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    Fragments des années 1970

    Puisqu’un tas d’institutions nous font voyager cet été au coeur des années 1960, du Musée des beaux-arts de Montréal au McCord en passant par le Musée d’art contemporain — cinquantenaire des années fleurs et d’Expo 67 oblige —, autant continuer sur cette belle lancée…

     

    Plonger dans la décennie 1970, quoi d’autre ? Digne rejeton de la précédente décennie et aussi folle qu’elle, mais mieux organisée. Occasion est offerte aux générations montantes d’explorer ces temps idéalistes avec un oeil d’archéologue.

     

    — Ça fumait quoi, tout ce beau monde ?

     

    — Du bon.

     

    40 ans de la Fête nationale

     

    En tout cas, c’est en 1977, il y a 40 ans, que le 24 juin, au solstice d’été, fut proclamé par René Lévesque Fête nationale du Québec. C’était celle des Canadiens français depuis 1834, mais les temps changeaient… La fleur de lys se portait au chapeau sur cheveux longs. Des ardeurs souverainistes montaient comme une sève.

     

    Les vieux vocables ont la vie dure… Encore aujourd’hui, on persiste, entre nous, à parler de la Saint-Jean. Pourtant…

     

    Loin derrière, la fête religieuse de saint Jean-Baptiste avec son défilé. De mémoire, Robert Charlebois avouait avoir jadis, en enfant frisé vêtu d’une peau d’agneau, représenté le cousin de Jésus sur un char allégorique, aux côtés du mouton consacré.

     

    En 1968, la procession se transforma en foire d’empoigne entre nationalistes et fédéralistes, sous projectiles et invectives lancés à un Pierre Elliott Trudeau imperturbable. L’année suivante : nouvelles émeutes. La statue de saint Jean-Baptiste adulte (qui remplaçait depuis quatre ans le vrai petit garçon frisé) fut même décapitée par des mains profanatrices. Une tête de plâtre disparue à jamais.

     

    Les années 1970 se préparaient à changer les couleurs des célébrations au profit de festivités à saveur politique.

     

    Gilles Vigneault n’y a-t-il pas pour la première fois, en 1975, chanté Gens du pays, hymne officieux du Québec ? Le cru 1976, d’abord sur les plaines d’Abraham puis sur les flancs du mont Royal, allait devenir un millésime. Charlebois, qui avait abandonné sa peau d’agneau depuis belle lurette, s’y produisait aux côtés de Vigneault, de Léveillée, de Deschamps, de Ferland en un feu d’artifice musical et patriotique, dont on cause encore dans les veillées. Those were the days…

     

    Dans le gai Montréal

     

    Tout est question de milieu, et pas seulement d’époque, songe-t-on devant Demain matin, Montréal m’attend, comédie musicale de Michel Tremblay créée à Terre des hommes en 1970, adaptée cette fois par René-Richard Cyr au TNM, sous l’égide des FrancoFolies. On y a couru.

     

    Ses personnages les plus complexes émergent de la communauté gaie, qui commençait à afficher sa différence en pleins clubs de variétés dans un centre-ville de néons et d’illusions.

     

    Ainsi Benoît McGinnis résonne-t-il en écho d’ironie grinçante en clone du journaliste à potins Michel Girouard, venin et petit caniche compris. Chapeau aussi à Laurent Paquin en duchesse de Langeais, seule figure du lot à arracher son masque. L’acteur humoriste, sur les traces de Claude Gai, inoubliable premier interprète du rôle, rend si bien sa fragilité balbutiante.

     

    Cette duchesse-là, le travesti Édouard, inspiré sarcastiquement d’une aristocrate balzacienne, s’inscrit dans l’oeuvre de Tremblay comme un pivot de sa propre Comédie humaine. Tragique, résiliente, poétique et touchante, cette grande folle de cabaret, qui se fantasme glorieuse et que Montréal n’attend plus.

     

    N’empêche. Le petit monde chantant de Tremblay nous paraît soudain bien cruel, avec ses ambitions aveugles et l’avalanche de ses coups bas.

     

    Cette adaptation ne passera pas à l’histoire pour ses décors de projections vidéo, davantage pour le jeu des comédiens. Aussi parce que chaque époque se projette différemment sur une comédie musicale, dont la dureté s’approprie cette fois le cynisme du nouveau millénaire. Les années 1970 ne sont pas vraiment un paradis perdu.

     

    Quelque chose de pourri…

     

    Il y a quelque chose de pourri au royaume du Danemark, assurait Shakespeare. De fait, quand les grands idéaux se heurtent aux sentiments et aux intérêts privés, la partie se morpionne, d’une époque à l’autre.

     

    Prenez le film La communauté du Danois Thomas Vinterberg (adapté de sa propre pièce), qui prendra l’affiche chez nous la semaine prochaine. Cinéaste de Festen (un des meilleurs films sous bannière Dogma), Vinterberg a vécu son âge tendre, de 7 à 19 ans, dans une commune des années 1970, auprès de parents universitaires recyclés dans le collectivisme.

     

    Cette commune près de Copenhague voit ses utopies tourner en marmelade après que le leader du groupe se fut entiché d’une jeune étudiante, en sacrifiant son épouse aimante (exceptionnelle Trine Dyrholm, primée pour le rôle à la Berlinale 2016).

     

    Commune danoise ou commune québécoise, c’est bonnet blanc et blanc bonnet, diront ceux qui virent le rêve d’harmonie collective tourner au vinaigre ici comme là-bas. Avec un sourire, j’espère. Que vaudrait la nostalgie sans une dose d’humour pour diluer les couleurs criardes dont on l’enduit ?













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