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Jimi Hendrix sous un autre oeil

La publication d'une nouvelle biographie coïncide avec le 35e anniversaire de la mort du musicien

Avant de publier Room Full of Mirrors, l’auteur Charles Cross a étudié pendant quatre ans les lettres et journaux intimes ainsi que le dossier militaire d’Hendrix, fourni par un collectionneur.
Avant de publier Room Full of Mirrors, l’auteur Charles Cross a étudié pendant quatre ans les lettres et journaux intimes ainsi que le dossier militaire d’Hendrix, fourni par un collectionneur.
Seattle — Jimi Hendrix a allégué des tendances homosexuelles pour quitter l'armée, aurait eu une aventure avec Brigitte Bardot et était un anticommuniste peu critique de la guerre du Vietnam. Une nouvelle biographie du guitariste au destin tragique sort cet été aux États-Unis, esquissant un portrait surtout psychologique de la vedette de la scène rock des années 60.

Attendue fin août aux États-Unis, la publication de Room Full of Mirrors (Une pièce pleine de miroirs, titre d'un morceau d'Hendrix) coïncide avec le 35e anniversaire de la mort du musicien, décédé le 18 septembre 1970 à l'âge de 27 ans d'une surdose de somnifères. L'auteur, Charles Cross, a étudié pendant quatre ans les lettres et journaux intimes ainsi que le dossier militaire d'Hendrix, fourni par un collectionneur.

On apprend ainsi que Jimi Hendrix, qui disait avoir dû quitter l'armée en 1962 à cause d'une blessure occasionnée par un saut en parachute, aurait pu rester dans la célèbre 101e division aéroportée et partir au Vietnam... s'il n'avait prétendu être homosexuel.

Son dossier médical ne mentionne aucune blessure mais évoque ses rendez-vous avec le psychiatre de la base de Fort Campbell (Kentucky), auquel la future vedette confie être amoureuse de l'un de ses camarades et ne pouvoir s'empêcher de se masturber. Le capitaine John Halbert recommande qu'il soit libéré de ses obligations militaires.

Charles Cross ne remet pas en question l'hétérosexualité de son sujet, complétant même la longue liste des conquêtes féminines de son sujet avec le nom de BB (Brigitte Bardot), d'après lui rencontrée par hasard dans un aéroport de Paris. Il ne cite toutefois aucune source et écrit que l'actrice française a refusé de lui parler.

La contestation politique n'expliquerait pas non plus le départ d'Hendrix: contrairement au mythe, le jeune homme, engagé afin d'éviter la prison pour vols de voitures à Seattle, s'accommodait de l'action américaine au Vietnam. Simplement, il voulait se consacrer à la musique. Il réinventera la guitare et entrera dans la légende à Woodstock en 1969, avec son interprétation hallucinée de l'hymne national américain, Star-Spangled Banner.

Par bien des aspects, la vie de Jimi Hendrix ressemble à celle de Kurt Cobain, vedette du groupe de rock Nirvana et sujet d'une biographie du même Charles Cross (Plus lourd que le ciel) en 2001: ils sont morts au même âge, ont grandi pauvres dans l'État de Washington, voulaient devenir célèbres, ont été déstabilisés par la gloire et ont sombré dans la drogue.

Les parents du Voodoo Child, Al et Lucille Hendrix, sont alcooliques. Le père, paysagiste, trouve rarement du travail et se sépare régulièrement de la mère. Les enfants sont souvent livrés à eux-mêmes ou confiés à des proches. Jimi quitte l'école au lycée. Mais à 16 ans, son père lui offre une guitare électrique. Jusque-là, l'adolescent «jouait» au guitariste avec un balai, puis avec un morceau de bois pourvu d'une seule corde. Gaucher, Jimi recorde l'instrument et se lance.

Après l'armée, il forme un groupe avec un ancien camarade, Buddy Cox, et entame le «Chitlin' Circuit» (littéralement «circuit de l'andouillette»). De 1963 à 1965, Hendrix et les King Casuals jouent pour la clientèle noire de petits clubs parfois glauques du Sud ou assurent la première partie de pointures telles que Solomon Burke, Otis Redding, Curtis Mayfield et Little Richard.

Faute de pouvoir gagner sa vie aux États-Unis, à cause de sa couleur de peau mais aussi de sa tendance à jouer les premiers rôles sur scène, Jimi Hendrix débarque en Grande-Bretagne en 1966. Son mélange de soul, blues et rock envoûte Londres. Huit jours plus tard, il joue déjà pour des guitaristes comme Eric Clapton ou Jeff Beck. Durant son année anglaise, il forme le Jimi Hendrix Experience et sort son premier album.

De retour aux États-Unis, il subjugue les spectateurs du festival de Monterey à l'été 1967. Mais à l'hôtel à New York, alors qu'il se rend au concert, écrit Charles Cross, une femme le prend pour le groom...

Dans cette Amérique encore ségrégationniste dans les faits, la couleur a toujours posé problème à Hendrix, selon son biographe: s'il est l'une des premières stars noires à séduire un public blanc, il voudrait bien recevoir le même accueil des Noirs. Or, des amis le taquinent parce qu'il prend du LSD, considéré comme une drogue de Blanc. Après son triomphe à Woodstock, des connaissances veulent le faire jouer à l'Apollo d'Harlem, le quartier noir de New York. La direction refusera, craignant que le concert n'attire trop de Blancs.
 
 
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