vendredi 10 février 2012 Dernière mise à jour 23h19
fermer

Connexion au Devoir.com

Mot de passe oublié?


Chercher

Inscrivez-vous (gratuit)
Mot de passe oublié?
Abonné papier? Connexion
S'abonner au Devoir
Publicité

Théâtre et création - Des acteurs, une histoire et un public

« Le nerf de la guerre, chez nous, ce n'est pas l'argent, c'est l'artistique »

Après 28 ans d'existence, le Théâtre de La Manufacture s'est vu distinguer comme candidat au Grand Prix du Conseil des arts de Montréal pour «une saison entière de créations exceptionnelles» [2002-2003]. Le prix a finalement été attribué à La La La Human Steps, mais Jean-Denis Leduc profite de l'occasion pour faire le point sur les activités de La Manufacture et de La Licorne, son lieu d'action privilégié depuis 1980.

Jean-Denis Leduc, cofondateur du collectif La Manufacture en 1975 et du théâtre La Licorne qu'il dirige toujours depuis 23 ans, est très heureux que la compagnie qu'il dirige ait retenu l'attention du jury du Grand Prix du Conseil des arts de Montréal: «Cela fait vraiment plaisir! C'est une belle reconnaissance publique pour notre saison 2002-2003 basée sur la création, et qui était le résultat d'un travail de plusieurs années. Nous sommes d'autant plus contents que cette nomination a plus de profondeur qu'une nomination à un Masque, par exemple, car elle porte sur toute une saison.»

Selon Leduc, l'honneur retombe autant sur ceux qui ont cofondé le collectif avec lui en 1975 [Christiane Raymond, Louise Gamache et Claude Maher] que sur tous les artistes et concepteurs qui ont contribué à cette saison exceptionnelle pendant laquelle La Manufacture proposait aux spectateurs Cheech (les hommes de Chrysler sont en ville) de François Létourneau, mis en scène par Frédéric Blanchette, La Société des loisirs de François Archambault, mis en scène par Michel Monty, et La Reine de beauté de Leenane de l'Irlandais Martin McDonagh, traduit par Fanny Britt et mis en scène par Martin Faucher, repris à la demande générale après sa création en français en 2001.

La Manufacture a connu plusieurs phases depuis sa fondation dans les années 1970, période favorable à l'émergence de petites troupes. «En 1980, nous nous sommes recentrés pour fonder La Licorne, car notre mission était devenue claire: nous voulions un lieu de création et un lieu de diffusion faisant une large place aux oeuvres québécoises.»

Des objectifs

«Notre objectif est de présenter un théâtre de création contemporain et majoritairement nord-américain. Le mandat s'est encore précisé il y a cinq ou six ans: nous visons un théâtre direct qui parle de ce qu'on est et des enjeux de la société moderne. Le point de vue humaniste nous importe et nous nous sentons concernés par la modernité. En tout temps, le texte et l'acteur demeurent très importants.»

Avec ses deux salles, la grande qui peut accueillir 150 spectateurs et la petite qui sert de hall les soirs de théâtre, mais qui peut accueillir 60 spectateurs et de petites productions les soirs où l'on ne joue pas dans la grande, La Licorne offre deux lieux qui favorisent une intimité entre les oeuvres et les spectateurs: «Cela commande une manière de faire du théâtre qui va à l'essentiel. On fait le choix de se placer au service des praticiens pour favoriser la communication avec le public en essayant, par exemple, de créer des mises en scène enveloppantes», explique Jean-Denis Leduc.

«À La Licorne, le quatrième mur est très mince, sinon absent. C'est devenu une force et cela a une incidence sur le genre de théâtre qu'on fait.» Il affirme se sentir proche de l'Europe anglophone, de l'Écosse et de l'Irlande en particulier, qui recherchent leur autonomie, comme le Québec. «Je veux que les spectateurs se sentent concernés. Le choix des acteurs est également primordial. Nous visons le théâtre à l'état pur: des acteurs, une histoire et un public.»

Un théâtre pour les moins de 35 ans

Ce public, Jean-Denis Leduc et ses collaborateurs ont su le développer; parmi les spectateurs qui fréquentent régulièrement La Licorne, 60 % ont grosso modo moins de 35 ans. Chaque production présente au moins 33 représentations. Au total: 250 à 300 représentations par année, plus les tournées partout au Québec. Pour la première fois, La Manufacture ira à Moncton, à Vancouver et à Limoges en 2004.

«Le meilleur développement de public, affirme le directeur artistique, c'est la personnalité d'un théâtre et ce qu'il présente aux gens. Il faut que les spectateurs puissent se reconnaître dans ce qu'ils voient.» Quant aux artistes: «Je crois qu'ils sont bien chez nous. Depuis trois ans, les productions de La Manufactures [Howie le Rookie, Gagarin Way, La Reine de beauté de Leenane, Cheech, etc.] connaissent une fréquentation qui atteint 100 %. La moyenne de l'ensemble de ce que nous présentons, en additionnant les productions maison, les oeuvres en accueil et les codiffusions, atteint 93 %, ce qui n'est pas mal du tout! Et cette fréquentation est en hausse cette année», constate-t-il. Cinquante pour cent des places étaient déjà louées une semaine avant la première de Cette fille-là, de Joan MacLeod [traduit par Olivier Choinière, produit par Le Théâtre du Grand Jour, et codiffusé avec La Manufacture] qui a pris l'affiche mardi dernier. De quoi être fier, en effet, car peu de théâtres métropolitains peuvent en dire autant.

La Licorne compte plus d'un millier d'abonnés et les autres spectateurs sont assez fidèles: «Plusieurs étudiants venus en groupe avec leur école reviennent individuellement par la suite. On voit aussi des baby-boomers. On a choisi de faire place aux artistes jeunes, et la présence assidue du public nous donne des ailes car elle correspond à une réponse: on ne s'est donc pas trompé!»

Des projets et des rêves

Le fait d'avoir deux salles constitue indéniablement une richesse. Mais le directeur artistique de La Manufacture et de La Licorne déplore que la petite salle ne soit pas indépendante de la grande: «On ne peut pas y donner de spectacles quand la grande est occupée. Elle sert beaucoup aux finissants ou aux très petites troupes. J'aimerais pouvoir offrir une programmation quotidienne; il nous faudrait un foyer plus grand pour accueillir le public.»

Jean-Denis Leduc voudrait rénover les lieux sans briser le cachet intime, en conservant les deux «boîtes noires»; des études préliminaires sont actuellement en cours. À long terme, il compte bien continuer à défendre la personnalité et la couleur de son théâtre, lesquelles se sont beaucoup définies au cours des deux dernières années. «Mais nous ne tenons rien pour acquis, et continuons à développer la dramaturgie avec nos auteurs: Olivier Choinière, Lise Vaillancourt, François Archambault, François Létourneau, Jean-Marc Dalpé, Pierre-Michel Tremblay, etc. J'organise avec eux des échéances de création plus que de production; cela m'importe davantage.»

Ateliers, consultation et concertation marquent les rapports de Jean-Denis Leduc avec les auteurs. Il favorise également un coaching continu entre les auteurs. À moyen terme, le directeur vise des spectacles pertinents, et de bonnes conditions de travail «qui permettent de travailler en liberté tout en gardant un esprit de famille avec nos metteurs en scène complices: Martin Faucher, Fernand Rainville, Michel Monty, Martine Beaulne, etc.». Avant tout, il est attentif à «faire respirer» le mandat artistique de La Licorne: «Je ne veux pas être pris dans un carcan et refaire toujours la même chose. Certaines années, notre saison est plus prudente, alors je vais chercher des choses plus osées, je développe des projets avec des gens. C'est cette part de risque qui fait que ça marche. Le nerf de la guerre, chez nous, ce n'est pas l'argent, c'est l'artistique.»

Jean-Denis Leduc aimerait que La Reine de beauté de Leenane ou Howie le Rookie, par exemple, soient jouées à Dublin en français, avec surtitres. Il souhaiterait aussi «développer l'international», faire un circuit de tournée des petites salles à travers le Québec et le Canada et, surtout, que les pièces soient jouées le plus longtemps possible. Un jour, il lui faudra un dauphin ou une dauphine; il commence à y songer: «Plusieurs changements s'en viennent; je veux les réussir naturellement pour que le nouveau directeur — ou la nouvelle directrice — puisse colorer le théâtre selon sa propre personnalité.»
 
 
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
 
 












CAPTCHA Image Générer un nouveau code

Envoyer
Fermer

Haut de la page
Cet article vous intéresse?

Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
ou Créer un profil
Cet article vous intéresse?
0 réaction
0 vote Voter
 
  • a Taille du texte -- ++
  • Imprimer
  • Envoyer
  • Commenter
  • Partager
  • Droits de reproduction
  • Voter
Recherche complète sur le même sujet


Publicité

Les blogues du devoir

Vos commentaires

m'inscrire
 
Recherche



Exemples de recherche :
Robert Sansfaçon
"directeur général des élections"

S'abonner au Devoir
Abonnez-vous au journal papier Le Devoir ou à la version Internet.
Publicité
Vous souhaitez annoncer dans Le Devoir, contactez le service de publicité.

En savoir plus
Stratégie Web et référencement par Adviso
Design Web par Egzakt
© Le Devoir 2002-2012