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    Siroter ses classiques par les soirs bleus d’été

    Bien sûr, la nostalgie de l’Outremont du bon vieux temps, celui des années 1970 et 1980, alors que Roland Smith offrait dans le temple de la rue Bernard sa panoplie de bons films aux fidèles cinéphiles, opéra pour créer l’événement.

     

    Riche idée qu’a eue Raymond Cloutier, à la barre du théâtre, de remettre au pionnier les rênes d’une programmation en août. « Les films de ma vie », ce sont 47 classiques à enfiler jusqu’au 3 septembre, du Voleur de bicyclette de Vittorio De Sica à Orange mécanique de Stanley Kubrick.

     

    L’événement, dynamique et bien médiatisé, aurait quand même pu faire chou blanc. Point du tout !

     

    Depuis le 3 août, ça cartonne. Mille billets vendus à l’avance. En cinq jours, plus de 2500 spectateurs s’y sont rués, issus du chic voisinage ou pas. Le besoin est là.

     

    Et gageons qu’Ascenseur pour l’échafaud de Louis Malle et Jules et Jim de François Truffaut, chefs-d’oeuvre et écrins d’or pour la regrettée Jeanne Moreau, ne seront pas les plus boudés du cycle…

     

    « On est dans notre première semaine et les gens me disent déjà : “Il faut que ça continue…” », s’exclame Roland Smith autour d’un café. Même qu’il mijote en ce moment, avec Raymond Cloutier, un cycle pour le temps des Fêtes sur Jeanne Moreau, la grande actrice à la voix grave, dont la planète cinéphile s’ennuie déjà.

     

    À l’Outremont, parmi les baby-boomers, des têtes plus jeunes, mais pas tant que ça. « Dix pour cent de moins de 50 ans », soupire le doyen éclairé des programmateurs de cinéma de répertoire en nos terres. Il espère que le succès de l’opération incitera les chaînes de télévision à reprogrammer des grandes oeuvres. Même Télé-Québec en montre de moins en moins, et dans des versions doublées plutôt que sous-titrées. Ça l’irrite.

     

    Roland Smith, qui vend aussi des films aux bibliothèques, s’est fait demander par une acheteuse : « Un zoo la nuit, c’est un film de qui ? » Cette aventure est née du désir de redonner la mémoire à une société d’amnésie.

     

    À la Cinémathèque, sur pellicule…

     

    L’Outremont n’est pas tout seul à servir des chefs-d’oeuvre en ration d’été. Depuis début juillet, la Cinémathèque québécoise orchestre son propre cycle, intitulé 20 x 5. Cent films de vingt maîtres du 7e art : Renoir, Tavernier, Forman, Buñuel, Fellini et compagnie. D’ici la fin du mois d’août, des oeuvres phares de Polanski, de Chaplin, de Von Trier, de Ford, de Truffaut, de Jutra, d’Altman s’y relaieront. Riche programme !

     

    Alors qu’à l’Outremont les films sont projetés en format DCP, la Cinémathèque québécoise présente ses classiques sur la précieuse pellicule originale. Au fait, l’Outremont prévoit de s’équiper d’un second projecteur pour en faire autant, au besoin. Le 35 mm n’a pas dit son dernier mot.

     

    La Cinémathèque a connu ses crises existentielles, mais sa salle principale se garnit au cours des cycles estivaux, avec occupation du tiers cette fois, dont 25 % de jeunes à ce qu’on me dit. « Les Fellini, les Kobayashi, les oeuvres phares de la Nouvelle Vague sont particulièrement prisés », assure Marcel Jean, directeur de l’institution.

     

    Toute une mission éducative doit s’accomplir en amont des projections. Il collabore déjà avec Médiafilm pour le programme CinÉcole, rêve d’organiser d’autres rencontres scolaires, « en allant chercher ces jeunes un par un »… L’argent manque pour investir dans l’avenir, et c’est terrible.

     

    « Il y a moins de cinéphilie qu’avant, se désole Marcel Jean. Les thèmes des films priment souvent leur valeur cinéphilique ou leur rareté. Le cinéma qui avait le grand monopole de l’évasion dans l’imaginaire a de la concurrence. » Et pas qu’un peu…

     

    Multiplier les supports

     

    Rien ne vaut la projection sur grand écran, bien sûr, mais encore faut-il pouvoir se libérer quand le film chéri y prend un soir l’affiche.

     

    Veut, veut pas, les classiques du cinéma gagnent à circuler sur divers supports, histoire d’initier un nouveau public à des grammaires filmiques non hollywoodiennes.

     

    Au Québec, la culture de fond s’efface de la sphère sociale, au cinéma comme ailleurs. Il est plus facile toutefois de trouver des classiques de la littérature, réédités en format poche, des oeuvres musicales médiévales ou d’autres trésors de diverses disciplines artistiques que de mettre la main sur plusieurs grands films en DVD. Il y a bien l’onéreuse collection Criterion…

     

    La Boîte noire a fermé ses portes, la télé abdique son rôle de mémorialiste. En ligne, règne Netflix, aux titres limités, ici la chaîne câblée Illico pour les oeuvres québécoises restaurées. Certains se rabattent sur YouTube afin de revoir sur un écran timbre-poste l’ombre d’un chef-d’oeuvre évanoui. Tôt ou tard, des questions d’ayants droit introuvables ou butés, de chasses gardées et d’autres obstacles socioéconomiques rendent introuvable l’oeuvre fétiche.

     

    De quoi sauter sur l’occasion qui passe. Au grand écran, deux cycles de classiques du 7e art roulent à Montréal, entre trois bruyants festivals et quatre barbecues enfumés. Ça fait des cinéphiles heureux d’y faire aussi bombance les soirs d’été.













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