Marie chante Laforêt de nouveau
Marie Laforêt
Elle n'y serait sans doute pas remontée n'eût été du désir répété de son ami Laurent Ruquier de la revoir sur scène. Pas pour jouer, ce qu'elle fait régulièrement, mais pour chanter, ce qu'elle n'a pas fait depuis 1972, année où elle mettait fin à quatre années de tournées afin de mieux se consacrer à ses enfants. Sous la contrainte amicale, en toute simplicité, en toute honnêteté aussi, la «fille aux yeux d'or» découverte au cinéma dans Plein soleil en 1960 a choisi de refaire le saut chez nous en souvenir de ses débuts au Patriote, en 1968.
Son trac, à la veille de son tour de chant sur la scène du Cabaret Music-Hall du Musée Juste pour rire, prend la forme d'une ivresse joyeuse. «Si je savais mes chansons par coeur, déjà, ça irait mieux», avoue-t-elle en rigolant lors de notre rencontre dans sa suite du Sofitel. Celle qui pourrait être la soeur d'Anne Bancroft (le look, l'énergie, tout est là) enchaînait les entrevues avant de se mettre sérieusement au boulot afin de recapturer ses chansons d'hier: «Je dois bien être la seule chanteuse qui n'a pas ses propres disques à la maison.»
Une carence largement compensée par des milliers de fans de tout âge qui la découvrent et la redécouvrent, certains au son dansant des soirées «C'est extra» où Marie douceur, Marie colère, sa version colorée du Paint It Black des Rolling Stones, ne manque jamais de faire bondir la foule compacte vers le plancher de danse.
Des covers de chansons anglo-saxonnes, Marie Laforêt, à l'inverse des yé-yés dont elle était l'antithèse, n'en a pas chanté beaucoup au cours de sa carrière discographique. En alternance avec les rôles au cinéma, celle-ci s'étend de 1962 (Les Vendanges de l'amour) à 1979 (Il a neigé sur Yesterday), exception faite d'un opus paru en 1993 (Reconnaissances) dans lequel elle rendait hommage à sa ville d'adoption, Genève. «J'avais parfaitement conscience, à l'époque où j'ai commencé à chanter, de ne pas faire partie du lot des artistes yé-yés qui posaient pour Salut les copains. Moi, j'étais dans Match, dans Vogue, dans des trucs comme ça.»
World beat avant l'heure
Depuis toujours, le coeur de Marie Laforêt penche pour les chansons traditionnelles et les airs latins. À la faveur d'un mariage avec un cinéaste d'origine brésilienne (Jean-Gabriel Albicocco, qui l'a fait tourner dans La Fille aux yeux d'or, titre qui lui a valu son surnom), elle tend l'oreille aux ritournelles argentines, mexicaines et vénézuéliennes, chante et réinvente El Polo, Que calor la vida, Pegao, qui comptent parmi ses plus grands succès. Trois ans avant que Simon and Garfunkel n'enregistrent If I Could sur le thème d'El condor pasa, elle avait enregistré La Flûte magique sur le même thème.
World beat avant l'heure, Marie Laforêt? «Aujourd'hui, si je dis que je fais du world beat, ça va peut-être faire mousser l'affaire, mais à l'époque, on n'essayait pas de mettre une étiquette là-dessus», résume celle qui, bien qu'ayant enregistré 275 chansons à ce jour, refuse de se prendre au sérieux (elle déteste sa voix, préfère largement celle de Céline Dion) et abhorre l'idée même d'une carrière de chanteuse, passée ou actuelle. «C'est contraire à mon système d'être encagée, dit-elle. La chanson, c'est bien, mais dans la vie, y a pas que ça: y a les enfants, les maris, tout un tas d'autres choses. [...] Je ne pourrais pas vivre en faisant juste une carrière de chanteuse. Ce serait abominable.» Ceci explique sans doute l'étrangeté de son parcours artistique, que cette commissaire-priseur a mis en veilleuse pour un temps afin d'ouvrir et de diriger sa galerie d'art à Genève. «Pour vous, ces absences sont des creux; or, pour moi, ce sont des pleins.»
Elle ne prend pas plaisir à brouiller les pistes. Ses chemins se croisent et se suivent, limpides pour elle, plus abstraits pour nous: «Je n'ai jamais arrêté quoi que ce soit. Je continue sur d'autres chemins», tout simplement. Aujourd'hui, son retour sur scène fait l'effet d'une bifurcation, pour cause de silence discographique obstiné. La chanteuse qu'on verra sur scène cette semaine est-elle la même que celle qui chantait autrefois Manchester & Liverpool, Mon amour, mon ami et Je voudrais tant que tu comprennes? «Quelque part, c'est la même femme. C'est le monde qui a changé. [...] C'était beaucoup plus simple à l'époque. Ces chansons, c'étaient des moments de récréation. C'est peut-être pour ça que ça plaisait tant», affirme celle selon qui le caractère ludique de ses chansons leur permet de traverser les années sans jaunir. «Une chanson, c'est intemporel. C'est un moment que l'on passe avec soi-même et avec un autre, un instant d'échange, de convivialité, qui n'est pas plus grave que ça. C'est normal que ce côté ludique soit de tous les temps.»
Au programme de son tour de chant: une vingtaine de chansons, parmi lesquelles une douzaine de tubes réclamés par Laurent Ruquier qui l'ont rendue célèbre. Quoique, à 65 ans, la célébrité échappe encore à celle qui donnera son spectacle aux Bouffes parisiens en septembre. «Le succès, c'est quelque chose que je n'ai jamais vu. C'est le vaisseau-fantôme, ce truc. Tout le monde vous en parle, mais moi, je ne vois rien. Je ne comprends pas ce que c'est, je ne le sens pas du tout. Et puis, ça ne m'intéresse pas du tout. [...] D'ailleurs, ça doit être inconfortable d'être célèbre. Si jamais je le deviens, je vous appelle.»
Marie chante Laforêt
Au Cabaret Music-Hall du Musée Juste pour rire
Jeudi, vendredi et samedi à 20h
Collaborateur du Devoir
Son trac, à la veille de son tour de chant sur la scène du Cabaret Music-Hall du Musée Juste pour rire, prend la forme d'une ivresse joyeuse. «Si je savais mes chansons par coeur, déjà, ça irait mieux», avoue-t-elle en rigolant lors de notre rencontre dans sa suite du Sofitel. Celle qui pourrait être la soeur d'Anne Bancroft (le look, l'énergie, tout est là) enchaînait les entrevues avant de se mettre sérieusement au boulot afin de recapturer ses chansons d'hier: «Je dois bien être la seule chanteuse qui n'a pas ses propres disques à la maison.»
Une carence largement compensée par des milliers de fans de tout âge qui la découvrent et la redécouvrent, certains au son dansant des soirées «C'est extra» où Marie douceur, Marie colère, sa version colorée du Paint It Black des Rolling Stones, ne manque jamais de faire bondir la foule compacte vers le plancher de danse.
Des covers de chansons anglo-saxonnes, Marie Laforêt, à l'inverse des yé-yés dont elle était l'antithèse, n'en a pas chanté beaucoup au cours de sa carrière discographique. En alternance avec les rôles au cinéma, celle-ci s'étend de 1962 (Les Vendanges de l'amour) à 1979 (Il a neigé sur Yesterday), exception faite d'un opus paru en 1993 (Reconnaissances) dans lequel elle rendait hommage à sa ville d'adoption, Genève. «J'avais parfaitement conscience, à l'époque où j'ai commencé à chanter, de ne pas faire partie du lot des artistes yé-yés qui posaient pour Salut les copains. Moi, j'étais dans Match, dans Vogue, dans des trucs comme ça.»
World beat avant l'heure
Depuis toujours, le coeur de Marie Laforêt penche pour les chansons traditionnelles et les airs latins. À la faveur d'un mariage avec un cinéaste d'origine brésilienne (Jean-Gabriel Albicocco, qui l'a fait tourner dans La Fille aux yeux d'or, titre qui lui a valu son surnom), elle tend l'oreille aux ritournelles argentines, mexicaines et vénézuéliennes, chante et réinvente El Polo, Que calor la vida, Pegao, qui comptent parmi ses plus grands succès. Trois ans avant que Simon and Garfunkel n'enregistrent If I Could sur le thème d'El condor pasa, elle avait enregistré La Flûte magique sur le même thème.
World beat avant l'heure, Marie Laforêt? «Aujourd'hui, si je dis que je fais du world beat, ça va peut-être faire mousser l'affaire, mais à l'époque, on n'essayait pas de mettre une étiquette là-dessus», résume celle qui, bien qu'ayant enregistré 275 chansons à ce jour, refuse de se prendre au sérieux (elle déteste sa voix, préfère largement celle de Céline Dion) et abhorre l'idée même d'une carrière de chanteuse, passée ou actuelle. «C'est contraire à mon système d'être encagée, dit-elle. La chanson, c'est bien, mais dans la vie, y a pas que ça: y a les enfants, les maris, tout un tas d'autres choses. [...] Je ne pourrais pas vivre en faisant juste une carrière de chanteuse. Ce serait abominable.» Ceci explique sans doute l'étrangeté de son parcours artistique, que cette commissaire-priseur a mis en veilleuse pour un temps afin d'ouvrir et de diriger sa galerie d'art à Genève. «Pour vous, ces absences sont des creux; or, pour moi, ce sont des pleins.»
Elle ne prend pas plaisir à brouiller les pistes. Ses chemins se croisent et se suivent, limpides pour elle, plus abstraits pour nous: «Je n'ai jamais arrêté quoi que ce soit. Je continue sur d'autres chemins», tout simplement. Aujourd'hui, son retour sur scène fait l'effet d'une bifurcation, pour cause de silence discographique obstiné. La chanteuse qu'on verra sur scène cette semaine est-elle la même que celle qui chantait autrefois Manchester & Liverpool, Mon amour, mon ami et Je voudrais tant que tu comprennes? «Quelque part, c'est la même femme. C'est le monde qui a changé. [...] C'était beaucoup plus simple à l'époque. Ces chansons, c'étaient des moments de récréation. C'est peut-être pour ça que ça plaisait tant», affirme celle selon qui le caractère ludique de ses chansons leur permet de traverser les années sans jaunir. «Une chanson, c'est intemporel. C'est un moment que l'on passe avec soi-même et avec un autre, un instant d'échange, de convivialité, qui n'est pas plus grave que ça. C'est normal que ce côté ludique soit de tous les temps.»
Au programme de son tour de chant: une vingtaine de chansons, parmi lesquelles une douzaine de tubes réclamés par Laurent Ruquier qui l'ont rendue célèbre. Quoique, à 65 ans, la célébrité échappe encore à celle qui donnera son spectacle aux Bouffes parisiens en septembre. «Le succès, c'est quelque chose que je n'ai jamais vu. C'est le vaisseau-fantôme, ce truc. Tout le monde vous en parle, mais moi, je ne vois rien. Je ne comprends pas ce que c'est, je ne le sens pas du tout. Et puis, ça ne m'intéresse pas du tout. [...] D'ailleurs, ça doit être inconfortable d'être célèbre. Si jamais je le deviens, je vous appelle.»
Marie chante Laforêt
Au Cabaret Music-Hall du Musée Juste pour rire
Jeudi, vendredi et samedi à 20h
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