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    Le plaisir (de la musique) croît avec l’usage (de la danse), selon une étude

    Une étude du Laboratoire international de recherche sur le cerveau, la musique et le son (BRAMS) conclut que danser au rythme de la musique, plutôt qu’écouter celle-ci sans bouger, accroît le plaisir qu’on retire de cette activité.
    Photo: Nicolo Bernardi Une étude du Laboratoire international de recherche sur le cerveau, la musique et le son (BRAMS) conclut que danser au rythme de la musique, plutôt qu’écouter celle-ci sans bouger, accroît le plaisir qu’on retire de cette activité.

    Les danseurs — de cuisine, du samedi soir, les gigoteux tout croches de pur plaisir ou les professionnels — pourraient crier qu’ils le savaient depuis belle lurette. Mais la science peut désormais le confirmer, appuyée par une étude du Laboratoire international de recherche sur le cerveau, la musique et le son (BRAMS) : danser au rythme de la musique, plutôt qu’écouter celle-ci sans bouger, accroît le plaisir qu’on retire de cette activité. Swinguons donc.

     

    Essayez, pour voir. Écoutez Sing sing sing, de Louis Prima, sans bouger d’un poil — pas même un battement de pied. Puis, enfoncez à nouveau la touche « Play » en vous laissant aller pendant quatre minutes. Le plaisir et les émotions que vous procure la musique vous sembleront plus grands si vous balancez des hanches (ou de la tête, ou des épaules, style libre…) au son du big band.

     

     

    C’est parce qu’il danse lui-même, « absolument en amateur », que Nicolo Francesco Bernardi a eu l’idée, alors qu’il était candidat au postdoctorat au BRAMS et à l’Université McGill, de cette étude menée de concert avec Antoine-Bellemare Pepin et la professeure Isabelle Peretz de l’Université de Montréal.

     

    « J’aime vraiment beaucoup danser, et bouger sur de la musique », explique en anglais M. Bernardi, amateur d’événements de « flow » organisés à Montréal par Solomon Krueger. « La danse, à certaines occasions, m’a vraiment aidé à gérer des émotions. Je pouvais sentir — wow ! — que parfois ça change la manière dont je me sens. Peut-être que c’était seulement une impression ; peut-être que ça ne venait absolument pas de la danse ; mais peut-être aussi que les émotions au contraire y étaient liées. Ç’a été la première étape, l’envie d’explorer ces questions. »

     

    Une quarantaine d’étudiants universitaires ont été observés, individuellement, mouvements et pulsations cardio-respiratoires inclus, d’abord alors qu’ils restaient immobiles, puis dansant, à leur manière, sur Superstition, de Stevie Wonder, par exemple. Suivait une écoute immobile d’une musique douce (Full circle, Loreena McKennitt). Et une période où chaque participant devait, sans musique et sur du bruit blanc, imiter les mouvements d’un petit bonhomme allumette dansant de manière groovy — une captation schématisée de leur propre danse. Un questionnaire suivait. L’étude cherchait aussi à évaluer distinctement le plaisir et l’excitation physique, muscles éveillés et circulation sanguine, qui viennent du mouvement.

     

    Je d-d-d-danse (seulement) dans ma tête

     

    « Nous avons démontré, peut-on lire en anglais dans la conclusion de l’étude, que le fait de danser sur de la musique rythmée fait naître un état élevé de plaisir et d’excitation physique. Nous remarquons que l’écoute sans mouvement de la musique rythmée était vécue comme faisant naître une excitation physique, mais pas de plaisir, ce qui laisse entendre qu’un certain degré d’incarnation pourrait être nécessaire pour apprécier à pleine mesure ce type de musique. » Même résultat lorsque les participants devaient imiter les mouvements, sans musique : le corps reste éveillé, actif, mais le plaisir est moindre. « Ces résultats suggèrent que la danse peut amplifier la réponse émotive aux stimuli musicaux. »

     

    L’étude, toutefois, et M. Bernardi tient à le rappeler, reste sujette aux contraintes du laboratoire : il est bien difficile de danser librement quand on se sait observé — si les chercheurs avaient baissé les lumières et laissé les participants seuls dans la pièce, chacun se savait tout de même l’objet des regards. Et l’aspect relationnel de la danse, si important, est ici complètement exclu.

     

    « Il me semble important de comprendre si, et pourquoi, faire des mouvements sur de la musique peut aider à améliorer le bien-être », poursuit celui qui est maintenant redevenu étudiant, en sciences humaines appliquées, à l’Université Concordia. « Je parle autant du bien-être émotif — peut-être que je peux parler à mes amis, à un psy, mais peut-être aussi que je pourrais danser… — que du bien-être moteur. En réadaptation, la motivation est un des aspects importants, puisqu’elle permet de continuer à faire les exercices. Et cette étude montre qu’il y a un moyen puissant de garder les gens heureux [happy], de faire en sorte qu’ils s’amusent en exécutant des activités motrices. Lier la musique aux mouvements peut créer quelque chose de réellement spécial, d’agréable, qu’on peut utiliser dès qu’on doit travailler des mouvements. » La danse-thérapie, poursuit Nicolo Bernardi, est aussi un champ qui s’élargit de plus en plus, mais sur lequel la science s’est peu penchée. « J’espère que cette étude aidera à comprendre mieux certaines de ses fondations. »

     

    Ensuite ? « Il faudrait explorer la dimension sociale et relationnelle. Que se passe-t-il quand les gens dansent ensemble ? Et se pencher sur d’autres populations que de jeunes étudiants d’universités en santé, sans aucun problème moteur, surtout si on pense utiliser ces données en réadaptation. » Finalement, poursuit le chercher, il serait intéressant de voir si la danse peut transformer des émotions négatives, « comme le stress, par exemple », davantage que l’écoute de la musique, et avoir une influence positive.

     

    Hum. N’avez-vous pas déjà une idée de ce que seraient les résultats, M. Bernardi ? Éclats de rire au téléphone. « J’ai une certaine idée intuitive », rétorque-t-il, dont la science attend encore les preuves.













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