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«Carte blanche» à Lynda Lemay - Un art simple, mais efficace

En ce samedi soir de FrancoFolies, la Salle Wilfrid-Pelletier a vibré à l'unisson au son de la folk-réalité de Lynda Lemay. Dans une jolie robe verte qui n'aurait pas déparé Délima Cailloux, celle-ci n'a pas profité de la «carte blanche» qui lui a été donnée pour se reposer. La chanteuse de Verchères a en effet interprété plus de la moitié des 33 chansons au programme de la soirée, reprenant avec la ferveur intime qu'on lui connaît plusieurs pièces tirées des Lettres rouges (La Centenaire, Donnez-lui la passion), son dernier album, auxquelles elle a greffé deux inédites (dont Le Funeste collier, funeste en effet) et quelques incontournables de son répertoire (Le plus fort, c'est mon père, La Visite).

Que le décor de scène soit une reproduction de la chambre à coucher de Lynda, le lit en bataille et la malle débordante, n'étonnera personne. Comme la chanteuse l'a démontré jusqu'ici, dans ses textes comme dans les entrevues qu'elle accorde, elle n'a rien à cacher. Tout est exposé à la vue, depuis ses états d'âme personnels jusqu'aux ficelles de sa poésie simple, dans laquelle — pourquoi s'en formaliser? —, tant de gens se reconnaissent.

Entre le «je» et le «tu»

De fait, Lynda est tout le contraire de la star intimidante; sa sincérité et sa franchise en ont fait l'amie, la soeur, du public, en même temps qu'elle a effarouché un autre auditoire, celui qui aime débusquer le sens caché des vers et analyser les accords complexes, bref, celui qui espère trouver dans la chanson ce que Lynda n'y a jamais cherché: la transcendance.

Cette mise au point faite, reste à constater ceci: l'art avec lequel Lynda Lemay forge son répertoire et le communique au public forcent l'admiration. Et l'équipe d'amis dont elle s'était entourée samedi soir reconduisait ce sentiment à l'échelle de la scène: Mario Pelchat (Je n't'aime plus, dont il est l'auteur), France D'Amour (pour un medley), Martin Deschamps (Ma blonde est tellement...), ainsi que la jeune Marie-Pier Perreault (Si j'me marie), donnaient l'impression de lui rendre son amitié, de partager son admiration, d'investir avec elle le terrain qui se situe entre le «je» et le «tu».

Rompue à l'exercice de la confidence avec son public, Lemay n'a cependant pas l'habitude de rompre le contact avec la salle, fait que trahissaient ses petites maladresses d'interlocutrice, notamment avec Robert Charlebois, venu la surprendre en tout début de spectacle. Qu'à cela ne tienne, leur duo Ordinaire a fait lever le plafond et foré dans la salle des grands puits de larmes, de joie, de surprise, de transcendance, qui sait? Autre moment fort du spectacle: Marie-Jo Thério interprétant Les Souliers verts, une chanson comique de Lemay, dans laquelle elle imprimait sa folie et sa théâtralité. L'excellent humoriste Maxim Martin, à qui revenait la tâche de réparer l'outrage fait aux gars après que Lemay les eut traités de «Bande de dégonflés», a quant à lui arraché la salle au camp adverse.

Sur scène (sur disque, je ne saurais dire), Lynda Lemay chante bien, et juste. Ses mots se déversent avec la constance d'un torrent, indifféremment des éclats d'intelligence ou des platitudes, des vers astiqués et des rimes forcées, qui font de ses chansons un duel entre la tête et le coeur. Son art est simple, mais efficace, et son absence totale de prétention confirme qu'elle en est consciente. Sa petite chanson n'est pas révolutionnaire, sinon qu'elle révolutionne la vie de ceux qu'elle touche. Samedi soir, ils étaient plus de trois mille. Ce n'est pas rien.
 
 
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