Passer à la version normale du sitePasser à la version large du siteTaille d'écran
  • Facebook
  • Twitter
  • RSS
  • Amis du Devoir
    Connectez-vous
    Idées

    La langue de la culture au Québec

    6 septembre 2017 | Colette Bernier - Sociologue Montréal | Actualités culturelles
    L’évolution récente nous laisse penser que l’anglais est de plus en plus prédominant dans l’offre de services culturels au Québec.
    Illustration: Tiffet L’évolution récente nous laisse penser que l’anglais est de plus en plus prédominant dans l’offre de services culturels au Québec.

    Ces jours-ci se tient un forum national sur le projet de politique québécoise de la culture, « Partout la culture », présenté il y a un an déjà par la ministre Hélène David et repris depuis par le ministre Luc Fortin. Le projet se donne comme objectif « d’accentuer le rôle de la langue française comme vecteur de participation à la vie culturelle québécoise ».

     

    Pourtant, il y a loin de la coupe aux lèvres si on examine rapidement la situation de la langue dans le domaine culturel au Québec. Et surtout, il y a peu de chances que le projet tel que conçu valorise réellement la langue française dans le domaine de la culture.

     

    D’abord, ce projet de politique se fonde sur une illusion. Celle de penser que la culture québécoise, par ailleurs magnifiée pour sa notoriété sur la scène internationale, est de facto une culture de langue française. On n’a plus à démontrer que, dans le domaine musical, les Vigneault et Léveillée ont fait leur temps et que les jeunes musiciens se tournent inexorablement vers l’anglais pour percer sur la scène internationale.

     

    Dans le domaine cinématographique, le même phénomène se produit. Après avoir percé sur la scène québécoise, les Villeneuve et Dolan, entre autres, se tournent vers la production pour les studios américains.

     

    Or, si le projet de politique culturelle entend, à juste titre, respecter l’autonomie de la création et se refuse, tout comme l’a fait la loi 101, à réglementer la langue de création, ne pourrait-il pas en être autrement au sujet de la langue de l’offre de services culturels dans les institutions québécoises ?

     

    La langue française et l’offre de services culturels

     

    Ainsi, l’évolution récente nous laisse penser que l’anglais est de plus en plus prédominant dans l’offre de services culturels au Québec.

     

    Que dire, par exemple, de l’offre de films francophones et anglophones, sous-titrés ou non, à Montréal ? Après la disparition du cinéma Parisien et de celui du complexe Desjardins, la fermeture de l’Ex-centris donnait un coup dur à la présentation de films francophones à Montréal. Depuis le début des années 2010, le nombre de salles de cinéma présentant des films principalement anglophones domine. Le nombre de films francophones présentés dans nos salles de cinéma ne cesse de décroître alors que près de la moitié de la programmation du cinéma Quartier latin est maintenant en anglais !

     

    Que dire encore de la langue des musées à Montréal ? Dans une lettre publiée dans Le Devoir il y a un peu plus d’un an, je soulignais l’unilinguisme anglais des vidéos présentées au Musée d’art contemporain de Montréal (MAC) autour de l’exposition de l’Islandais Ragnar Kjartansson. Dans sa réponse au Devoir, le directeur du MAC, John Zeppetelli, se défendait en avançant que le domaine culturel n’était pas visé par la Charte de la langue française. L’art, disait-il, est « une oasis de liberté qu’il nous faut, comme société, absolument protéger ».

     

    Ainsi, durant l’été qui vient de se terminer, on retrouvait encore une nette prédominance de l’anglais dans les « activités » (vernissages, rencontres, etc.) offertes par le MAC autour des expositions d’Eliasson et d’Expo 67. Toujours cet été, le Musée des beaux-arts de Montréal présentait trois expositions, dont deux offraient des titres où l’anglais prédominait nettement : Love Is Love et « Révolution : You say you want a revolution ». Tout ceci n’a évidemment rien à voir avec le choix de la langue de création mais bien plutôt avec la langue de services offerts autour des expositions. N’est-il pas plus que temps de revendiquer un meilleur droit d’accès à la culture pour les francophones du Québec ?

     

    Dans un texte récent au Devoir sur le 40e anniversaire de l’adoption de la loi 101 au Québec, le sociologue Guy Rocher appelait à repenser la politique linguistique québécoise dans un contexte sociopolitique qui n’avait plus rien à voir avec celui de 1977. Si la loi s’est d’abord penchée sur la langue de l’enseignement et des communications et ensuite sur la langue au travail, disait-il, il faudrait maintenant la repenser comme langue de la culture.

     

    La concordance entre le 40e anniversaire de la loi 101 et la présentation de la nouvelle politique culturelle arrive à point pour penser une politique de la culture qui puisse réellement valoriser la langue française. Pour cela, il faudrait entre autres revenir sur certains principes ayant guidé la loi 101 pour clairement dissocier le principe du choix de la langue en matière de « création » de celui tout aussi important de la prédominance du français dans l’offre de services culturels permettant un meilleur accès des francophones à la culture. Et avec ça, le débat ne serait certainement pas clos…













    Envoyer
    Fermer
    Les plus populaires

    Abonnez-vous à notre infolettre. Recevez l'actualité du jour, vue par Le Devoir.