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    Montréal se raconte sur cartes postales

    En janvier, BAnQ a fait l’acquisition de l’importante collection Monette

    Bibliothèque et Archives nationales du Québec possède 7000 cartes postales consacrées entièrement à Montréal, datant de la fin du XIXe siècle jusqu’aux années 1960.
    Photo: Guillaume Levasseur Le Devoir Bibliothèque et Archives nationales du Québec possède 7000 cartes postales consacrées entièrement à Montréal, datant de la fin du XIXe siècle jusqu’aux années 1960.

    Il fut un temps où la carte postale était un moyen de communication accessible à tous qu’on utilisait au quotidien. Que ce soit pour annoncer sa visite, pour déclarer (discrètement) son amour, pour donner de ses nouvelles, toute occasion était bonne pour s’envoyer des cartes postales.

    « Tout le monde s’envoyait des cartes postales pour tout et pour n’importe quoi », explique Alban Berson, cartothécaire à Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ).

     

    « En 1904-1905, à Montréal, ça coûtait une cenne. Même les foyers relativement modestes pouvaient se permettre d’en acheter. C’était très accessible, et c’est pour ça qu’il y en a autant. Aujourd’hui, les gens ne s’envoient presque plus de cartes postales. Donc, les plus contemporaines, on les reçoit par l’entremise du dépôt légal et, pour les plus anciennes, on a recours aux collections. »

    Photo: Guillaume Levasseur Le Devoir Confiée aux soins du cartothécaire Alban Berson, la collection de cartes postales de Bibliothèque et Archives nationales du Québec compte quelque 55 000 pièces.

    N’ayant pas les moyens d’embaucher du personnel pour chiner des cartes postales à longueur d’année, BAnQ est heureuse de pouvoir compter sur des collectionneurs comme Pierre Monette. Ayant découvert le marché aux puces du Vieux-Port de la métropole, ce passionné de Montréal commence à collectionner des cartes postales vers la fin des années 1980. En janvier 2017, alors que Montréal s’apprête à célébrer son 375e anniversaire, BAnQ fait l’acquisition de son imposante collection, laquelle comporte 7000 cartes postales consacrées entièrement à Montréal, datant de la fin du XIXe siècle jusqu’aux années 1960.

     

    En quinze ans, il s’agit de l’une des plus importantes acquisitions pour BAnQ, dont la collection atteint maintenant 55 000 cartes postales. « Ce qui rend la collection Monette si importante et si unique, c’est qu’il y a beaucoup d’exemplaires uniques. Par exemple, il y a une carte postale du maire Médéric Martin, en uniforme de pompier, sur les lieux de l’incendie de l’hôtel de ville, le 3 mars 1922 ; il s’agit du seul exemplaire connu. La collection Monette a un aspect qualitatif unique », raconte avec enthousiasme Alban Berson.

     

    « On considère que l’âge d’or de la carte postale, c’est de 1905 à 1918, mais ce sont des notions un peu européennes. Dans la mesure où la carte postale était quand même un peu plus rare, on peut considérer que les années 1920 font encore partie de l’âge d’or de la carte postale au Québec », ajoute-t-il.

    Photo: Guillaume Levasseur Le Devoir Cette carte postale illustre l’intérieur d’un salon de barbier.

    Faits divers

     

    Parmi les joyaux de la collection Monette, M. Berson montre fièrement une carte postale représentant l’intérieur d’un salon de barbier en plein hiver, celui d’un dénommé Joseph Ruel, qui envoie à la fois ses voeux du temps des Fêtes à sa famille et une preuve de sa prospérité. Dans le coin gauche, on aperçoit un client vêtu d’un épais manteau de fourrure ; dans le coin droit, une inscription souhaitant « Merry X Mas ».

    « Ce qui est particulièrement intéressant dans la collection Monette, ce sont les commerces. Par exemple, sur l’une des cartes, il y a la photo d’un commerce de chaussures dont je ne connais pas d’autre exemplaire. On voit bien que c’est à Montréal, à Ville Saint-Louis, parce que l’affichage est bilingue. On y voit aussi cette publicité :“Les meilleures claques portent ces marques.” »

     

    Ce qui était très commun à l’époque, c’était la carte postale en photographie véritable. Ainsi, on pouvait faire développer en format carte postale des photographies de sa famille (les rares photos où l’on voit des femmes), de sa nouvelle maison, de son nouveau commerce, et en faire tirer plusieurs exemplaires.

    Photo: Guillaume Levasseur Le Devoir Sur cette carte, on voit un tour de force du grand Antonio.

    Comme le rappelle Alban Berson, la carte postale pouvait parfois être la seule photographie qu’une famille avait d’elle, d’où l’intérêt et l’envie de la partager avec les amis et les autres membres de la famille. « La légalisation du format carte postale privée au Canada, c’est 1897. Il y a plusieurs intérêts patrimoniaux dans ces images ; l’un d’eux, c’est que souvent ces cartes postales représentent un édifice, une personne, un phénomène montréalais dont c’est la seule image qu’on possède », souligne-t-il.

    Si les cartes postales témoignent du quotidien des Montréalais à travers les siècles, elles témoignent aussi de leurs goûts et de leurs intérêts. Si les temps et les moeurs changent, à l’époque on s’intéressait déjà à la météo et aux faits divers.

     

    « Les catastrophes en général sont un grand sujet de cartes postales : le naufrage de l’Empress of Ireland en 1914, l’incendie de l’hôtel de ville, les églises qui brûlaient souvent à cause des cierges, la neige abondante. Il y a des sujets plus étonnants qui peuvent nous paraître sinistres, mais il faut se remettre dans le contexte où il n’y avait pas la télé et peu d’accès au cinéma. Par exemple, il y a une carte où l’on voit le pavillon des incurables dans un hôpital pour enfants. C’était une information comme une autre que les gens s’échangeaient. La carte postale était le vecteur privilégié de ces échanges. »

     

    Accessibles à tous

    Photo: Guillaume Levasseur Le Devoir Ce qui était très commun à l’époque, c’était la carte postale en photographie véritable.

    Ce que peu de gens savent, c’est que l’on peut se rendre à l’édifice de BAnQ Rosemont–La Petite-Patrie pour consulter les cartes postales — avec des gants, bien entendu — afin d’y admirer ces images ou y découvrir d’amusants messages, comme celui d’un débiteur à son créancier voulant le plumer : « Hé monsieur, un homme n’est pas un poulet. »

     

    Grâce à l’application Historypin qui permet d’apposer une image ancienne sur Google Street View, on peut faire revivre le Montréal d’autrefois. Quant aux cartes postales de la collection Monette, plusieurs ont déjà été numérisées et sont disponibles sur le site de BAnQ. Alban Berson estime que d’ici deux ans la collection sera prête.
     

     

     













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