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Diffuser la culture - Aller dans les arrondissements, où ils habitent

« Les gens ne paient qu'un cachet symbolique au regard des coûts de la tournée »

Jouer dans l'île, Exposer dans l'île, Lire dans l'île, Art et Communauté, Action on tourne... autant de formes prises par les différents programmes mis en place par le Conseil des arts de Montréal pour diffuser à l'extérieur du centre-ville les oeuvres des grandes compagnies montréalaises et ainsi refléter l'état de la création actuelle. L'année dernière, 100 000 Montréalais ont ainsi pu assister, sur l'ensemble du territoire de l'île, à 343 événements mis en place avec l'aide financière du Conseil.

Sortir l'art du centre-ville. Voilà 21 ans que le Conseil des arts de Montréal (CAM) diffuse la culture aux quatre coins de l'île. Grâce à ses subventions, les hautbois claironnent à Saint-Léonard, on présente du théâtre à Hochelaga-Maisonneuve, on tient des séances de lecture à Parc-Extension.

Au total, l'aide apportée se chiffre à près de un million de dollars par an. Une manne précieuse pour les compagnies artistiques, car pour elles, sortir du Plateau Mont-Royal suppose des contraintes financières et des prises de risque importantes... «C'est que la ville recouvre des réalités culturelles très différentes», dit Nathalie Maillé, la responsable des activités de diffusion du Conseil.

Ainsi, le spectacle mis en scène par Estelle Clareton, membre de la compagnie Création Caféine, n'a séduit qu'une cinquantaine de spectateurs dans l'est de la ville, alors qu'à Ville-Marie, la chorégraphe avait connu un succès appréciable. «À 20 minutes du centre, les gens sont étonnés par la danse contemporaine. Sans l'aide du Conseil, ce spectacle n'aurait jamais été présenté spontanément dans certains arrondissements», explique Nathalie Maillé. Or, favoriser la rencontre entre les artistes locaux et les citoyens constitue l'un des fondements de la politique entreprise par le CAM. L'année dernière, environ 100 000 spectateurs auraient assisté à 343 événements ainsi subventionnés.

Coup d'envoi en 1956

C'est le fruit du programme de tournées mis en oeuvre par le plus vieux conseil des arts au Québec — le CAM fut fondé en 1956 par Jean Drapeau — pour encourager et soutenir la création artistique sous toutes ses formes. Depuis 1983, danse, théâtre, littérature, musique, arts visuels et cinéma bénéficient des subventions du CAM, à la condition qu'ils s'exportent sur l'ensemble du territoire de la ville, soit désormais 27 arrondissements. Le programme se divise en cinq thèmes majeurs: Jouer dans l'île, Exposer dans l'île, Lire dans l'île, Art et Communauté et Action on tourne, qui constituent autant de plateformes pour assurer l'administration des aides.

Chaque année, les participants sont triés sur le volet. Le CAM choisit d'une part les diffuseurs parmi les salles municipales. La sélection est faite en fonction de critères précis — leur localisation, le projet artistique qu'ils défendent, les conditions de diffusion, la population qu'ils touchent sont pris en compte. À terme, 32 d'entre eux sont sélectionnés pour chaque tournée et devront définir leurs choix de programmation en fonction de leur public. «La culture n'est pas un service centralisé, précise Mme Maillé. Les réalités sont très différentes d'un lieu à un autre et il est bon d'être proche des communautés concernées pour prendre les décisions.» À cet effet, la récente fusion municipale n'aurait eu aucune influence sur le fonctionnement des tournées. «Nous travaillons ensemble depuis 21 ans», précise Mme Maillé.

Créer un nouveau public

D'autre part, les artistes sont eux aussi sélectionnés. Leurs projets sont disséqués, analysés, discutés... «Nous cherchons avant tout l'excellence artistique», explique Mme Maillé. Au final, une quarantaine d'organismes sont retenus. Parmi eux, des «grands noms» mais aussi des artistes moins connus. Pour tous, les tournées donnent une visibilité à leur spectacle et permettent de rencontrer leur public au fil du temps.

Avec parfois des résultats étonnants: l'Orchestre métropolitain (OM), qui donne

18 concerts annuels dans sept arrondissements différents, a vu un nouveau public apparaître au centre-ville. Des auditeurs issus d'arrondissements éloignés, sensibilisés aux oeuvres entendues lors des tournées, viennent assister spontanément à des représentations qui les laissaient jusque-là indifférents. «Nous présentons notre musique de manière ludique et choisissons des programmations accessibles, explique Marie-Pierre Rolland, la directrice des opérations de l'OM. C'est ce qui fait notre couleur. Aller à Verdun, pour nous c'est "tripant", c'est toujours la fête et c'est totalement grâce au CAM que nous pouvons faire cela: les gens ne paient qu'un cachet symbolique au regard des coûts de la tournée.» Et si les spectateurs bénéficient de tarifs largement revus à la baisse, les artistes sont eux aussi gagnants.

Des cachets équitables

Car, fait exceptionnel dans le milieu, les acteurs, musiciens, etc., subventionnés n'ont pas à s'inquiéter des retombées financières pendant les tournées. Bien que leurs compagnies soient sélectionnées en partie sur leur capacité de gestion, le CAM leur garantit des cachets dits «équitables». Pendant toute la période des représentations municipales, leurs revenus sont assurés à un tarif fixe, ajusté à l'avance en fonction du type de prestation fournie. «C'est très avantageux par rapport au reste du marché», confie Mme Maillé. Il faut dire que, en dehors des aides publiques, leur vie n'est pas toujours simple! Il n'est pas rare de voir une compagnie mettre la main à la poche pour assurer la diffusion de son spectacle», affirme Nathalie Maillé. Selon le CAM, le recours à de justes tarifs jouerait un rôle pédagogique vis-à-vis des diffuseurs en ce qui concerne la situation des artistes. «C'est notre objectif final: que ces deux acteurs puissent enfin se passer de nous!»

Reste que si cette ouverture artistique de proximité est séduisante, elle ne représente que 20 % à 25 % de l'offre culturelle à Montréal. «Le nombre de salles a augmenté, le nombre de compagnies aussi», explique Nathalie Maillé. À l'avenir, le CAM pense renforcer ses projets existants plutôt que de multiplier les représentations. Les cartons fourmillent déjà d'idées. «L'année prochaine, nous mettrons l'accent sur les contes pour adultes et sur d'autres types de rencontres entre auteurs et citoyens.»

Assurer la présence d'artistes en résidence et la collaboration avec les écoles sont deux voies que le CAM entend explorer.
 
 
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