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    Un «New Yorker» à la sauce montréalaise

    L’exposition «Le Montréaler» décline 55 visions de la ville dans la facture du mythique magazine américain

    Une couverture datée de 2012 montre une manifestation étudiante, accentuant l’illusion de réel.
    Photo: Illustration Vincent Giard Une couverture datée de 2012 montre une manifestation étudiante, accentuant l’illusion de réel.

    Pour un illustrateur, faire la page couverture du New Yorker est une consécration, la reconnaissance suprême de son travail. Une cinquantaine d’artistes québécois ont pu réaliser ce rêve par procuration en concevant la une d’un magazine fictif pour l’exposition Le Montréaler, qui se veut autant un hommage à la prestigieuse revue qu’à la métropole du Québec.


    À quoi ressembleraient les couvertures d’un magazine comme le New Yorker si celui-ci était publié à Montréal ? Trois confrères travaillant dans les domaines de l’édition et de l’illustration se sont posé la question et ont mis 55 artistes au défi d’y répondre en illustrant la une d’une publication imaginaire, Le Montréaler.

     

    Le concept est inspiré du Parisianer, une expérience similaire menée en France, qui a séduit Nicolas Trost et Marion Arbona, qui ont profité des célébrations du 375e anniversaire de Montréal pour réaliser ce projet, auquel s’est joint l’éditeur Renaud Plante.

     

    Les seules contraintes qu’ont eues les illustrateurs concernaient le format et la typographie. En effet, sur chaque image conçue pour l’exposition, on retrouve le titre du magazine fictif, mais aussi son prix de vente et sa date de publication, question de « pousser le projet le plus près possible de la réalité », explique Nicolas Trost. Ce qui permet de faire un clin d’oeil à l’histoire. Par exemple, une couverture montrant une manifestation étudiante est datée du 14 avril 2012, tandis que le 1er novembre 2013 est inscrit au haut d’une illustration montrant une usagère du métro happée par le courant d’air dans la porte d’une station. À pareille date, des vents violents avaient fait des ravages au Québec.

     

    L’ensemble des oeuvres forme un tout hétéroclite. On retrouve dans les unes du Montréaler bien sûr des symboles incontournables de la ville, comme le mont Royal, le Stade olympique ou le Orange Julep, mais aussi des éléments emblématiques du quotidien, comme les cônes orange ou les écureuils. « Étonnamment, il n’y a pas eu beaucoup de répétitions, et lorsque c’était le cas, les propositions graphiques étaient très différentes », affirme Nicolas Trost. Par exemple, l’inéluctable hiver a été représenté sous diverses déclinaisons, dont le déneigement et le patinage.

     

    Visions personnelles

    Photo: Sébastien Thibault
     

    L’exposition évite les clichés en reflétant le regard unique de chaque artiste. « Chaque illustrateur transpose son univers sur la ville », résume Marianne Chevalier, dont le collage dépeint un mont Royal au coeur duquel se côtoient des symboles de Montréal, dont une bouche d’égout, des escaliers et des roues de vélo. « C’est ma vision très personnelle de la ville, c’est ce qui me touche de Montréal. J’aimais beaucoup me rendre à la montagne en vélo quand j’y habitais », raconte celle qui y a vécu une dizaine d’années.

     

    De son côté, Sébastien Thibault s’est fait (littéralement) mordant en dépeignant de façon caricaturale la relation des Montréalais avec le Stade olympique. Sur sa couverture du Montréaler, une vision apocalyptique de citoyens fuyant le stade, affolés par son mat au visage diabolique. « Les Montréalais ont depuis toujours une relation amour-haine avec le stade, je voulais jouer avec ça de façon humoristique », explique l’artiste qui réside à Matane, en Gaspésie.

    Photo: Alain Reno
     

    Alain Reno, lui, s’est inspiré de l’imaginaire des couvertures du New Yorker pour concevoir la sienne, sur laquelle on peut voir Leonard Cohen appuyé contre une vieille voiture devant le Gibeau Orange Julep. « Le parti pris du New Yorker est un peu nostalgique, avec une vision surannée de la ville, toujours très poétique. J’ai essayé de garder cet esprit en le transposant dans un contexte montréalais », détaille-t-il. Le résultat est quelque peu surréaliste. « Je ne crois pas que Leonard Cohen allait au Julep boire du jus d’orange et manger des hot-dogs, note l’illustrateur, mais s’il y a un “Montréaler” par excellence, c’est bien lui. »

     

    Temps durs pour l’éditorial

     

    On fabule en s’imaginant un New Yorker montréalais, mais un tel magazine, dont chaque couverture est illustrée, serait-il possible ici ? Force est de constater que la période de vaches maigres que vivent les médias imprimés rendrait une telle expérience plutôt inconcevable.

     

    Selon Nicolas Trost, l’illustration éditoriale est une tradition ancrée aux États-Unis, contrairement au Québec. Pourtant, une illustration en dit beaucoup plus qu’une image issue d’une banque de photos « reproduite partout, tellement générique, qui ne colle pas forcément aux propos du texte », soutient-il.

     

    Une illustration permet par ailleurs de provoquer les lecteurs et de les faire réfléchir, estime Sébastien Thibault. « Il y a un côté plus mordant dans l’éditorial. Aux États-Unis, les couvertures qui punchent le plus sont souvent celles qui sont illustrées », dit-il. Il n’y a qu’à regarder quelques unes de magazines dépeignant le président américain, Donald Trump, pour confirmer ses dires.

    Le Montréaler
    Jusqu’au 14 janvier à la Maison de la culture du Plateau-Mont-Royal, gratuit












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