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    Chronique

    Passeurs réclamés

    Les institutions culturelles se font brasser dans le mélangeur des révolutions numériques. Beaucoup de contenu créatif se consomme à la carte, sur un écran ou l’autre, gratos ou pas, sautant au-dessus de l’offre nationale. Juste à la télé, les séries américaines concurrencent les produits maison. Et comment imposer le contenu québécois face aux concurrents planétaires ? Comment entraîner le public en salles quand il fait si bon de voir un film les pieds sur le pouf ? Ça et puis tout le reste… Un travail de réajustement constant.

     

    Je vous parle du paysage en explosion, parce que les allées et venues des ministres et hauts fonctionnaires sur cette poudrière artistique n’ont pas le même impact qu’en période de relative stabilité.

     

    Hier encore, les programmes culturels étaient maintenus ou sacrifiés par de nouveaux gestionnaires, sans révolution au palais.

     

    Désormais, mieux vaut garder quelques sismologues en place pour leur expertise des tremblements de terre. Sinon, chaque nouveau ministre et administrateur doit réapprendre le b.a.-ba des remue-ménage en cours. Ça bouffe du temps. Des savoir-faire s’égarent, là où la concertation s’impose.

     

    Or donc le conseil d’administration de la Société de développement des sociétés culturelles (SODEC) avait recommandé, par voix unanimes, à la ministre de la Culture de maintenir Monique Simard à son poste de présidente, à terme le 5 janvier prochain. Ce fut : « Non, et bravo pour la belle besogne ! »

     

    Péquiste reconnue, peut-être écartée en vertu de ses allégeances. Comme les raisons politiques ne sont jamais établies au sommet, restons-en pudiquement aux supputations…

     

    Les libéraux ont respecté son mandat de quatre ans, entamé sous Pauline Marois. Ils ont le droit d’asseoir qui bon leur semble sur ce siège-là. Soit !

     

    Ce n’est pas une bonne chose pour autant.

     

    Pas plus que le fait d’avoir aligné à la queue leu leu trois ministres libéraux au portefeuille de la Culture. Marie Montpetit, en poste, n’aura pas participé aux rencontres avec le milieu en région et à travers les villes, pivots de la future politique culturelle, si vitale. Son dévoilement attendu en décembre s’aligne vers février, ce qui devrait aider la ministre à se mettre au parfum.

     

    Reste l’impression irritante que les arts et lettres ne sont pas une priorité, même quand leurs socles vacillent. On le crie dans le désert et sur l’agora. Crions encore.

     

    À l’heure des grands réalignements, ils vont manquer d’éclaireurs sur le chemin de ronde avec ces jeux de chaises musicales. Mauvais timing, comme dirait l’autre.

     

    Monique Simard mangeait de la culture et connaît ses tenants et aboutissants. L’ancienne directrice syndicale a été productrice de documentaires, directrice du programme français à l’ONF puis présidente de la SODEC, à l’écoute des métissages comme des racines, énergique, omniprésente, avec forte personnalité qui en imposait même à ses détracteurs. Elle croit que deux ans de plus en poste lui auraient permis de consolider ses opérations. Perte assurée.

     

    Tous ces chantiers…

     

    La présidente bientôt sortante s’avoue fière entre autres d’avoir repositionné la SODEC dans son mandat international, d’avoir établi la règle de l’équité hommes-femmes en cinéma, en gagnant la confiance du milieu. Et puis, à force de le marteler, même les sphères de la finance ont pigé le message : le développement économique québécois ne saurait se passer du développement culturel.

     

    Sauf que tant reste à faire.

     

    À actionner, ce plan d’action destiné à accompagner la politique culturelle. En devenir, la révision de la Loi sur la Société de développement des entreprises culturelles, à 22 ans antédiluvienne car prénumérique. Cette société d’État manque de marge de manoeuvre face au ministère de la Culture, et doit gagner des dents. Ses volets consacrés au livre, au cinéma, à la musique, à la télévision, au patrimoine, aux arts visuels et tutti quanti réclament révision devant l’explosion des productions hybrides.

     

    Et où trouver de nouvelles sources de financement des arts, à l’heure de la consommation en ligne ?

     

    « On vit dans un monde capteurs de valeurs, dit-elle. Si les gens paient des abonnements pour avoir accès aux contenus culturels que les téléphones, les tablettes, les ordinateurs diffusent, il est logique que ces capteurs remettent un peu d’argent dans le système… » Retour aux redevances à la consommation pour Netflix et consorts, bientôt réclamées par le ministère de la Culture. Ça avance aussi.

     

    Le Québec, elle le trouve créatif, riche de productions de qualité et d’institutions solides, mais côté diffusion, moins bien en selle. « Le numérique est le nerf de la guerre comme tremplin aux oeuvres québécoises, assure Monique Simard. Nos créations formidables, si le public ne vient pas les voir et les apprécier, on fait quoi avec ? » Or, ce volet de diffusion culturelle, à soutenir dans le réseau de la francophonie, reste inachevé. Ça l’attriste.

     

    « C’est court, un mandat de quatre ans », soupire-t-elle, en voyant défiler intérieurement tant d’immenses chantiers amorcés…













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