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    Québec remplacera Monique Simard à la tête de la SODEC

    Le conseil recommandait de renouveler son mandat, mais le gouvernement a refusé

    Monique Simard regrette la tournure des événements, « mais ce sont des mandats à durée déterminée et on accepte les règles du jeu au départ ».
    Photo: Pedro Ruiz Le Devoir Monique Simard regrette la tournure des événements, « mais ce sont des mandats à durée déterminée et on accepte les règles du jeu au départ ».

    Il y aura changement de régime à la direction de la SODEC. Le gouvernement Couillard a en effet décidé de ne pas renouveler le mandat de Monique Simard, malgré une recommandation positive du conseil d’administration, a appris Le Devoir.

     

    La présidente et chef de la direction de la Société de développement des entreprises culturelles (SODEC) a annoncé la nouvelle à une centaine d’employés lundi matin, avant de la confirmer en entretien téléphonique.

     

    « Le CA avait recommandé le renouvellement du mandat et j’étais prête à prolonger celui-ci, a-t-elle dit. Mais le CA n’a qu’un pouvoir de recommandation et c’est le Conseil des ministres qui décide. »

     

    Nommée par le gouvernement Marois en janvier 2014 pour un mandat de quatre ans, Mme Simard a été députée du Parti québécois de 1996 à 1998. Des raisons politiques pourraient-elles expliquer la décision du gouvernement Couillard ? « Je ne peux pas répondre à ça, la question est à poser au gouvernement », répond Monique Simard.

     

    Selon nos informations, le conseil d’administration était unanime à soutenir la candidature de Mme Simard. Dans le rapport de gestion 2016-2017 de l’organisme, le président du CA, Pierre Laporte, soulignait d’ailleurs le « travail remarquable » de la présidente. Lundi soir, les membres du CA de la SODEC ont remercié par communiqué Mme Simard pour son engagement envers la culture. M. Laporte n’a pas répondu à notre demande d’entretien lundi.

     

    « Le mandat de Monique Simard se termine le 5 janvier, elle a été avisée en septembre [qu’il ne serait pas renouvelé], a indiqué en fin de journée au Devoir Louise Bédard, chef de cabinet de la nouvelle ministre de la Culture, Marie Montpetit. Le gouvernement a respecté son mandat. »

     

    Quant à savoir pourquoi le gouvernement n’a pas suivi la recommandation du conseil d’administration de la SODEC, Mme Bédard a répondu qu’« il n’y a pas de raison. Son mandat était de quatre ans, et le gouvernement a décidé de ne pas le renouveler. On n’a rien à lui reprocher, on l’a félicitée pour son mandat. »

     

    Selon Mme Bédard, le processus de sélection du prochain titulaire est déjà en branle. Un comité de trois personnes recommandera des candidats au gouvernement.

     

    Moment crucial

     

    Chose certaine, Monique Simard regrette la tournure des événements. « Je suis déçue comme on l’est quand on est prêt à continuer quelque chose. Mais ce sont des mandats à durée déterminée et on accepte les règles du jeu au départ. »

     

    Elle quitte la SODEC à un moment crucial. La ministre Montpetit doit présenter sous peu le plan d’action accompagnant la nouvelle politique culturelle du gouvernement québécois. Le milieu artistique avait accueilli la nomination de Mme Montpetit en octobre en faisant remarquer qu’elle serait la troisième titulaire du poste en trois ans, une « instabilité » déplorée par différents intervenants.

     

    Le départ de Monique Simard veut aussi dire que le gouvernement doit maintenant trouver des nouveaux dirigeants pour deux de ses plus grandes institutions culturelles, la SODEC et Bibliothèque et Archives nationales du Québec, dont la présidente-directrice générale, ChristianeBarbe, a démissionné en avril. Geneviève Pichet assure officiellement l’intérim depuis.

     

    Créée en 1995, la SODEC est centrale dans la vie culturelle québécoise. Son mandat est de promouvoir et de soutenir l’implantation et le développement des entreprises culturelles partout au Québec. Elle finance notamment l’industrie du cinéma, de la télévision, du livre, de la musique et des arts visuels. L’an dernier, elle a distribué plus de 61 millions de dollars en programmes d’aide.

     

    Revoir les outils

     

    Ancienne vice-présidente de la CSN, Monique Simard a été productrice de films et directrice générale du programme français de l’Office national du film avant d’être nommée à la tête de la SODEC. « C’était une alliée des industries culturelles et une voix drôlement utile pour toutes les questions de droit d’auteur ou d’exception culturelle », indiquait lundi soir Richard Prieur, directeur de l’Association nationale des éditeurs de livres.

     

    À l’aube de son départ, Mme Simard estime que le « plus grand défi de la SODEC » concerne la révision de la Loi qui gouverne l’organisme. « La mission de la SODEC est tout à fait honorable, mais le coffre à outils pour l’accomplir a besoin d’un gros coup de balai », dit-elle. La présidente sortante se demande notamment si la SODEC « a l’autonomie et la marge de manoeuvre, comme société d’État, pour s’ajuster aux événements qui se produisent sur le marché ».


    Défendre Claude Jutra ? Dans une entrevue enregistrée le 19 septembre mais diffusée lundi soir à la radio de Radio-Canada, Monique Simard s’est portée à la défense du cinéaste Claude Jutra. « Comment a-t-on pu laisser passer ça comme ça si rapidement, qu’on l’efface en l’espace de quelques jours de la mémoire publique, alors que Claude n’a pas eu droit à sa propre défense », dit-elle. « J’en suis encore bouleversée, parce que ce que je suis devenue, je le dois beaucoup à Claude Jutra. »

    L’an dernier, une biographie du cinéaste disparu en 1986 avait révélé qu’il avait commis des actes de pédophilie et des agressions sexuelles sur des garçons. Dans la foulée du scandale, le nom de Claude Jutra a été essentiellement rayé de l’espace public.












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