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Un cadeau du firmament

Le Cirque du Soleil a clôturé hier soir, devant plus de 100 000 personnes, le Festival international de jazz de Montréal.
Photo : Jacques Nadeau
Le Cirque du Soleil a clôturé hier soir, devant plus de 100 000 personnes, le Festival international de jazz de Montréal.
La rencontre a eu lieu. On n'en attendait pas moins de deux astres aussi lumineux du ciel culturel québécois. Le soleil du cirque et la lune du jazz se sont bel et bien rejoints hier lors du spectacle de clôture du Festival international de jazz de Montréal (FIJM), sans s'éclipser l'un l'autre, et ce, malgré une logistique faramineuse. Spectacle grandiose à ciel ouvert, Soleil de minuit marquait le coup de deux anniversaires, le 25e du FIJM et le 20e du Cirque du Soleil (CS). Les deux organisations se sont tendues la main pour offrir un cadeau aux Québécois, ainsi que l'annonçaient les deux directeurs, Alain Simard et Guy Laliberté, avant la prestation.

Comme toujours au CS, un préambule onirique donne le ton de la soirée. Un rêveur annonce, du haut du ciel et dans plusieurs langue, des retrouvailles impossibles: le soleil va rencontrer la lune. Son vieux grammophone lui indique que son rêve est prémonitoire, et la prophétie a lieu. Ainsi débute l'enchaînement impressionnant de numéros alliant acrobaties, danse, chant, musique et projections monumentales. Quelque 200 artistes réunis pour le bonheur de milliers de spectateurs amassés dans les rues et sur l'esplanade de la Place des arts.

Dans un spectacle d'une telle ampleur s'apprécie moins pour les numéros pris isolément que pour l'ensemble et surtout, dans ce cas-ci, pour l'amalgame judicieux des musiques et acrobaties ou des danses proposées. Ainsi, la soirée rend également hommage au vaste spectre des musiques offertes par le FIJM depuis vingt-cinq ans a rendez-vous avec l'esthétisme propre au CS.

Une fois que la troupe a déambulé dans un corridor fendant la foule pour rejoindre la scène, un numéro de roue allemande ouvre le bal des tours d'adresse sur fond de percussions et d'orchestre jazz qui flirtent, en finale, avec le hip hop alors que la roue s'enflamme d'étincelles. S'ensuit le chant profond et troublant de Francesca Gagnon, la voix d'Allegria, livré en même temps qu'un tango déchirant des danseurs de la troupe de Dave St-Pierre. Les lions chinois se marient aux scratchs d'un DJ. Une pièce latino interprétée notamment par Daniela Mercury se conjugue au capoiera. Youssou N'Dour et un choeur de gospel se joignent pour leur part à un groupe de tai chi, avec le signe du ying et du yang projeté sur la façade de l'hôtel Hyatt. La voix aérienne de Jorane a rendez-vous avec des échassiers.

La soirée est allée en crescendo. La première partie fut plus souvent laissée à des artistes invités qui tirent plus ou moins bien leur épingle du jeu: des troupes de capoiera, de tai chi, de danse contemporaine ainsi que la compagnie new yorkaise Streb alliant acrobaties et chorégraphie. Les prestations circassiennes les plus spectaculaires se sont enchaînées en seconde partie: la scène de tissu, poignant de sensualité aérienne, la roue de la mort, campée dans le bassin de la Place des arts, le statuesque numéro de main à main, puis celui où l'on jonglait avec des torches allumées.

La finale a vu juillet neiger sur Montréal. La scène, tout en blanc, semblait rendre hommage à l'interprète Francesca Gagnon, qui a alors interprété la chanson thème du spectacle Allegria. On a lâché des ballons dans le ciel, sur les toits illuminés, et la lune qui servait de décor et d'écran toute la soirée a roulé hors de la scène pour retrouver son habitacle naturel, le firmament.

Pour l'occasion, la scène principale du FIJM a d'ailleurs pris une ampleur inédite: une avant-scène desservie par des coulisses à ciel ouvert, un promontoire perché sur le toit du Musée d'art contemporain où l'on retrouvait le rêveur, et la façade de l'hôtel Hyatt transformée en écran de projection. La gymnastique de la logistique n'a pas trop fait ombrage au déroulement de la soirée compte tenu de la démesure de l'événement, capté pour retransmission sur les ondes de Radio-Canada. Elle offrait d'ailleurs en elle-même une chorégraphie surprenante.

C'est la seconde fois que le Cirque du Soleil présente un spectacle dans le cadre du FIJM. En 1995, leur performance jumelée, livrée en hommage au compositeur René Dupéré, avait attiré un nombre record de spectateurs au festival. Parions que ce record sera battu avec la soirée d'hier...
 
 
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