Cinéma - Pour Michael Haneke, les Autrichiens sont les maîtres du refoulement
7 mai 2004
Actualités culturelles
Vienne — Avec l'élargissement, l'Union européenne (UE) va s'enrichir de nouveaux cinémas nationaux pour faire face aux grosses productions américaines, affirme le réalisateur autrichien Michael Haneke dans une entrevue à l'AFP.
«Face au rouleau compresseur américain, le cinéma européen est riche de la diversité de ses points de vue artistiques. Il a plusieurs visages, Hollywood n'en a qu'un. C'est la chance de l'Europe. Vive la différence», ajoute Haneke, 62 ans, qui, en juillet à Paris, tournera Caché, son nouveau film, qui traite des relations franco-algériennes.
«C'est un thriller, l'histoire d'un homme [Daniel Auteuil] qui est confronté à son passé. Enfant, il a dénoncé un camarade, et cette délation lui gâche sa vie d'adulte», révèle-t-il.
Juliette Binoche, Oscar 1997 du meilleur second rôle féminin dans Le Patient anglais d'Anthony Minghella, figure également en tête de la distribution de cette coproduction franco-germano-italienne.
S'agira-t-il d'un nouveau film sur la violence sadique, comme Funny Games, tourné en 1997 avec la même Binoche, l'enfermement suicidaire (Le Septième Continent, 1989) ou encore les perversions masochistes (La Pianiste, 2001, Grand Prix du jury à Cannes)?
«La plupart de mes personnages appartiennent à la moyenne bourgeoisie aisée, dont les refoulements sont les mêmes dans tous les pays développés. Mais peut-être que cet inconscient est encore plus sombre à Vienne, berceau de Sigmund Freud et de la psychanalyse», répond le metteur en scène.
«Nous, les Autrichiens, nous sommes les maîtres du refoulement, nous mettons les choses désagréables sous le tapis, explique-t-il. C'est pourquoi nous cherchons les moyens de crier plus fort que les autres pour nous faire entendre.»
Né en 1942 en Allemagne dans une famille d'acteurs, Haneke, venu au cinéma après des études de philosophie et un passage à la télévision, travaille depuis plus de 20 ans dans la capitale autrichienne.
«Lorsque j'étudiais, dans les années 60, Vienne était coupée de tout et je n'ai pratiquement pas entendu parler des guerres d'Algérie et du Vietnam. Je n'ai découvert la politique que bien plus tard», reconnaît-il.
Son bureau se trouve au-dessus du Brauenerhof, le café fétiche du dramaturge autrichien Thomas Bernhard, avec sa vitrine de pâtisseries, ses journaux allemands, français et anglais et ses serveurs toujours de mauvaise humeur.
«C'est dans l'ambiance de ce café viennois typique que je suis entré en résistance contre la politique culturelle» de la coalition des droites au pouvoir à Vienne, confie le chef de file du nouveau cinéma autrichien.
Au Brauenerhof, Haneke a signé en 2000, avec 250 représentants du cinéma de son pays, une pétition réclamant la dissolution du gouvernement dans lequel était entrée l'extrême droite du populiste Jörg Haider.
C'est dans ce même café qu'il a combattu l'été dernier le limogeage par le secrétaire d'État à la Culture, Franz Morak, des dirigeants de la Diagonale, le festival du film autrichien dont la septième édition vient de se tenir à Graz.
«Morak a essayé de détruire la Diagonale telle que nous la connaissions. Mais le festival a eu lieu, même sans les subventions du gouvernement. C'est une victoire politique, se félicite le réalisateur. Aujourd'hui, le pouvoir a compris qu'il ne pourrait pas mener de politique culturelle contre les artistes. Il a en tiré les conséquences et a été contraint de renouer le dialogue avec eux», ajoute-t-il.
«Face au rouleau compresseur américain, le cinéma européen est riche de la diversité de ses points de vue artistiques. Il a plusieurs visages, Hollywood n'en a qu'un. C'est la chance de l'Europe. Vive la différence», ajoute Haneke, 62 ans, qui, en juillet à Paris, tournera Caché, son nouveau film, qui traite des relations franco-algériennes.
«C'est un thriller, l'histoire d'un homme [Daniel Auteuil] qui est confronté à son passé. Enfant, il a dénoncé un camarade, et cette délation lui gâche sa vie d'adulte», révèle-t-il.
Juliette Binoche, Oscar 1997 du meilleur second rôle féminin dans Le Patient anglais d'Anthony Minghella, figure également en tête de la distribution de cette coproduction franco-germano-italienne.
S'agira-t-il d'un nouveau film sur la violence sadique, comme Funny Games, tourné en 1997 avec la même Binoche, l'enfermement suicidaire (Le Septième Continent, 1989) ou encore les perversions masochistes (La Pianiste, 2001, Grand Prix du jury à Cannes)?
«La plupart de mes personnages appartiennent à la moyenne bourgeoisie aisée, dont les refoulements sont les mêmes dans tous les pays développés. Mais peut-être que cet inconscient est encore plus sombre à Vienne, berceau de Sigmund Freud et de la psychanalyse», répond le metteur en scène.
«Nous, les Autrichiens, nous sommes les maîtres du refoulement, nous mettons les choses désagréables sous le tapis, explique-t-il. C'est pourquoi nous cherchons les moyens de crier plus fort que les autres pour nous faire entendre.»
Né en 1942 en Allemagne dans une famille d'acteurs, Haneke, venu au cinéma après des études de philosophie et un passage à la télévision, travaille depuis plus de 20 ans dans la capitale autrichienne.
«Lorsque j'étudiais, dans les années 60, Vienne était coupée de tout et je n'ai pratiquement pas entendu parler des guerres d'Algérie et du Vietnam. Je n'ai découvert la politique que bien plus tard», reconnaît-il.
Son bureau se trouve au-dessus du Brauenerhof, le café fétiche du dramaturge autrichien Thomas Bernhard, avec sa vitrine de pâtisseries, ses journaux allemands, français et anglais et ses serveurs toujours de mauvaise humeur.
«C'est dans l'ambiance de ce café viennois typique que je suis entré en résistance contre la politique culturelle» de la coalition des droites au pouvoir à Vienne, confie le chef de file du nouveau cinéma autrichien.
Au Brauenerhof, Haneke a signé en 2000, avec 250 représentants du cinéma de son pays, une pétition réclamant la dissolution du gouvernement dans lequel était entrée l'extrême droite du populiste Jörg Haider.
C'est dans ce même café qu'il a combattu l'été dernier le limogeage par le secrétaire d'État à la Culture, Franz Morak, des dirigeants de la Diagonale, le festival du film autrichien dont la septième édition vient de se tenir à Graz.
«Morak a essayé de détruire la Diagonale telle que nous la connaissions. Mais le festival a eu lieu, même sans les subventions du gouvernement. C'est une victoire politique, se félicite le réalisateur. Aujourd'hui, le pouvoir a compris qu'il ne pourrait pas mener de politique culturelle contre les artistes. Il a en tiré les conséquences et a été contraint de renouer le dialogue avec eux», ajoute-t-il.
|
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
|
Envoyer Fermer
Haut de la page

