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    Alexiane en orbite

    Ma soeur me parlait de la fille d’une de ses amies : « Elle est fantastique, Alexiane, et ça roule fort pour elle. »

     

    Voyons voir ! De fait, sa chanson techno pop A Million on My Soul, du film de Luc Besson Valerian and the City of a Thousand Planets, fait un malheur en France (numéro 1 sur les téléchargements pour une oeuvre tirée d’une bande sonore) avec de grosses percées en Asie et ailleurs.

     

    Ce n’est pas Despacito, tube universel de l’été, mais sa toune a reçu plus de 1,6 million de visiteurs sur YouTube. Un hit !

     

    Si le film de science-fiction de Besson au mégabudget français adapté d’une BD n’a pas tenu tous ses paris, la chanson pop électro d’Alexiane suit sa propre voie. Ses thèmes de solitude et de course contre la montre rejoignent la trajectoire de Valerian autant que la sienne. D’où la connivence de la belle chanteuse-compositrice avec ce film en mission interstellaire.

     

    Un premier morceau de musique lancé. Un premier vidéoclip, tourné avec une équipe de 50 personnes. Et paf ! Après un moment d’incrédulité, elle refuse de se monter la tête, m’assure se concentrer sur sa carrière future, au bout du fil à Los Angeles.

     

    Racines enchevêtrées

    Photo: Jesse Salto Alexiane, née à Montmagny, est Québécoise par sa mère et Franco-Sénégalaise par son père.

    Cette chanteuse-musicienne est issue d’une courtepointe d’influences, comme plusieurs artistes de l’arène internationale. On aborde beaucoup les profils identitaires ces temps-ci. Qu’en est-il d’une jeune génération de mixité chez nous comme ailleurs, élevée dans un pays, puis un autre, en chevauchement de cultures et en valse des langues ? Ces citoyens du monde ont un horizon planétaire et l’ambition décomplexée. L’anglais comme langue commune, vous me direz. Oui, mais pas uniquement.

     

    La terre, leur terrain de jeu, n’est pas qu’un charnier explosif, plutôt une source d’inspiration vitale. Cette impression d’être en porte-à-faux, jamais tout à fait d’ici ou de là-bas, à la fois étranger et chez soi partout, nourrit la fibre artistique d’un tas de créateurs.

     

    Alexiane, aux racines enchevêtrées, née à Montmagny, est Québécoise par sa mère, et Franco-Sénégalaise par un père négociant qui l’a fait rebondir sur la planète. Sa tante paternelle, Virginie Silla, est l’épouse et la productrice du cinéaste de Nikita. Luc Besson, qui partageait parfois leurs vacances baladeuses en tribu, est son oncle par la fesse gauche. La jeune fille lui avait déjà proposé une chanson pour son animation Arthur et les Minimoys, qui fut refusée. Il a retenu celle de Valerian, parmi d’autres offres alléchantes. Ça lui semble mérité : « On a tant travaillé. »

     

    Une enfance à Dakar jusqu’à huit ans et demi, une jeunesse au Québec entre 9 et 22 ans. Alexiane a fait des études en arts plastiques à l’école Lanaudière sur le Plateau Mont-Royal, puis à McGill, un bac en économie. En janvier 2016, elle déménageait ses pénates à Los Angeles pour étudier à la fois la production musicale et les affaires musicales. Son but : voler de ses propres ailes en faisant le lit de sa future carrière.

     

    « Ça n’a pas toujours été facile, dit la jeune femme,mais j’ai pris goût à m’adapter à différents environnements en m’imprégnant des cultures nationales. »

     

    Entre exploration et ancrage
     

    Photo: Jesse Salto Alexiane, née à Montmagny, est Québécoise par sa mère et Franco-Sénégalaise par son père.

    Avoir été Blanche à Dakar sans parler wolof, dans une école américaine, avait tout pour nourrir son sentiment d’altérité, sous bouillon de culture. Enfant unique, elle composait des chansons très tôt, avant de mixer intérieurement les airs de Céline, des Backstreet Boys et de Youssou N’Dour, connaissant par coeur les rythmes africains. Son journal, écrit chaque jour, lui tint longtemps lieu de confident et de patrie.

     

    Aujourd’hui, son producteur est un Français établi à Los Angeles. Elle travaille avec un ami et complice, Igor Kempeneers, mi-Belge, mi-Québécois, ayant roulé sa bosse partout : « On se retrouve dans un point du monde ou l’autre pour composer les paroles et la base instrumentale des chansons. » Les frontières, elle s’en rit un peu.

     

    « L’ouverture au monde m’apparaît plus positive que négative,déclare Alexiane,surtout pour les artistes. Et de saluer ces possibilités infinies de déborder de sa cour pour explorer le terrain mondial : “Il faut savoir écouter, se nourrir, donner aux autres.” »

     

    Montréal demeure son ancrage. Sa mère y vit. L’oiseau migrateur y revient sans cesse : « J’ai eu besoin de vivre au Québec pour sortir de ma timidité et me retrouver. À l’école Lanaudière, qui pousse l’enseignement des arts sur le Plateau Mont-Royal, j’ai pris confiance en moi. Différente, soit, mais à travers la troupe de théâtre, le chant dans la chorale, la pratique des arts plastiques, j’ai pu pénétrer l’air du temps. Le Québec m’a aidée à m’exprimer librement. Ça passe aussi par l’art, l’affirmation de soi. »

     

    Depuis un mois, Alexiane est en tournée promotionnelle à travers les continents pour Valerian, bientôt de la délégation pour la première du film en Chine.

     

    La promo retarde la production de son album Into the Sun, cher à son coeur, mais que voulez-vous, celui-ci contiendra au moins une chanson en français, langue qu’elle refuse de laisser tomber. « Mon style est imbibé de plusieurs cultures et peine à se caser quelque part. Il y aura sur cet album des rythmes africains, des instruments venus de pays différents, un côté expérimental. Un mélange d’un paquet d’affaires. »

     

    Au premier feu : sa chanson Safe Haven, dont elle vient de tourner le vidéoclip en Normandie, devrait sortir sous peu. Ce plateau était moins sophistiqué que celui de A Million on My Soul, mais avec un même réalisateur à sa barre et un résultat qui l’enchante. « C’est une chanson très soul, qui parle d’une maladie dont je souffre depuis l’âge de trois mois ; un eczéma sévère. Caché dans le premier clip, on le verra à l’image. Il y est question de guérison, car mon exutoire, c’est vraiment la musique… »

     

    Je l’ai quittée en songeant qu’il est aussi important d’avoir des artistes en orbite planétaire qu’ancrés dans leur sol. Les uns et les autres propulsés en boulets de canon dans la suite du monde.













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