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    Rodeo Fx, créateur des mondes grâce aux effets spéciaux

    La compagnie de Sébastien Moreau a travaillé sur quatre des dix films présélectionnés pour un Oscar des effets spéciaux

    Rodeo FX a conçu environ 75 plans pour «Blade Runner 2049», la plupart étant des extensions de décors.
    Photo: Alcon Entertainment Rodeo FX a conçu environ 75 plans pour «Blade Runner 2049», la plupart étant des extensions de décors.

    Cette minisérie publiée pendant les Fêtes met en lumière les travailleurs de l’ombre de certains succès de l’année 2017. Premier cas : Sébastien Moreau, président de Rodeo FX, compagnie québécoise derrière les effets spéciaux de mégaproductions, de «Game of Thrones» à «Blade Runner 2049».


    Dans le vrai de vrai grand bureau du président Sébastien Moreau, dans le Vieux-Montréal, il y a une belle image retravaillée par Russell Young, un grand format tiré du film The Magnificent Seven, western culte des années 1960 inspirée des Sept Samouraïs de Kurosawa. D’ailleurs, on reconnaît bien Yul Brynner au centre de la chevauchée des justiciers.

     

    « C’est un clin d’oeil au rodéo », explique l’occupant du grand bureau, Sébastien Moreau, président-fondateur de Rodeo FX. La boîte spécialisée dans les effets spéciaux n’a pas travaillé sur le remake de 2016 des Sept mercenaires. Elle aurait bien pu. Rodeo FX collabore à des dizaines de projets chaque année et pas les moindres. Rien qu’en 2017, la compagnie québécoise a entre autres bossé sur les films IT, The Greatest Showman, Valérian, Jumanji et bien sûr Blade Runner 2049, du réalisateur Denis Villeneuve.

     

    « C’est un film iconique dans le monde des effets visuels, note le patron. Quand on travaille dans ce domaine, souvent, c’est parce qu’on a été marqué par des films comme Blade Runner dans notre jeunesse. En plus, quand Denis Villeneuve nous a donné son contrat, on travaillait sur la série Game of Thrones et sur Star Wars : The Last Jedi. C’était une année assez incroyable. »

     

    Quatre sélections sur dix

     

    Cette minisérie du Devoir de fin d’année porte sur des travailleurs de l’ombre de succès de 2017. Game of Thrones est la production la plus populaire du monde à la télé en ce moment, comme le nouveau film de la série des étoiles bat des records d’audience un peu partout.

     

    Toutes proportions gardées, avec 327 millions de revenus sur un budget de 190 millions, la suite de Blade Runner n’a pas vraiment plus donné au box-office que la première mouture. Mais comme l’original, le nouveau film de science-fiction a obtenu des critiques extrêmement positives, suscitant souvent l’admiration des connaisseurs, presque tous, sauf le réalisateur du premier Blade Runner, Ridley Scott qui vient de déclarer au New York Magazine que cette suite était « fuc [blip] trop longue ». Le film de 2 heures 49 minutes figure dans la courte liste de dix films sélectionnés pour l’Oscar des effets visuels avec trois autres films sur lesquels a travaillé Rodeo FX (Kong, Star Wars et Valérian).

    Photo: HBO Canada L’entreprise travaille sur la série «Game of Thrones» depuis quelques saisons.
     

    Rodeo FX compte aussi à son actif trois autres films de Villeneuve, Incendies (2011), Enemy (2013) et Arrival (2016). Cette fois encore, pour Blade Runner 2049, le réalisateur et son superviseur d’effets visuels ont réparti le mandat en plusieurs compagnies, dont certaines autres québécoises.

     

    Rodeo FX a conçu environ 75 plans, la plupart étant des extensions de décors. Le bureau présidentiel est naturellement équipé d’un écran et son occupant y fait défiler les séquences. La touche «rodéenne» se retrouve dans toutes les scènes intérieures et extérieures de l’orphelinat, un camp de travail pour enfants ; dans l’arrivée du héros à Las Vegas ensablée et orangée ; dans un casino à l’abandon ; à la bibliothèque infinie ; et puis avec un plan en plongée la nuit de Los Angeles, hommage au premier film, où on voit des logos de Coca-cola, Peugeot et Atari.

     

    L’unité du film morcelé a été fournie par les consignes du réalisateur. Les illustrateurs de Montréal ont tellement bien mis en image ses concepts et visions que Denis Villeneuve les a finalement employés pour des plans sur lesquels Rodeo FX n’a pas travaillé.

     

    « On avait du temps, ce qui n’est pas habituel, ajoute M. Moreau. Nous avons eu plus d’une année alors qu’on aurait pu accomplir le même travail en six mois. Pour Denis, l’important, c’est d’abord et avant tout la clarté et la compréhension de l’histoire. J’ai travaillé sur quoi, 150 films, et ce réalisateur est de loin l’un de mes favoris. »

     

    Les racines du succès

     

    Sébastien Moreau vient de la base de ce métier très XXIe siècle. Diplômé en arts et technologie des médias du cégep de Jonquière au début des années 1990, il a appris sur le tas. « Les logiciels d’aujourd’hui n’existaient pas. J’ai travaillé au montage pour la compagnie Buzz. Et c’est d’ailleurs là que j’ai rencontré Denis Villeneuve pour la première fois. Il venait de terminer La Course autour du monde et il commençait à réaliser des vidéoclips et des publicités. »

     

    L’artiste technicien Sébastien Moreau a ensuite bourlingué à l’étranger pendant une quinzaine d’années, travaillant la moitié de ce temps pour le réalisateur Peter Jackson, grand maître de la trilogie du Seigneur des anneaux. Il est rentré au Québec et a cofondé Rodeo FX en 2006 avec comme contrat de départ les effets spéciaux pour le film américain Le voyage au centre de la Terre, sorti deux ans plus tard.

     

    À sa création, la compagnie comptait trois employés, deux partenaires d’affaires et une administratrice, tous trois installés au sous-sol de l’immeuble où le président a son bureau. Rodeo emploie maintenant plus de 420 personnes réparties dans plusieurs grands immeubles du Vieux-Montréal, sur des rues aux appellations royales (Prince ou Queen) qui trahissent l’âge impérial du quartier. Rodeo FX a une succursale en Californie et vient d’ouvrir un bureau européen à Munich.

     

    Elle est maintenant et de loin la plus grande de son secteur au pays. Deux « rodéens » sur trois sont Québécois. Pour le reste, il y a « beaucoup de Français » et « des gens d’un peu partout ».

     

    Ses équipes multinationales travaillent notamment sur la suite de la série Fantastic Beasts, proposant des antépisodes de la série des Harry Potter. « On a participé au premier film. Il y en aura cinq. C’est un très, très gros contrat qui pourrait nous assurer du travail pour des années. »

     

    Rodeo FX bosse aussi sur Ant-Man 2, des studios Marvel. Quand on pénètre au QG, il faut signer une promesse de ne pas capter d’images et de ne rien révéler sur ce qu’on verra aux écrans des techniciens.

     

    « Il y a une poignée de studios qui demandent beaucoup d’effets visuels et nous sommes sous contrat avec chacun d’entre eux, dit fièrement le président. On peut créer ou recréer n’importe quoi, n’importe quelle créature, n’importe quel lieu. La limite c’est l’imagination et le budget. »













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