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    Giacometti, lui et toute sa diversité

    7 septembre 2017 | Jérôme Delgado - Collaborateur à Londres | Actualités culturelles
    Alberto Giacometti, «Le Nez», 1948
    Photo: Source Tate Modern, © Succession Alberto Giacometti/ SODRAC pour le Canada (2018) Alberto Giacometti, «Le Nez», 1948

    Une vieille histoire d’amour lie Alberto Giacometti (1901-1966), le célèbre sculpteur suisse derrière Homme qui marche (1960), à la capitale britannique. Même que la relation se poursuit de manière posthume. Un demi-siècle après sa mort se tient à Londres, jusqu’à dimanche, une large rétrospective — 250 oeuvres (bronzes, plâtres, dessins, peintures), toutes époques et tous genres confondus.

     

    C’est cette expo, lancée au musée Tate Modern, qui passera l’hiver 2018 au Musée national des beaux-arts du Québec (MNBAQ). L’établissement québécois a bénéficié de la mesure d’aide financière à l’intention des musées d’État pour des expositions internationales majeures, afin de réaliser ce projet qualifié d’exceptionnel. La somme de 1 million de dollars lui a été confirmée en juin après une entente entre le gouvernement du Québec et la Ville de Québec.

     

    Pour le Québec, voire pour le Canada, ce sera une première. Pour la Grande-Bretagne, il s’agit plutôt d’une énième aventure. Elle ne manque pourtant ni d’inédit ni de caractère, comme ont pu le constater des journalistes québécois invités à séjourner à Londres, alors que l’expo vit ses derniers jours.

     

    « Giacometti a eu de son vivant deux grandes rétrospectives en Angleterre, alors que la première en France n’a eu lieu qu’après sa mort, reconnaît d’emblée Catherine Grenier, co-commissaire de l’exposition et guide privée au service de la délégation québécoise. Le public anglais connaît déjà bien l’oeuvre de Giacometti. Nous avons cherché, non pas à être moins pédagogiques, mais à montrer les oeuvres d’une façon dont elles n’avaient pas été vues. »

     

    Tradition britannique

     

    L’exposition, intitulée simplement Alberto Giacometti, est la première en plus de vingt ans à se tenir au Royaume-Uni, depuis notamment The Artist’s Studio (Tate Liverpool, 1991). C’est vraiment l’enseigne Tate qui s’est d’abord amourachée du sculpteur et peintre.

     

    Dès 1949, l’institution britannique, qui se décline aujourd’hui en plusieurs musées, acquérait ses premières oeuvres de Giacometti, devançant ses pairs autant chez lui qu’en France. Et c’est au Tate que s’est arrêtée, en provenance de New York, Alberto Giacometti : Sculpture, Paintings, Drawings 1913-1965, expo phare montée avant le décès de l’artiste.

     

    Dès lors, les expos Giacometti se sont multipliées, surtout depuis l’entrée en scène, en 2003, de la Fondation Alberto et Annette Giacometti, basée à Paris. L’institution n’a pas de salle d’exposition, du moins pas encore, mais elle a l’expertise et la plus grande collection au monde de l’artiste. Et elle conçoit les expos, comme celle de la Tate et d’autres qui ont rejoint de nouveaux territoires avant le Québec, tels que le Qatar ou la Chine.

     

    Qu’a donc de particulier cette expo Alberto Giacometti pour qu’on s’en préoccupe ? De nombreuses pièces rares, certaines jamais vues, une prédilection pour les plâtres (au détriment des bronzes, plus prestigieux) et une importance non négligeable accordée aux peintures, dessins et documents. Et le fait de tout mélanger, habilement : c’est la nouvelle façon de faire, comme l’explique Catherine Grenier, directrice de la Fondation.

     

    Fortes têtes

     

    Dans sa version londonienne, le parcours débute par une imposante table réunissant 24 sculptures autour du motif de la tête. Styles classique, cubiste et surréaliste se succèdent, entre ici et là une gestuelle à la Rodin, des visages aplatis, des regards asymétriques, etc. La commissaire n’était pas peu fière de ce condensé si cohérent d’une signature en apparence si éclatée.

     

    « Contrairement à ce qui s’est beaucoup dit sur Giacometti, qui aurait vécu de grandes ruptures et qu’il n’y aurait pas eu de continuité entre une première partie de carrière abandonnée pour aller dans quelque chose de complètement différent, ce n’est pas vrai, affirme-t-elle. C’est vrai sur le plan stylistique, mais pas en ce qui concerne ses hantises et obsessions. La représentation de la tête est une de ses obsessions, et le corps humain de façon générale, ce qui l’empêche de devenir abstrait. »

     

    La singularité de Giacometti fait sa force. Alors que le XXe siècle édifie des chapelles, lui ne se cantonne pas à un courant. Les surréalistes le traiteront de traître. Alors que la modernité valorise l’abandon de la figuration, lui ne la lâchera jamais. Rebelle à sa façon, volontairement ambigu.

     

    « Il a toujours fonctionné selon deux voies. Il travaille d’après modèle et dit avoir besoin de la personne en face de lui. En même temps, il fait Homme qui marche, qui n’est le portrait de personne, mais plutôt une figure de synthèse, un type humain », note Catherine Grenier, parmi les multiples contradictions que le sculpteur entretenait lui-même.

     

    Line Ouellet, directrice du MNBAQ, est fort heureuse d’attirer au pays cette « grande figure de référence qui a été au coeur de tous les événements du XXe siècle ». « Son oeuvre continue à résonner au XXIe siècle », dit celle qui affirme que le nouveau pavillon Lassonde a été pensé pour de tels sujets.

     

    Le MNBAQ ne laissera pas tomber les grands artistes québécois, promet-elle. La mesure d’aide financière sur laquelle le musée a compté est destinée à des projets de « grande capacité d’attraction ». « Le plus de gens possible sera le mieux », dit-elle, sans chiffrer ses objectifs.

     

    L’exposition Alberto Giacometti sera présentée à Québec du 8 février au 13 mai, avant de poursuivre sa route jusqu’aux musées Guggenheim de New York et de Bilbao.













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