L'art en héritage
Il est des fêtes qui sont tristes. Rares sont en effet les personnes qui reçoivent un beau chèque — et ce jour-là le montant inscrit affichait 25 000 $ — et qui gardent quand même d'autres soucis en tête. «Au moment où l'on se parle, avait d'ailleurs dit quelques jours plus tôt Ginette Noiseux, directrice de l'Espace Go, je digère encore la possibilité qu'il n'y ait pas de prochaine saison. C'est inimaginable. Je n'y crois pas. Je n'arrive pas à me sortir ça de la tête...»
Elle dont la compagnie de théâtre vient de voir la saison couronnée par la reconnaissance du Conseil des arts de Montréal, qui lui accorde en cette année 2004 son Grand Prix, se désole devant l'état dans lequel est maintenu l'art à Montréal et au Québec.
Dure saison
Il faut dire que les derniers douze mois ont été pour tout le milieu culturel particulièrement difficiles. C'est le cas en danse, où la compagnie Jean-Pierre Perrault a mis la clé dans la porte, une triste fin pour ce projet d'un pionnier reconnu à l'échelle internationale, et qui suit une autre fermeture, celle du Festival international de nouvelle danse.
En cinéma, ce n'est guère mieux, où le Festival du cinéma de Montréal refuse l'enterrement qu'on lui réserve, d'autant plus que les dirigeants du Festival du nouveau cinéma et ceux du festival concocté par l'Équipe Spectra ne s'entendent point sur un partage d'affiche. Allons-nous en musique qu'au problème d'une nouvelle salle pour l'Orchestre symphonique de Montréal s'ajoute même un flottement en ce qui concerne la venue annoncée d'un Kent Nagano.
Un regard est-il jeté sur les arts visuels qu'en plus de ses difficultés de programmation, le CIAC laisse entendre que le financement de sa biennale ne peut plus se faire dans les conditions actuelles: «Je n'hypothéquerai plus ma maison», a ainsi dit son directeur, lui qui venait de recevoir un autre prix, donné par un autre Conseil des arts, celui du fédéral.
Et si le livre a la tête à la fête (Montréal sera dans un mois et pour un an la capitale internationale du livre), il n'est point question de taire le fait que le réseau des bibliothèques publiques doit être amélioré et que les problèmes des maisons d'édition ont le grand défaut d'être récurrents.
Triste politique et beau défi
Dans un tel contexte, le Conseil des arts de Montréal refuse toutefois de se laisser abattre. Il pourrait le faire car, comme le rappelle la présidence dans le document de consultation soumis par la Ville de Montréal pour son projet de politique culturelle, «la première fois où l'on parle vraiment de nous en profondeur, c'est à la page 30!» Pour Maurice Forget, «c'est un peu loin quand on songe à l'importance des sommes qui nous sont consenties ainsi, et surtout, quant au rôle que nous remplissons dans le paysage culturel montréalais».
Il faut d'ailleurs rappeler la nécessité de la présence d'un tel organisme, d'autant plus que, au niveau gouvernemental provincial, les grands projets qui, hier encore, faisaient rêver ne tiennent aujourd'hui plus: on tente ainsi d'obtenir à rabais une grande salle de concert et la Maison de la danse n'est, elle, plus qu'un souvenir.
Pourtant, la vitalité du milieu artistique est réelle: non seulement les organismes se multiplient, mais ils sont encore là en nombre insuffisant devant l'émergence de nouvelles disciplines et l'apparition de nouveaux joueurs: ce qui se passe dans le cercle des diverses communautés culturelles demande en effet à sortir des sentiers battus, rendant nécessaires les subventions aux initiatives qui témoignent du nouveau visage de Montréal. D'ailleurs, les succès d'un Mutek ou du festival Voix d'Amériques font la preuve que les derniers arrivés ne sont pas tous, loin de là, des derniers venus.
Montréal grandit. La métropole québécoise relève le défi de la diversité culturelle. En ces temps de mondialisation, quand la grande industrie rêve d'écraser tout ce qui n'a pas pour premier souci l'aventure commerciale, les initiatives périphériques se doivent d'être soutenues. Le Conseil des arts de Montréal s'y applique. Et malheureusement pour les politiciens, cela coûte quelque chose. Faudra-t-il encore une fois leur rappeler les retombées réelles qu'entraînent les investissements effectués dans ce secteur?
Elle dont la compagnie de théâtre vient de voir la saison couronnée par la reconnaissance du Conseil des arts de Montréal, qui lui accorde en cette année 2004 son Grand Prix, se désole devant l'état dans lequel est maintenu l'art à Montréal et au Québec.
Dure saison
Il faut dire que les derniers douze mois ont été pour tout le milieu culturel particulièrement difficiles. C'est le cas en danse, où la compagnie Jean-Pierre Perrault a mis la clé dans la porte, une triste fin pour ce projet d'un pionnier reconnu à l'échelle internationale, et qui suit une autre fermeture, celle du Festival international de nouvelle danse.
En cinéma, ce n'est guère mieux, où le Festival du cinéma de Montréal refuse l'enterrement qu'on lui réserve, d'autant plus que les dirigeants du Festival du nouveau cinéma et ceux du festival concocté par l'Équipe Spectra ne s'entendent point sur un partage d'affiche. Allons-nous en musique qu'au problème d'une nouvelle salle pour l'Orchestre symphonique de Montréal s'ajoute même un flottement en ce qui concerne la venue annoncée d'un Kent Nagano.
Un regard est-il jeté sur les arts visuels qu'en plus de ses difficultés de programmation, le CIAC laisse entendre que le financement de sa biennale ne peut plus se faire dans les conditions actuelles: «Je n'hypothéquerai plus ma maison», a ainsi dit son directeur, lui qui venait de recevoir un autre prix, donné par un autre Conseil des arts, celui du fédéral.
Et si le livre a la tête à la fête (Montréal sera dans un mois et pour un an la capitale internationale du livre), il n'est point question de taire le fait que le réseau des bibliothèques publiques doit être amélioré et que les problèmes des maisons d'édition ont le grand défaut d'être récurrents.
Triste politique et beau défi
Dans un tel contexte, le Conseil des arts de Montréal refuse toutefois de se laisser abattre. Il pourrait le faire car, comme le rappelle la présidence dans le document de consultation soumis par la Ville de Montréal pour son projet de politique culturelle, «la première fois où l'on parle vraiment de nous en profondeur, c'est à la page 30!» Pour Maurice Forget, «c'est un peu loin quand on songe à l'importance des sommes qui nous sont consenties ainsi, et surtout, quant au rôle que nous remplissons dans le paysage culturel montréalais».
Il faut d'ailleurs rappeler la nécessité de la présence d'un tel organisme, d'autant plus que, au niveau gouvernemental provincial, les grands projets qui, hier encore, faisaient rêver ne tiennent aujourd'hui plus: on tente ainsi d'obtenir à rabais une grande salle de concert et la Maison de la danse n'est, elle, plus qu'un souvenir.
Pourtant, la vitalité du milieu artistique est réelle: non seulement les organismes se multiplient, mais ils sont encore là en nombre insuffisant devant l'émergence de nouvelles disciplines et l'apparition de nouveaux joueurs: ce qui se passe dans le cercle des diverses communautés culturelles demande en effet à sortir des sentiers battus, rendant nécessaires les subventions aux initiatives qui témoignent du nouveau visage de Montréal. D'ailleurs, les succès d'un Mutek ou du festival Voix d'Amériques font la preuve que les derniers arrivés ne sont pas tous, loin de là, des derniers venus.
Montréal grandit. La métropole québécoise relève le défi de la diversité culturelle. En ces temps de mondialisation, quand la grande industrie rêve d'écraser tout ce qui n'a pas pour premier souci l'aventure commerciale, les initiatives périphériques se doivent d'être soutenues. Le Conseil des arts de Montréal s'y applique. Et malheureusement pour les politiciens, cela coûte quelque chose. Faudra-t-il encore une fois leur rappeler les retombées réelles qu'entraînent les investissements effectués dans ce secteur?
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