L’envol d’Amelia
Ils étaient sept: Oboro, le Musée des beaux-arts, Lettres québécoises, Montréal/Nouvelles Musiques, le théâtre de La Manufacture, les Rendez-vous du cinéma québécois, Amelia. Ils ne furent plus qu’un.
La salle a été unanime. Quand le mot «Amelia» a été prononcé, quand Édouard Lock s’est mis en mouvement pour monter sur le podium, d’un seul geste, l’assemblée s’est levée et les acclamations ont fusé en ce mardi midi, à l’hôtel Bonaventure, au moment de la remise du Grand Prix du Conseil des arts de Montréal. Dans un milieu où les confrontations sont souvent vives, la reconnaissance du travail accompli par La La La Human Steps ne semblait pas faire l’objet de quelque discussion que ce soit
À plus d’un titre, le projet, devenu réalité, était complexe. Il s’agissait au départ d’une production inscrite dans une oeuvre chorégraphique dense, fournie, témoignant d’une affirmation forte pour tout discours portant sur la danse actuelle. À l’arrivée, le travail se combine à un film qui est, lui aussi, en soi une production autonome, où le recours à la caméra ne se fait pas dans un souci documentaire, mais comme partie prenante de la chorégraphie: le décor, cet intérieur de cube aux murs courbes, reformule d’ailleurs l’espace de la scène. Le résultat de cette Amelia: une double réussite.
Pourtant, pour les six autres lauréats de ce Grand Prix, d’Oboro à Montréal/Nouvelles Musiques, leur mise en nomination avait déjà été perçue comme un honneur. Comme le dit, parlant de sa mise en candidature pour son secteur disciplinaire, Jean-Denis Leduc, du théâtre de La Manufacture, établi depuis 23 ans à La Licorne: «Cela fait vraiment plaisir! C’est une belle reconnaissance publique pour notre saison 2002-2003 basée sur la création, et qui était le résultat d’un travail de plusieurs années. Nous sommes d’autant plus contents que cette nomination a plus de profondeur qu’une nomination à un Masque, par exemple, car elle porte sur toute une saison.»
Ce fut cependant le travail de Lock qui, du lot, fut retenu par les membres d’un jury réuni autour du président du Conseil, Maurice Forget: les Gretta Chambers, de l’université McGill, Robert Lacroix, de celle de Montréal, Sherif Laoun de chez Georges Laoun Opticiens et la comédienne Louise Latraverse. Le succès international de l’oeuvre a sans doute beaucoup compté dans l’établissement de la décision finale.
Une belle année
Pour le Conseil des arts de Montréal, ce résultat était un bel aboutissement pour une année à plus d’un égard exceptionnelle. Son budget n’a-t-il point été augmenté, ce qui ne s’était point vu depuis une décennie? N’a-t-on point accordé un soutien financier à 343 organismes, un nombre en soi imposant? N’a-t-il point, en ces temps de contestation du milieu culturel, dans un climat de récession budgétaire, fait l’objet d’aucune plainte, d’autant plus qu’il est aussi question d’élargir le mandat pour accorder une aide à des projets tant individuels que ponctuels, et même de se rapprocher des communautés culturelles?
Ainsi dit, il semblerait que l’art et la culture se portent bien à Montréal. Pourtant, si un Vanasse parle avec enthousiasme de la situation du périodique littéraire [«Ce que j’appellerais l’institution littéraire est autrement plus solide (...). De nombreuses maisons d’édition, de toutes tailles, assurent la vitalité et la continuité de la littérature; et on constate, chez les organismes gouvernementaux — provinciaux ou fédéraux — une volonté tangible de soutenir la littérature. Les périodiques qui en parlent sont à l’image de cette situation»], il ne faut pas pour autant oublier les coupures opérées par Québec dans les budgets des divers salons du livre. Il faut aussi se rappeler que la ministre de la Culture a souligné que des opérations comptables grossissent le budget réel de la future Grande Bibliothèque, le programme des investissements publics mettant ainsi à mal l’aide éventuelle à tous les secteurs.
Qu’ici la danse soit récompensée ne change rien au fait que la métropole québécoise n’abrite plus un festival de stature internationale. On n’oublie pas non plus que la grande salle prévue pour les diverses compagnies de danse n’a plus qu’une réalité virtuelle, quand le projet d’O Vertigo et du Théâtre Ubu a été mis de côté pour une simple économie de réaménagement d’espace. La situation n’est guère plus reluisante du côté des arts visuels, alors que le musée de la rue Sherbrooke annonce une situation financière tellement difficile qu’il a songé à une éventuelle fermeture des lieux. En fait, il faudra attendre le prochain budget provincial, celui de mardi midi, avant de savoir à quoi s’en tenir. Et attendre, après cela, la tenue des référendums annoncés pour juin sur l’avenir des grandes villes pour véritablement savoir à quoi s’en tenir avant d’établir l’état de l’art et de la culture à Montréal.
Mardi dernier toutefois, à la remise du Grand Prix du Conseil des arts, l’atmosphère était à la fête. Avec raison. L’effet Amelia y était sans doute pour beaucoup.
À plus d’un titre, le projet, devenu réalité, était complexe. Il s’agissait au départ d’une production inscrite dans une oeuvre chorégraphique dense, fournie, témoignant d’une affirmation forte pour tout discours portant sur la danse actuelle. À l’arrivée, le travail se combine à un film qui est, lui aussi, en soi une production autonome, où le recours à la caméra ne se fait pas dans un souci documentaire, mais comme partie prenante de la chorégraphie: le décor, cet intérieur de cube aux murs courbes, reformule d’ailleurs l’espace de la scène. Le résultat de cette Amelia: une double réussite.
Pourtant, pour les six autres lauréats de ce Grand Prix, d’Oboro à Montréal/Nouvelles Musiques, leur mise en nomination avait déjà été perçue comme un honneur. Comme le dit, parlant de sa mise en candidature pour son secteur disciplinaire, Jean-Denis Leduc, du théâtre de La Manufacture, établi depuis 23 ans à La Licorne: «Cela fait vraiment plaisir! C’est une belle reconnaissance publique pour notre saison 2002-2003 basée sur la création, et qui était le résultat d’un travail de plusieurs années. Nous sommes d’autant plus contents que cette nomination a plus de profondeur qu’une nomination à un Masque, par exemple, car elle porte sur toute une saison.»
Ce fut cependant le travail de Lock qui, du lot, fut retenu par les membres d’un jury réuni autour du président du Conseil, Maurice Forget: les Gretta Chambers, de l’université McGill, Robert Lacroix, de celle de Montréal, Sherif Laoun de chez Georges Laoun Opticiens et la comédienne Louise Latraverse. Le succès international de l’oeuvre a sans doute beaucoup compté dans l’établissement de la décision finale.
Une belle année
Pour le Conseil des arts de Montréal, ce résultat était un bel aboutissement pour une année à plus d’un égard exceptionnelle. Son budget n’a-t-il point été augmenté, ce qui ne s’était point vu depuis une décennie? N’a-t-on point accordé un soutien financier à 343 organismes, un nombre en soi imposant? N’a-t-il point, en ces temps de contestation du milieu culturel, dans un climat de récession budgétaire, fait l’objet d’aucune plainte, d’autant plus qu’il est aussi question d’élargir le mandat pour accorder une aide à des projets tant individuels que ponctuels, et même de se rapprocher des communautés culturelles?
Ainsi dit, il semblerait que l’art et la culture se portent bien à Montréal. Pourtant, si un Vanasse parle avec enthousiasme de la situation du périodique littéraire [«Ce que j’appellerais l’institution littéraire est autrement plus solide (...). De nombreuses maisons d’édition, de toutes tailles, assurent la vitalité et la continuité de la littérature; et on constate, chez les organismes gouvernementaux — provinciaux ou fédéraux — une volonté tangible de soutenir la littérature. Les périodiques qui en parlent sont à l’image de cette situation»], il ne faut pas pour autant oublier les coupures opérées par Québec dans les budgets des divers salons du livre. Il faut aussi se rappeler que la ministre de la Culture a souligné que des opérations comptables grossissent le budget réel de la future Grande Bibliothèque, le programme des investissements publics mettant ainsi à mal l’aide éventuelle à tous les secteurs.
Qu’ici la danse soit récompensée ne change rien au fait que la métropole québécoise n’abrite plus un festival de stature internationale. On n’oublie pas non plus que la grande salle prévue pour les diverses compagnies de danse n’a plus qu’une réalité virtuelle, quand le projet d’O Vertigo et du Théâtre Ubu a été mis de côté pour une simple économie de réaménagement d’espace. La situation n’est guère plus reluisante du côté des arts visuels, alors que le musée de la rue Sherbrooke annonce une situation financière tellement difficile qu’il a songé à une éventuelle fermeture des lieux. En fait, il faudra attendre le prochain budget provincial, celui de mardi midi, avant de savoir à quoi s’en tenir. Et attendre, après cela, la tenue des référendums annoncés pour juin sur l’avenir des grandes villes pour véritablement savoir à quoi s’en tenir avant d’établir l’état de l’art et de la culture à Montréal.
Mardi dernier toutefois, à la remise du Grand Prix du Conseil des arts, l’atmosphère était à la fête. Avec raison. L’effet Amelia y était sans doute pour beaucoup.
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