fois qu'on a parlé de la boîte, qu'est-ce que vous avez mis dans la boîte. Les Américains arrivent, posent rarement des questions pour savoir quoi que ce soit. Ils font un tour et puis disent: it's great, it's fantastic... Puis quand ils développent, ils parlent de l'émotion qu'ils ressentent devant le tableau. Et la deuxième question des Américains est: how much is it? Ce qui fait dire à la blague à l'artiste multitâches «que les Français pensent et les Américains dépensent».
Ressentir
«Mais faut-il expliquer?», demande Couture. Il est préférable de ressentir. «Les artistes sont des émetteurs. On met en forme la notion abstraite du sentiment humain, mais on n'en connaît pas toutes les ficelles. C'est pour ça que la notion de rationalisation d'une oeuvre d'art est très délicate. Parfois, effectivement, ça donne un peu plus de profondeur, une deuxième lecture à quelque chose, mais quoi?» Et aux journalistes, on dit quoi? «Les entrevues sont des prétextes à mettre en forme mes propres histoires, de les dire.»
Ses histoires, CharlÉlie les décline à partir de ses deux métiers. Sur la scène du théâtre Corona samedi prochain, il optera pour un de ses deux métiers, celui du chanteur qui ne perd rien à se risquer dans des formes plus ou moins congrues pour certaines oreilles. «Les gens ont appris à me connaître comme un chanteur bizarre, une icône un peu trempée dans le formol dans lequel je suis plongé depuis les années 80. En tant que chanteur, je ne corresponds pas aux normes. Je suis un type un peu particulier dans le monde de la chanson parce que je n'ai jamais marché selon les codes de la séduction. Ce qui compte, c'est ce que je fais, en tant que peintre et en tant que musicien.» Ce type impossible à tenir, cet emmerdeur qui continue de tracer sa route bien loin de l'avion sans ailes qui a marqué le début des années 80, brouillera de nouveau les cartes à Montréal la semaine prochaine. Et c'est très bien comme ça.
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