Passer à la version normale du sitePasser à la version large du siteTaille d'écran
  • Facebook
  • Twitter
  • RSS
  • Connectez-vous
    Chronique

    L’art à l’école

    Au début de la semaine, dans les pages du Devoir, des regroupements d’artistes protestaient contre la menace de cinq commissions scolaires montréalaises de sabrer les sorties culturelles en 2018 si la gratuité pédagogique n’englobait pas ces activités hors champ. Elles veulent éviter aux parents les coûts liés aux escapades au musée, au théâtre ou ailleurs — sinon bye bye, la visite !

     

    La décision de la Cour supérieure d’accepter l’action collective de parents lassés d’assumer la facture avait mis le feu aux poudres :

     

    « Qui doit payer la note pour les sorties culturelles pédagogiques ? L’autre et surtout pas moi. » Chacun patine.

     

    Le besoin des écoliers de frayer avec le monde de la création et du rêve paraît surtout vital aux réseaux artistiques, que l’ombre du couperet effraie.

     

    Et à quoi serviront aux enfants ces sons et ces couleurs, ces entrechats, ces projections intimes, ces mots de peine et de brouillard ? demandent les sceptiques. À plonger en soi, à explorer des mondes et à mieux vivre, à prendre le XXIe siècle par le bon bout, à penser par soi-même, leur répond-on, soupirant devant le désamour du Québec envers la culture.

     

    Ça commence sur les bancs d’école. Et osons l’espoir que la gratuité des sorties culturelles soit bientôt chose acquise, sous financement public accru. Il y va du bien commun à déposer dans son bas de Noël, à graver sur sa résolution de l’année, à cogiter entre deux vins.

     

    La future politique culturelle québécoise, attendue au printemps, avait tâté le pouls du milieu des arts et lettres (qui réclama haut et fort le maillage de l’éducation et de la culture). Des débats passés au-dessus de la tête de la population, comme un voilier d’oies.

     

    Qui la lui valorise, au juste, cette culture-là ? Ni les commissions scolaires, prêtes à couper le tube d’oxygène sans sanglots, ni les médias populaires et sociaux, épris d’événements flash et de potins de stars, ni un gouvernement qui change de ministre de la Culture au gré de ses humeurs.

     

    Le cliché réducteur la confine au divertissement bling-bling, l’imaginant à tort garnir la seule bourse de vedettes pleines aux as. Rien pour donner envie aux parents de se serrer la ceinture pour ses beaux yeux.

     

    Et pourtant… Le Québec francophone, où culture et langue marchent de concert, se voit condamné à l’excellence sous peine de creuser sa propre tombe. Notre société aura beau accuser l’anglais, l’adversaire extérieur, de tous ses maux, si elle persiste à former des analphabètes fonctionnels et des incultes par peur du décrochage, elle n’aura un jour plus qu’elle à blâmer.

     

    C’est l’oeuf ou la poule. Comment donner le goût de ce qu’on ignore ? Et si les futurs enseignants commençaient eux-mêmes par s’offrir des bains culturels ?

     

    Passeurs culturels à Sherbrooke

     

    Martin Lépine, prof de la Faculté d’éducation de l’Université de Sherbrooke, me parle d’un projet pilote chez lui, visant la formation d’enseignants sensibles à la culture. En place pour les trois prochaines années depuis l’automne, sous rêve de permanence. Son titre : Les passeurs culturels.

     

    On a discuté le morceau avec Mario Trépanier, directeur général du Centre culturel de l’université, diffuseur majeur de la ville ancré en plein campus. Les deux amoureux de l’art sont à l’origine du projet, financé par le ministère de la Culture, la Faculté d’enseignement et cette salle en plaque tournante, bien sûr. « Le tiers des futurs enseignants n’ont jamais vu de spectacles en sortie culturelle. Il faut créer des habitudes, stimuler l’enthousiasme », assure M. Lépine.

     

    Des billets de spectacles vivants au Centre culturel : cirque, théâtre, danse (deux gratuits par année, les autres à tarif réduit) sont offerts aux étudiants de quatre programmes de premier cycle en enseignement.

     

    En amont et en aval : des rencontres ou ateliers avec des artistes et des profs épris de culture, sur exploration des oeuvres. Des liens avec les outils pédagogiques déjà en place : le programme Culture à l’école du ministère de la Culture, qui aide à financer et à encadrer certaines sorties scolaires, divers cahiers d’accompagnement ; renseignements bientôt colligés.

     

    On me parle d’un volet enquête à activer en février : questionnaires destinés à cerner les habitudes culturelles des étudiants et évaluations des retombées du projet pilote, sur grille à exporter.

     

    J’ignore si le Tabarnak entre ciel et enfersdu Cirque Alfonse, le Pygmalion de George Bernard Shaw par la troupe de la Comédie humaine, ou le Dance Me des Ballets jazz sur chansons de Cohen, présentés les mois prochains, changeront la vie de ces enseignants en herbe, mais je sais qu’ils les aideront à faire le plein d’impressions, de critiques, de passion à transmettre aux générations montantes, avec bougies d’allumage semées sur leur chemin de ronde.

     

    « Il me semble que ce projet pourrait être un beau cadeau de Noël pour vos lecteurs ! » m’avait écrit Martin Lépine cette semaine. Si tout le monde apportait sa contribution comme ces éclaireurs-là, on avancerait plus vite, c’est sûr.













    Envoyer
    Fermer
    Les plus populaires

    Abonnez-vous à notre infolettre. Recevez l'actualité du jour, vue par Le Devoir.