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Carnaval de Venise cherche Vénitiens désespérément

28 janvier 2005  Actualités culturelles
Rome — Le carnaval de Venise, qui plonge des centaines de milliers de touristes dans un tourbillon de spectacles de rue, bals masqués, concerts et parades costumées, débute demain avec l'intention cette année de retenir les Vénitiens.

Ces dernières années, le carnaval s'était mis à ressembler à une fête donnée par un hôte absent, véritable Babel vendue aux riches étrangers, où croiser un Vénitien ou une Vénitienne sous un tricorne noir place Saint-Marc était devenu une gageure.

Cette fois, tout a été fait pour «faire davantage appel à la créativité des Vénitiens, les pousser à organiser des fêtes dans les quartiers et des spectacles de théâtre», explique Andrea De Marchi pour le comité organisateur.

Clin d'oeil aux habitants habitués à déserter le charivari général, une pointe de dialecte à la traduction improbable a été glissée dans le thème indicatif donné au carnaval.

Équivalant en français à «la promenade des masques et la fête des théâtres», l'expression est bien loin de l'exotisme cultivé l'an dernier sous le titre de l'Orient Express.

Tous les jours, des spectacles seront proposés dans les quatorze théâtres de Venise et de Mestre, avec en point d'orgue, un marathon théâtral de 72 heures du dimanche 6 février jusqu'aux premières heures du mercredi des Cendres.

Pour l'essentiel, le programme théâtral s'adressera à un public parlant ou comprenant l'italien. Les productions internationales ont été réduites et plus de 150 associations locales, écoles, formations musicales et compagnies de théâtre locales ont reçu le soutien de la municipalité.

«Nous avons été accusés de faire un carnaval trop éloigné de la réalité vénitienne, c'est pourquoi nous avons voulu être plus attentifs aux habitants et retrouver la tradition», a dit à l'AFP l'adjoint au maire, Armando Peres.

À l'approche des élections municipales en avril, il se défend cependant de toute visée électoraliste.

La vérité est que l'organisation a été chahutée par le calendrier, avec des dates exagérément précoces, s'étalant du 28 janvier (début de premières animations) au 8 février, mardi gras.

Trop proche des fêtes de fin d'année pour que les gens puissent facilement se libérer, le carnaval tombe aussi trop tôt pour épargner aux carnavaliers les rigueurs de l'hiver.

«On s'attend à une baisse de la fréquentation et on a cherché à organiser davantage de spectacles en intérieur», souligne M. Peres.

Certains commanditaires, notamment l'association des hôteliers (AVA), ont taillé dans leurs subventions, ne laissant dans les caisses de la manifestation qu'un budget serré de 850 000 euros (environ 1,4 million $CAN), au lieu de près du double l'an dernier.

Pas d'inquiétude cependant pour les touristes. Manne inespérée au plus creux de la basse saison, ils garderont le premier rôle, en particulier les Français, les Allemands et les Britanniques, trio de tête des nationalités représentées.

La tradition du carnaval de Venise, qui remonte au XIe siècle, connut son apogée au XVIIIe siècle quand sa réputation de débauche libertine lui tint lieu de publicité. Déjà à l'époque, la république maritime pariait sur le tourisme, vu comme une arme pour combattre la crise économique qui sévissait alors.

Cette année, environ 430 000 visiteurs sont attendus, un chiffre sujet à des variations «de plus ou moins 20 % selon la météo», avance prudemment l'organisation.
 
 
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