Passer à la version normale du sitePasser à la version large du siteTaille d'écran
  • Facebook
  • Twitter
  • RSS
  • Connectez-vous
    Entrevue

    L’ivresse de l’appartenance

    Avec «Un village en trois dés», Fred Pellerin enrobe son délire de réalité augmentée

    L’habile conteur sort ces jours-ci d’une «pause» d’un an et demi pour entamer une tournée qui s’annonce déjà longue.
    Photo: Pedro Ruiz Le Devoir L’habile conteur sort ces jours-ci d’une «pause» d’un an et demi pour entamer une tournée qui s’annonce déjà longue.

    « Il était une fois une bande de courageux qui avaient reçu l’appel de l’horizon. » C’est par ces mots remplis de promesses et qui en appellent au sentiment d’appartenance que commence le sixième et plus récent spectacle du conteur Fred Pellerin, Un village en trois dés, qui s’ébranle dès jeudi à Montréal.

     

    L’habile manieur de la langue devenu icône de son désormais célèbre village mauricien de Saint-Élie-de-Caxton sort ces jours-ci d’une « pause » d’un an et demi pour entamer une tournée qui s’annonce déjà longue. Notez que les guillemets sont de lui, il les mime avec ses doigts avant de replacer ses petites lunettes rondes aux montures translucides.

     

    C’est qu’on a connu pause plus reposante que ça. Durant cette période, Pellerin a tissé la trame de ce nouveau spectacle, mais aussi enregistré les quatre épisodes de l’émission de télévision Saint-Élie-de-Légendes, dont la première a été diffusée lundi dernier à ICI Radio-Canada. Et tant qu’à se la couler douce comme ça, il a également participé au documentaire Le goût d’un pays, de Francis Legault, et a collaboré à l’écriture du film Pieds nus dans l’aube, le récit de Félix Leclerc mis en images par son fils Francis.

     

    « C’est surtout que je n’étais pas sur la route pendant ce temps-là, dit-il en rigolant. La vie d’hôtels et de théâtres, j’étais plus débranché de ça. »

     

    Le point zéro

     

    Pour Un village en trois dés, Fred Pellerin fera encore appel à une partie de sa cosmogonie, comme Méo le coiffeur et Toussaint Brodeur, mais on rencontrera aussi de nouvelles têtes, dont Alice, la postière, « qui a beaucoup de relief ».

    La réflexion ne porte pas tant sur la place où tu payes tes taxes que sur “toi, t’appartiens-tu à de quoi ? L’as-tu essayé, d’appartenir à quelque chose ?”
    Fred Pellerin

    Le conteur creuse l’idée de l’appartenance et des différentes façons d’avoir la foi. Il enracine cette nouvelle histoire autour de la création de Saint-Élie-de-Caxton, le 12 avril 1865.

     

    « On sait qu’il est arrivé du monde. Ils se sont fait un camp, ils ont entretenu le chemin. Il y en a un qui est venu aider à poser une calvette, puis un pont. Mais comment ça naît, un village ? Ils ne sont pas arrivés le 11 au matin avec une valise à roulettes d’aéroport ! »

     

    Pellerin explore donc en trame du spectacle le « point zéro » de son Caxton, l’étincelle, le point de bascule qui fait que « tu es du monde et que tu deviens un monde. Toutes les histoires convergent pour proposer une réponse à ça ».

     

    Il se penchera donc au microscope sur le cas de Saint-Élie-de-Caxton, mais celui qui vient d’avoir 40 ans se sert de ces observations pour mener une réflexion à plus grande échelle, plus vaste que la simple création d’une administration municipale.

     

    « La réflexion ne porte pas tant sur la place où tu payes tes taxes que sur “toi, t’appartiens-tu à de quoi ? L’as-tu essayé, d’appartenir à quelque chose ?” ».

     

    Le père de trois enfants précise : le sentiment d’appartenance, ce n’est pas quand les choses t’appartiennent, mais quand tu appartiens à quelque chose. « On s’abandonne, mais ça nourrit tellement, raconte Pellerin. T’es pas dans le manque après. Au village, on a créé une affaire qui s’approche de ça. Par rapport à la démographie qu’on a, il y a un très fort pourcentage de gens qui ont décidé de leur plein gré de marcher vers quelque chose. D’être dans une réflexion, de poser des gestes, d’être citoyen de quelque chose. C’est hallucinant ce que ça donne comme vertige et comme sens. »

     

    Fred Pellerin appelle des yeux la serveuse du salon de thé où Le Devoir l’a rencontré. « Veux-tu un thé, Philippe ? Moi, j’en prendrai un », lance-t-il à l’employée. « J’ai aucune culture du thé à part le Salada, faque je te ferai vraiment confiance », ajoute-t-il.

     

    Un acte de foi de la part de celui qui voulait justement aborder cet autre angle dans Un village en trois dés. Un village dans lequel il y aura une église, et un curé donc.

     

    « Je voulais parler de la foi religieuse, vers le haut, mais il y a aussi la foi horizontale, ben intéressante à étudier, précise le conteur. La foi qui n’est pas vers l’abstraction, mais qui peut être une foi en l’humanité, en l’avenir. » Ou au hasard, tiens.

     

    Le titre de ce sixième spectacle fait aussi un clin d’oeil à la technologie, avec ces « trois dés » qui jouent du coude avec le « 3D ». Disons que Fred Pellerin n’est pas pâmé devant la réalité augmentée et les pixels.

     

    « C’est rendu que tu regardes le réel par ton téléphone. Tu vas voir des shows et le monde regarde à travers leur écran. Tu l’as juste là ! Ça, c’est d’une tristesse. »

     

    Le conteur, qui n’est pas sur Facebook, dit être pas mal à l’opposé du spectre avec son art. Son spectacle — qui multiplie déjà les supplémentaires à Montréal et à Québec — n’aura d’ailleurs pas de décor, encore moins d’écran géant pour que le public le voie en gros.

     

    « Et en même temps, c’en est, de la réalité augmentée. Le conte, c’est un point de vue, un délire sur la réalité. On peut dire [que celle-ci est] augmentée. »

     

    Europe

     

    Pour cette tournée, Fred Pellerin a un peu fait les choses à l’envers, lui qui a livré en amont 27 représentations d’Un village en trois dés à Paris, alors que d’habitude il trouvait du temps pour traverser l’Atlantique plusieurs mois après le début des spectacles. Simple question de disponibilité, explique-t-il.

     

    « Je ne voulais pas juste être en rodage à Paris, parce qu’il y avait des journalistes le soir 1 là-bas. Alors, j’ai fait sept soirs en Abitibi avant. » Bilan : il arrivera à son lancement montréalais avec 34 représentations derrière la chemise carreautée.

     

    « C’est un très beau feeling. C’est un immense luxe d’arriver avec 34 rodages. Tsé, moi, j’ai pas de texte écrit. Alors, tant que je n’en ai pas 30 de faits, quand le show commence et que j’entends le message maison, je me dis : “C’est quoi le premier mot, la première phrase ?” Là, j’en ai trouvé une. Elle marche. »

     

    « Il était une fois une bande de courageux qui avaient reçu l’appel de l’horizon. »

    Un film et des chansons à écrire Fred Pellerin a beau lancer son nouveau spectacle, les projets ne manquent déjà pas pour la suite. Il souhaite d’abord rapidement avancer le scénario d’un nouveau long métrage pour le cinéma, à partir de son spectacle L’arracheuse de temps. Et la musique ? « J’ai cinq tounes dans le show, dont trois que je n’ai jamais enregistrées. Pas des créations, mais des reprises ben intéressantes. Et j’ai deux autres petits bijoux qui sont dans le Dropbox. Mais c’est pas pour tout de suite. » Sinon, Pellerin veut continuer à… tisser des ceintures fléchées. « J’ai appris ça dans un livre, que j’ai acheté dans un lot vendu au kilo dans une bibliothèque qui se délestait de son stock. » Ça ne s’invente pas.
    Un village en trois dés
    De Fred Pellerin. À Montréal le 30 novembre, les 1er et 2 décembre, puis du 14 au 18 février 2018 à la Place des Arts. À Québec du 19 au 22 décembre, puis le 22 mars et les 6 et 7 décembre 2018 au Grand Théâtre. En tournée au Québec.












    Envoyer
    Fermer
    Les plus populaires

    Abonnez-vous à notre infolettre. Recevez l'actualité du jour, vue par Le Devoir.