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    Tonnerre sur la marquise

    Il démarre ce jeudi, le 41e Festival des films du monde, en route jusqu’au 4 septembre. À force d’avoir prédit à tort la mort de ce rendez-vous de cinéma, on se tient coi.

     

    Son président, Serge Losique, tient du chat à neuf vies. Plus frêle d’une année à l’autre sous sa casquette, son rendez-vous plus bordélique, plus évanescent. Joueur de poker risquant son va-tout et sortant in fine un as de pique de sa manche, accroché à une vision passée et déterminé à en perpétuer le reflet. Toujours à la table. Ça laisse bouche bée.

     

    Le FFM appartient, dirait-on, au domaine de la fiction. Sa subsistance relève de l’impossible. Et hop ! Hop ! Hop !

     

    Sans subventions publiques depuis 2014, largué par le milieu du cinéma québécois, par ses derniers fidèles à l’équipe et par la plupart de ses commanditaires ; on a usé le cliché de la formule « contre vents et marées » jusqu’à la corde.

     

    L’édition 2016 avait été une pagaille : démission d’employés, cris de cinéastes mal accompagnés, grilles horaires chamboulées. Le festival tourne pourtant, comme la terre de Galilée. Incroyable résilience !

     

    Sa programmation se laisse découvrir au compte-gouttes sur le site. La compétition officielle et celle des premières oeuvres (avec plusieurs cinéastes des pays de l’Est et de la Chine) furent finalement annoncées, ainsi que la grille horaire, surgie en ligne. Serge Losique a révélé mercredi soir que l’actrice et productrice française Fanny Cottençon présiderait le jury aux côtés notamment du cinéaste québécois Roger Cantin. Quels invités s’y pointeront ? Et quel public ? Mystère ! On s’y aventurera.

     

    À minuit moins cinq

     

    Pas question de manquer Anna Karénine. L’histoire de Vronski de Karen Shakhnazarov en soirée, variation autour du roman de Tolstoï, par la bouche de l’amant, qui lance le bal. Ce cinéaste russe d’origine arménienne est un partisan de Vladimir Poutine, banni d’Ukraine pour avoir appuyé les positions du président en Ukraine et en Crimée. Reste à voir si le film est bon.

     

    Surtout, surtout : le coup d’envoi russe sera projeté dans le bel Impérial, joyau patrimonial de 1913, rue De Bleury, désormais rescapé du pire.

     

    Depuis le temps que Serge Losique l’hypothéquait par la voie d’une OSBL pour renflouer les coffres du FFM, sa saisie paraissait imminente. L’avis des 60 jours du prêteur principal était expiré, Hydro coupant le courant, on sentait l’haleine du Diable souffler sur sa marquise. Le milieu culturel paniquait avec raison. Ah !!!

     

    Il était moins cinq, comme disait Tintin.

     

    Coup de théâtre sous ses ors et ses fresques. Québecor a surgi inopinément, après avoir épongé près de cinq millions de dettes. Mardi après-midi, en point de presse expliquant le coup, ne manquait à Pierre Karl Péladeau que la cape et le grand chapeau de Zorro.

     

    On dira ce qu’on voudra de l’empire Québecor, ce rôle de mécène culturel, il le joue bien. Et tant mieux si son projet Élephant, qui restaure tant de classiques du cinéma québécois, trouve à l’Imperial un grand écran pour initier les jeunes à leur septième art national.

     

    Il ne s’agit pas d’un rachat par Québecor, plutôt d’une association. Le directeur du vieux palace, François Beaudry-Losique, fils de Serge, s’en tire d’autant mieux qu’il continue à l’opérer. Un dénouement inespéré pour sa pomme.

     

    Comme c’est là, les directeurs d’un événement ou l’autre osaient à peine louer sa salle, sous le couperet d’une éventuelle fermeture. Ce temple culturel était sous-utilisé depuis des lustres.

     

    Non seulement les ententes prévues à l’automne seront respectées, mais la programmation devrait se diversifier à travers les genres artistiques. Avec deux membres de Québecor au conseil d’administration de l’OSBL, manne financière aidant, ça devrait déboucher sur du mieux.

     

    La ville peut respirer, le ministère de la Culture aussi, qui n’avaient guère envie de racheter ce qui paraissait un éléphant blanc, tout en soupirant face à son sort.

     

    Enfin, l’Impérial, salle de prestige, pourra jouer son rôle au coeur du Quartier des spectacles : grosses premières au cinéma, au théâtre, en musique, mais aussi, on l’espère, mission éducative de profondeur. On peut toujours rêver…

     

    Ceci n’implique pas un refinancement du Festival des films du monde lui-même, à propos, du moins un coup de pouce pour régler ses affaires cessantes, comme le remboursement à Hydro-Québec et autres fournisseurs de services excédés.

     

    Mardi dernier, sorti de l’ombre devant le théâtre, un créancier minoritaire de l’Impérial, Yann Béliveau, de No Limit Loans, vint protester devant notre essaim de journalistes réfugiés sous la marquise pendant la microrafale. Il se disait lésé par Québecor, réclamait un montant, d’ailleurs assez minime, en négociation, nous dit-on de l’autre bord.

     

    N’empêche ! Après les refus de Serge Losique de parler de son FFM à deux jours de l’ouverture, cette parenthèse de bisbille et de gros bras sous pluie battante ajoutait au surréalisme de la journée. Le coup de tonnerre du sauvetage de l’Impérial résonnait toutefois plus fort que celui des cieux déchaînés.













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