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Fred Pellerin au Lion d'Or - La parole est à lui

Comme une odeur de génie. Ça devait sentir cette sorte de roussi que le génie produit quand il sort en flammèches par la bouche et les narines en même temps, les premières fois qu'Yvon Deschamps donna Les unions, quossa donne en deuxième partie de L'Osstidcho. Ou Raymond Devos les premières fois qu'il amena des mots dans son hall aux miroirs déformants pour voir ce à quoi ils ressemblaient sens dessus dessous.

Mardi soir, au Lion d'Or, Fred Pellerin avait les roues qui lui fumaient sous le véhicule tellement il avait de la vélocité dans le moulin à paroles, et son prodigieux nouveau spectacle confirmait l'impression laissée l'an dernier par le tout aussi prodigieux spectacle précédent (Il faut prendre le taureau par les contes!, au même endroit, presque à pareille date), à savoir qu'il est de cette lignée d'exception, grand parmi les grands monologuistes de l'univers connu. Et comme Fred Pellerin n'a que 27 ans derrière ses lunettes, on peut affirmer ceci: aujourd'hui et pour des années à venir, la parole est à lui.

Je n'exagère pas. Pour un peu, j'en remettrais. Dans ce nouveau spectacle intitulé Comme une odeur de muscles, rapport au fil conducteur que lui procure l'histoire d'Ésimésac Gélinas, l'homme fort du village de Saint-Élie-de-Caxton (le village de la Mauricie qu'habite Fred et qui lui sert de microcosme d'humanité), Pellerin pousse l'art de conter loin, très loin, jusqu'à un terrain de jeu rarement foulé, là où le verbe est en totale liberté, lieu d'élection des Sol et compagnie.

Comme eux, Pellerin a une langue à lui, qui mêle parlure d'antan, discours moderne et mille néologismes. Comme eux, une galerie de personnages sortis tout droit du vrai monde: sa grand-mère, les habitants de son village. Comme eux, une capacité d'improvisation infinie: il faut le voir rattrapant à son avantage le rire hors contexte d'une spectatrice. Comme eux, une extrême dextérité dans le maniement de l'absurde et de la fabulation: tous les délires, même les plus fous, servent au récit. Comme eux, un sens aigu du détail ordinaire, qu'il peut grossir jusqu'à l'explosion. Et surtout, comme eux, le coeur à la bonne place: c'est la survie des villages, et par là, du grand village global, qui est au centre de son propos.

Je ne vous résumerai pas ici l'histoire — les histoires! — de ce conte aux enchevêtrements si complexes qu'on s'y perd: lui s'y retrouve, c'est l'essentiel. Allez le voir, allez le revoir, ce n'est jamais deux fois pareil, et c'est chaque fois un peu plus génial. C'est presque complet au Lion d'Or jusqu'au 30 octobre, mais la vie est longue. Et les histoires de Fred Pellerin sans fin prévisible.
 
 
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