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    Les élans culturels de Valérie Plante

    «La culture, c’est un liant, une colle», estime la mairesse de Montréal

    Celle qui raffole de la sculpture et de l’art public s’inquiète devant l’état du patrimoine bâti.
    Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Celle qui raffole de la sculpture et de l’art public s’inquiète devant l’état du patrimoine bâti.

    Elle avait choisi comme lieu de rencontre le Musée des beaux-arts de Montréal. Pour la lumière et pour les oeuvres. C’est donc devant des toiles de Pellan, de Molinari ou d’artistes émergents que s’est planté le décor de notre causerie. La nouvelle mairesse de Montréal était invitée à réfléchir sur la culture en dehors du cadre plus figé de la politique. On ne s’étonne pas trop de son choix. Valérie Plante a fait une maîtrise à l’Université de Montréal en muséologie, après son bac en anthropologie. Sa passion pour l’art contemporain lui donne des couleurs.

     

    Valérie Plante a l’énergie des amazones. Elle se dit prête à jongler avec le caractère francophone de la métropole et les récriminations des communautés imbriquées : « Tout le monde est sur les dents. Chacun a peur de perdre un morceau », soupire cette femme de dialogues formée aux voyages et aux échanges, avant d’ajouter : « Pour moi, la culture, c’est un liant, une colle. »

     

    Absente, pourtant, de sa liste de priorités à son assermentation, au profit du transport, des logements sociaux, de la sécurité et autres fers de lance de sa politique, cette culture-là. « Mais on avait fait plus tôt l’annonce d’augmenter le budget du Conseil des arts de Montréal à 20 millions. Projet Montréal avait une pente à remonter du côté de la culture et du développement social. On y est parvenus durant cette campagne. » Reste qu’on attendra les gestes concrets avant de juger.

     

    Une culture à vélo

     

    Doit-on attendre d’une mairesse à bicyclette une approche culturelle à vélo plutôt qu’en limousine ? Le maire Coderre avait favorisé, surtout en cette année du 375e anniversaire, l’aspect événementiel, coûteux et spectaculaire du show-business. « Je privilégie plutôt le contraire, lance Valérie Plante. Oui aux événements qui font briller, mais en travaillant à soutenir les talents émergents, à créer des ateliers d’artistes. On veut développer la ville à échelle humaine. L’art public, le verdissement, les écoles de quartier y offriront un environnement artistique, comme les bibliothèques et les maisons de la culture, adaptées à leurs milieux. Même qu’on veut établir des maillages entre des artistes et des commerçants pour habiller des boutiques vides. »

    Ils ont coupé mille arbres matures et le visage du parc Jean-Drapeau s’est transformé sans qu’on consulte la population, aux dépens des pistes cyclables
    Valérie Plante

    Utopie ? Pas pour Valérie Plante. Dans son quartier Sainte-Marie, dans l’est de Montréal, elle s’est habituée aux lieux de création voisinant les logements abordables, sur mélange de populations. « Là-bas, c’est le off Quartier des festivals avec l’Usine C, l’Espace libre, Les Ateliers ouverts, Le Chat des artistes. On oublie nos différences. »

     

    L’été dernier, Manon Gauthier, pour l’administration Coderre, avait rendu publique une politique culturelle 2017-2022 plutôt inspirée. Valérie Plante n’entend pas mettre la hache dedans, au contraire. « On va la bonifier, à travers cette idée qu’une ville [se module] à l’échelle du petit, du moyen et du grand. Mais le plan d’action reste à faire et je suis contente d’avoir nommé Christine Gosselin à la culture et au patrimoine. Nous travaillons bien ensemble. »

     

    Des chantiers à perte de vue

     

    Celle qui raffole de la sculpture et de l’art public s’inquiète par ailleurs devant l’état du patrimoine bâti. « La Ville ne possède aucune poigne sur les propriétaires qui laissent dépérir les bâtiments classés, dit-elle. Pensez à tous les vieux palaces qui furent laissés à l’abandon, puis détruits. On a des projets pour changer ça, après avoir mis à jour notre répertoire des immeubles vacants. D’ailleurs, on classe trop en fonction de l’aspect extérieur d’un bâtiment. L’intérieur est parfois plus intéressant que le coup d’oeil de la rue. On doit faire attention à notre centre-ville. »

    Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Valérie Plante
     

    La mairesse jongle aussi avec l’idée de créer un festival du numérique. « On a tellement de potentiel ici, des artistes en émergence, et ça permettrait de faire venir des gens d’un peu partout. » Quant au rire, après la plongée de Gilbert Rozon, elle se donne un temps de réflexion. Deux festivals se positionnent pour l’été prochain, celui de Juste pour rire et le Festival du rire de Montréal, formé en réaction à la chute du premier empire. Elle rencontrait ces derniers après notre entrevue au musée. À suivre…

     

    L’état de l’île Sainte-Hélène la fait aussi soupirer. « Ils ont coupé mille arbres matures et le visage du parc Jean-Drapeau s’est transformé sans qu’on consulte la population, aux dépens des pistes cyclables. À New York, une réflexion citoyenne s’est faite pour aménager l’île Governors, qui était à l’abandon. Ç’a donné des résultats merveilleux. Il faut consulter. »

     

    Valérie Plante trouve le réseau de salles de spectacles complexe et diversifié à Montréal. « Mais pour le cinéma, ça va moins bien. Excentris est tombé, entre autres. La perte d’influence du Festival des films du monde a contribué au laisser-aller. Il faut être à l’affût des occasions. Montréal peut très bien redevenir une ville de cinéma. J’ai une réflexion là-dessus, mais ça prendra l’aide de Québec. »

     

    Voir la politique culturelle du Québec reportée au printemps arrange la nouvelle mairesse, tout compte fait. « Ça nous donnera le temps d’énoncer nos propres propositions pour Montréal. »

    La culture en partage

    À Rouyn-Noranda, l’art ne chauffait pas son foyer modeste. « Je suis la seule de ma famille élargie à avoir fait une maîtrise, confesse la mairesse, mais ma mère aimait la culture et nous emmenait au Théâtre du Cuivre. »


    Valérie Plante est arrivée à Montréal à 19 ans pour poursuivre ses études, nageant dans un bain culturel autant que communautariste. « Quand j’avais une vie [rires], je courais les musées. Ça continue un peu. Avec mes enfants, on est allés à l’expo Chagall au MBAM. J’ai pu voir celle sur Leonard Cohen au Musée d’art contemporain. Avec mon mari, nous avions un abonnement au théâtre. J’adore bouquiner et notre maison possède une grosse bibliothèque. Mes enfants aiment surtout la bande dessinée. Il y a un gros boom de la bédé québécoise. Ça tombe bien. »

    Dans une de ses vies antérieures à la politique, Valérie Plante s’était impliquée au Festival international de nouvelle danse (FIND) de Montréal. Tout est lié. Son artiste préférée est la danseuse Louise Lecavalier, suivie avec passion depuis ses premiers bonds à La La La Human Steps.

    Côté lecture, entre le Tchèque Milan Kundera (surtout L’insoutenable légèreté de l’être) et L’hiver de force de Réjean Ducharme, ses goûts la poussent vers le Québécois Nicolas Dickner (Nikolski, Six degrés de liberté), aux constructions habiles et chorales. « Et cet été, La femme qui fuit d’Anaïs Barbeau-Lavalette m’a tellement touchée, en abordant la condition des femmes à travers une artiste de Refus global. Je suis féministe. D’ailleurs, ma peintre préférée est une des signataires de ce manifeste : Marcelle Ferron, aux magnifiques vitraux du métro Champ-de-Mars. J’adore les artistes multidisciplinaires. »












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