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    Nouvelle politique culturelle

    Cri du coeur du patrimoine vivant

    «On est comme d’habitude présent dans la rhétorique, mais pas dans l’action», s’insurge Antoine Gauthier, directeur général du Conseil québécois du patrimoine vivant

    Le CQPV représente quelque 80 organismes œuvrant en danse et en musique traditionnelles, en contes, en artisanats, dans les vieux métiers et consorts. Sur notre photo: les Veillées du Plateau.
    Photo: SPDTQ Le CQPV représente quelque 80 organismes œuvrant en danse et en musique traditionnelles, en contes, en artisanats, dans les vieux métiers et consorts. Sur notre photo: les Veillées du Plateau.

    Le Conseil québécois du patrimoine vivant (CQPV) relance un cri du coeur au ministre de la Culture. Si des engagements clairs pour le patrimoine bâti se trouvent dans sa nouvelle politique culturelle provinciale, il n’y en a pas pour le patrimoine vivant — ou immatériel, selon les appellations. Sauf pour les traditions ancestrales des Premières Nations. « Comme si la culture québécoise dans son ensemble ne recelait pas de contes, de chansons, de musique ou de danses ancestraux, pas d’artisanat traditionnel », s’insurge le CQPV, qui estime que le patrimoine immatériel est lésé par la vision « deux poids, deux mesures » du gouvernement.

     

    « Le patrimoine immatériel est présent dans la nouvelle politique, mais comme d’habitude dans la rhétorique et pas dans l’action, explicitait jeudi en entrevue téléphonique le directeur général du Conseil, Antoine Gauthier. Dans le discours, mais pas dans le geste. Seulement dans le symbolique. »

     

    Le Conseil, qui représente quelque 80 organismes oeuvrant en danse et en musique traditionnelles, en contes, en artisanats, dans les vieux métiers et consorts, a rendu public mercredi l’avis qu’il présentera le 5 septembre aux consultations sur le projet de politique culturelle. Étant donné ce prochain forum, Karl Filion, l’attaché de presse du ministre Luc Fortin, estime qu’il « est prématuré de critiquer une politique culturelle qui n’est pas adoptée et dont les consultations se poursuivent », surtout que le CQPV pourra d’ici là faire valoir son point de vue.

     

    Une aide qui s’effrite

     

    L’inclusion en 2011 du patrimoine immatériel dans la Loi sur le patrimoine laissait entendre que des actions viendraient appuyer cette première main tendue. Mais c’est plutôt le contraire qui se produit, selon le Conseil, qui voit l’aide au milieu s’effriter depuis. Ainsi, l’abolition du programme des organismes en patrimoine de portée nationale, le refus de la suggestion de consacrer une part du Plan culturel numérique aux archives audiovisuelles pour les traditions orales et le retrait des appels de projets nationaux sont vus comme autant de reculs, autant de fils à la patte. Ou encore, l’impossibilité de discuter de l’inclusion de la musique traditionnelle dans les conservatoires de musique — qui ne répondraient pas aux lettres. Les conservatoires, par la voix de la directrice des communications Geneviève Vouligny, ont confirmé que, si des échanges ont eu lieu avec le CQPV auparavant, il n’y en a pas eu « depuis la publication par le Conseil de leur plan d’action qui prévoyait un rôle spécifique pour le Conservatoire de musique ». Ce dernier est par ailleurs à pondre son plan stratégique, à la suite de la refonte de la loi qui le gouverne, et les visées des programmes d’études en musique y seront abordées.

     

    Un autre exemple ? La nouvelle mouture du Programme d’aide au fonctionnement pour les organismes de formation en art (PAFOFA) du ministère, si elle nomme le patrimoine immatériel, semble faite de « critères taillés sur mesure pour nous exclure, estime Antoine Gauthier. Je ne dis pas que c’est l’intention. Mais c’est le résultat. » Car pour être admissibles, les camps d’été doivent durer au moins quatre semaines, et les camps et écoles doivent être sis ailleurs qu’à Montréal ou à Québec. « Comment voulez-vous qu’on ait un camp d’été de quatre semaines quand ça fait 40 ans qu’on n’est pas soutenus ? De souches à oreille [ce camp d’immersion en arts de veillée traditionnelle], marche bien, mais ça dure une semaine. Et notre grosse école, à nous, c’est la Veillée », située à Montréal. La suggestion gouvernementale, selon M. Gauthier, était de rejoindre d’autres festivals, déjà existants, « qui sont souvent trop “bookés” pour nous faire de la place. Et ce serait eux qui recevraient l’argent. On veut pouvoir décider et gérer de manière autodéterminée », dit le directeur.

     

    Du côté du cabinet, on a tenu à rappeler que « les professionnels du [ministère de la Culture] et des [directions régionales] sont disponibles pour répondre aux questions du Conseil, si ce dernier souhaite adapter son offre pour atteindre les objectifs du programme. Contrairement à ce que prétend le CPVQ, a précisé Karl Filion, la fin de l’historicité du PAFOFA annoncée en mai permettra d’ajuster le financement des organismes de formation en arts selon des critères équitables et objectifs. C’est une excellente nouvelle pour le milieu. »

     

    Sept idées positives

     

    Le patrimoine immatériel a subi « un cumul de refus, d’exclusion, de détails, sans actions liées, qui fait qu’on se fait plomber de partout, avance Antoine Gauthier. On veut juste un traitement équitable : pouvoir partir sur la même ligne de départ que tout le monde, et pas dix pieds en arrière. »

     

    Le CQPV arrivera la semaine prochaine avec des propositions concrètes. « On n’a pas perdu le goût d’être partenaire. Là, on apporte sept idées positives pour le plan d’action en culture, qui pour nous auraient un impact majeur. » Des idées qui vont de la stratégie nationale pour le développement des pratiques jusqu’à l’instauration d’un système de maîtres des traditions orales — ce dernier projet, souligne le directeur général, ayant suscité un intérêt certain, déjà, chez les décideurs.

     

    Le patrimoine immatériel, selon le CQPV, est dans l’angle mort de la pensée gouvernementale culturelle. « Le système pose vraiment deux poids, deux mesures, avec ses encouragements pour le patrimoine bâti et pour les arts et cultures autochtones. On est d’accord avec ces encouragements-là. Mais pourquoi seulement là ? Ça envoie un drôle de signal. L’ensemble des Québécois a des traditions orales, artistiques, sportives qui ont cours depuis des générations et des générations. Comme si les cultures autochtones et non autochtones s’étaient toujours développées dans le temps de façon radicalement séparée. Aujourd’hui, il y a des autochtones et des immigrés qui participent à ces activités québécoises traditionnelles. Il faut défaire les silos ! » Sans quoi, croit-il, il y a un risque de tomber dans un « colonialisme version 2.0 dans lequel seul “l’autre” sauvegarde ses traditions orales et ses savoirs ancestraux, au bon plaisir touristique ou folklorique de la culture dominante. »













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