Passer à la version normale du sitePasser à la version large du siteTaille d'écran
  • Facebook
  • Twitter
  • RSS
  • Connectez-vous

    Louis-José Houde dans l’oeil d’un écrivain

    Conversation avec le romancier Nicolas Dickner après la première de «Préfère novembre»

    1 décembre 2017 | Dominic Tardif - Collaborateur | Actualités culturelles
    Il y a quelque chose de très littéraire dans la manière de Louis-José Houde (sur la photo) d’aborder les changements de rythme, selon le romancier Nicolas Dickner.
    Photo: Patrick Lamarche Il y a quelque chose de très littéraire dans la manière de Louis-José Houde (sur la photo) d’aborder les changements de rythme, selon le romancier Nicolas Dickner.

    Photo: Pedro Ruiz Le Devoir

    Les vedettes et leurs coups de coeur littéraires accaparent, pour le meilleur et pour le pire, une part de plus en plus importante de l’espace médiatique dévolu à la littérature. En guise de pied de nez à cette tendance lourde, Le Devoir invitait mercredi soir le romancier Nicolas Dickner (Nikolski, Tarmac, Six degrés de liberté) à assister à l’Olympia à la première de Préfère novembre, quatrième spectacle solo de l’humoriste et fidèle ambassadeur de la littérature québécoise Louis-José Houde (dont Dickner s’avoue fan). Compte rendu d’une conversation d’après-spectacle.

     

    Le plaisir que vous tirez d’un spectacle de Louis-José Houde est-il essentiellement un plaisir langagier ?

     

    Je dirais que, plus largement, c’est un plaisir formel. Les changements de rythmes, les ruptures de ton, c’est un procédé central chez n’importe quel humoriste, mais personne ne le fait avec autant de finesse que Louis-José Houde. Il y a quelque chose de très littéraire dans sa manière d’aborder ces changements de rythme. Quand il parle des employés des cinéparcs et demande « Qui sont ces saisonniers ? », c’est du Racine ! On change aussi souvent de cadres de référence. Tu ne trouveras pas d’autres humoristes au Québec qui font à la fois une référence à NSYNC [un boys band américain] et à Gratien Gélinas [LJH parle de « fridolinades aquatiques »].

     

    Vous employiez l’expression « saturation du canal » avant le spectacle pour décrire comment LJH ne donne jamais de répit à son public, ce qui se vérifie dans Préfère novembre. Qu’est-ce que ça signifie ?

     

    Quand un humoriste fait un gag, il s’écoule habituellement une ou deux secondes de silence après, durant lesquelles il laisse le public rire. Louis-José Houde, lui, entre dans cet espace-là pour reformuler, réitérer le même gag sur un ton différent, en changeant de niveau de vocabulaire, par exemple, ce qui crée un envoûtement. Gabriel García Márquez parlait de mots dans une phrase qui ne se justifient pas, de mots qui ne sont pas là pour des raisons rationnelles, mais plutôt pour enfirouaper le lecteur. C’est exactement ce que fait Louis-José Houde. Et il crée ce rythme grâce aux ruptures de ton et de registre de langue, qui provoquent une transe.

     

    Louis-José Houde se compare tout au long du spectacle au mois de novembre, évoquant son amour de la lenteur et nous invitant à réapprendre collectivement à prendre notre temps, à regarder dans le vide. Vous voyez chez lui un adepte du carpe diem ?

     

    Disons d’abord que Louis-José Houde a le chic pour les titres. On n’emploie habituellement pas le verbe préférer à l’impératif. Le Grevisse parle de cas rares où on peut adresser une injonction à soi-même et où on assiste à un dédoublement du locuteur.

     

    Louis-José Houde se parlerait donc à lui-même lorsqu’il dit « Préfère novembre » ? Il s’agirait d’une manière de ne pas oublier de profiter de la vie ?

     

    Oui, mais les numéros les plus forts, à mon sens, ne sont pas ceux qui portent ce message. Je pense aux numéros où il parle des valeurs transmises par son père : ses numéros sur le racisme, l’homophobie et celui sur les femmes monoparentales qu’il a fréquentées, où il se positionne clairement contre le sexisme, même s’il n’emploie pas ce mot-là.

     

    Le leitmotiv de la deuxième moitié du spectacle tient dans une phrase que son père lui lançait enfant avant de quitter la maison et de le laisser avec sa mère et ses soeurs : « Prends soin des femmes. » Cette phrase résonne d’ailleurs très fort dans le contexte des dénonciations nombreuses d’agressions sexuelles. Sans être précisément féministe, tout le spectacle est une sorte d’appel à la bienveillance envers les femmes.

     

    On dit souvent que Louis-José Houde est nostalgique, mais c’est moins de la nostalgie que l’utilisation d’une expérience de jeunesse comme objet fondamental pour expliquer le monde. Ce qu’il nous dit, c’est que les grands apprentissages, les grandes expériences formatrices sont liés à l’enfance et à l’adolescence. Il y a un côté traditionaliste chez Louis-José Houde, mais il prend aussi toujours soin de faire le tri dans les valeurs du passé et d’aller chercher, ici dans les valeurs de son père, ce qui est encore porteur d’enseignement aujourd’hui.

    Louis-José Houde
    En résidence à l’Olympia jusqu’au 16 décembre. En tournée partout au Québec en 2018.












    Envoyer
    Fermer
    Les plus populaires

    Abonnez-vous à notre infolettre. Recevez l'actualité du jour, vue par Le Devoir.