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    Chronique

    Du côté de la voix humaine

    Parfois, je vais voir en spectacle des musiciens chanteurs un peu décalés de l’air du temps. La grosse batterie n’est pas pour eux, ni les projections vidéo en fond de décor. Ils préfèrent souvent la dynamique de transmission quasi intemporelle mais créative, flottant au-dessus des débats et des styles du jour.

     

    Et puis, j’aime la voix, cet instrument dont la caisse de résonance est aussi le coeur humain.

     

    J’écoutais des voix multiples en fin de semaine, à L’Astral, au spectacle anniversaire des Charbonniers de l’enfer. 25 ans qu’ils chantent a cappella avec tapements de pieds, ces gars-là, vêtus de noir pour aller au charbon. Ils ne s’étaient pas produits ensemble depuis cinq ans, mais ils redémarrent une tournée. Les groupes ont besoin d’air parfois, puis se retrouvent au point où ils s’étaient laissés.

     

    Le groupe lançait en même temps un album compilation : 25 ans de grande noirceur. On peut lire à l’intérieur du carton, sur un mode poético-loufoque, leur rêve de choeur : « Établir un contact avec des civilisations avancées communiquant exclusivement par le chant a cappella. » Oh yé ! Drôle !

     

    L’autre soir, dans les premiers rangs, une toute jeune musulmane portant foulard ne manquait pas une note de ou de La pointe du jour. Elle riait aux histoires racontées entre trois airs traditionnels et deux chansons d’auteurs tirées de leur album Nouvelles fréquentations. Et il faisait plaisir à voir, cet ensemencement d’une culture par une autre, surtout par des hommes d’âge mûr sur le mode de la transmission.

     

    Plusieurs générations, même de jeunes enfants sur les genoux des parents, s’entremêlaient à L’Astral, et plusieurs fans connaissaient une partie de leur répertoire par coeur. Signe que Les Charbonniers de l’enfer ont bien joué leur rôle de passeurs de tradition orale durant toutes ces années-là. Signe aussi que l’originalité, le sens de la scène, l’authenticité, un humour de générosité et le goût des racines peuvent se passer de flonflons pour toucher leur monde.

     

    Sublimes harmonies

     

    Et puisqu’il est question de voix humaines, je suis allée m’offrir un bain de beauté à la salle Bourgie ce mardi. À force d’écouter les albums du Poème harmonique dirigé par Vincent Dumestre, avec un faible pour les chansons et romances de la France d’autrefois — Aux marches du palais et Plaisir d’amour, sur l’étiquette Alpha —, leur univers m’est devenu familier. Cet exceptionnel ensemble français de musique ancienne vocale et instrumentale s’était déjà produit chez nous, mais on rate tant de merveilles. Pas cette fois…

     

    Ai-je dit que la qualité de leur prestation, avec spécialité de chant baroque, était acclamée dans toute l’Europe ? Quant à leur mezzo-soprano, elle possède une voix si belle, si riche et si unique que, dès les deux premières notes sorties de sa bouche, on se dit : « C’est elle ! » : Isabelle Druet.

     

    Six musiciens en tournée avec des airs de danses espagnoles du XVIIe siècle, sur guitare, basse de viole, violon, violone et percussions. Aussi sa voix à elle, à savourer les yeux fermés, en ressortant son espagnol pour le sens des mots. Ce concert rappelait à quel point l’art peut constituer une nourriture essentielle.

     

    À la sortie, étaient vendus d’autres albums du groupe. J’ai acheté Firenze 1616, pour retrouver leur grâce et leur chaleur. Mieux vaut faire le plein de beauté quand le divertissement étouffe la note trop pure et que la noirceur tombe vite.

     

    Chemins de traverse

     

    C’est que 2017 s’achève. Hier encore, le maire Denis Coderre et Gilbert Rozon, maître des célébrations du 375e de Montréal, tenaient la dragée haute aux premières de spectacles qui scintillaient à plein pont et à plein mont. Un sens de la fête, des trucs réussis, mais beaucoup de bling bling, de vroum vroum, de Wow Wow ! à hauts décibels, maints historiens laissés en plan et peu de legs aux temps futurs. Voici nos deux empereurs, pour une raison ou l’autre, tombés en route.

     

    Et comment ne pas relier la victoire montréalaise surprise de Valérie Plante au souffle de changement qui plane sur la société et sur la métropole ? Une femme en figure de proue à l’Hôtel de Ville à l’heure où de vieux modèles s’écroulent partout, tiens donc !

     

    Autant prêcher pour ma paroisse : la culture, substance fragile à manier avec soin. La dame qui détient les clés de la ville se montre sensible à l’approche de finesse, plus globale et enracinée que celle de l’ancien régime du boy’s club.

     

    D’où l’espoir de la voir instaurer un climat moins avide de spectacles toujours plus gigantesques, loin du « Think big ! » à la Elvis Gratton, qu’un groupe d’humoristes dissidents en train de lancer un festival hors du giron de Juste pour rire conteste à son tour.

     

    Souhaitons à Montréal de devenir une métropole d’art de vivre et de substance, à hauteur des citoyens responsables, sensibles et allumés. Voeux pieux, peut-être, mais quand la planète craque de partout, défricher des chemins de traverse sur trois notes de guitare, des transports en commun efficaces et deux roues alignées n’est pas plus fou.

     

    Et si on donnait de la voix sur une note plus intime. Enfin !













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