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    Financement culturel

    #JeSoutiensBAnQ: les coupes ne sont pas sans impact

    Des professionnels des bibliothèques interpellent le premier ministre

    Le gouvernement, estiment les cosignataires, semble vouloir passer la facture des bibliothèques aux municipalités.
    Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Le gouvernement, estiment les cosignataires, semble vouloir passer la facture des bibliothèques aux municipalités.

    Le mot-clic #JeSoutiensBAnQ roule discrètement et continuellement depuis la réorganisation administrative de Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ), annoncée le 6 juin en même temps que l’abolition de 29 postes permanents et de la fin avant terme de 11 postes occasionnels. Aujourd’hui, 169 professionnels des biblios interpellent le premier ministre Philippe Couillard par une lettre ouverte envoyée au Devoir, nommant les impacts prévisibles de ces coupes et soulignant dans l’élan les gestes contradictoires que semble poser son ministre de la Culture, Luc Fortin, pour les bibliothèques.

     

    La lettre rappelle que le 19 octobre dernier, la Déclaration des bibliothèques québécoises a été déposée par le ministre de la Culture à l’Assemblée nationale. Un geste qui semble aux yeux des gens de biblios de plus en plus seulement symbolique, « posé à la légère, voire hypocritement, tant il apparaît incohérent avec cette nouvelle mesure d’austérité qui aura un impact qui se fera sentir dans la plupart des services au public de BAnQ ».

     

    C’est le retrait, au dernier budget provincial, de 855 600 $ de la subvention accordée à l’organisme ainsi que « l’augmentation des coûts de système » qui oblige, selon BAnQ, cette compression de la masse salariale de 2,4 millions. Trois postes de cadres ont également été abolis dans la foulée.

     

    Mais c’est l’impact que ces coupes risquent d’avoir, estimé à travers le regard de ces professionnels — ils sont archivistes, chercheurs, bibliothécaires, techniciens en documentation, médiathécaires, spécialistes en sciences de l’information, etc. —, qui fait la particularité de cette lettre. Leurs craintes touchent quatre secteurs.

     

    La numérisation et la diffusion des archives. Objectif important si l’on estime que BAnQ doit rayonner sur tout le territoire. L’idée était en 2014 un des fers de lance de la présidente-directrice générale, Christiane Barbe, qui vient de quitter son poste (un intérim est en place depuis fin avril). « Je rêve d’une BAnQ numérique, d’une grande cathédrale du savoir numérique, comme Gallica [la bibliothèque numérique de la Bibliothèque nationale de France], mais en plus avancée », imaginait alors Mme Barbe. Désormais, estiment les auteurs derrière #JeSoutiensBAnQ, « même s’il reste une équipe en place, des projets, par exemple, qui ont permis de rendre Le Devoir disponible en ligne, ne seraient plus possibles dans les conditions actuelles. Le Devoir a été numérisé par l’équipe de la numérisation, qui a été amputée. »

     

    L’inclusion sociale et l’éducation. De nombreux postes ont été abolis à la Direction de l’éducation et de la programmation, secteur responsable des relations avec la communauté, les milieux scolaires, les camps d’été. « Ce sont précisément des services qui caractérisent le rôle social des bibliothèques d’aujourd’hui et que l’on bride ici », peut-on lire encore.

     

    L’accueil, la qualité de service et les conditions de travail. « Une diminution directe de la qualité du service est à prévoir avec moins de remplacements des employés absents, un encadrement et des périodes de formation initiale et continue des employés réduits à la limite […]. L’ambiance générale et la qualité de l’accueil et du service ne peuvent qu’en être détériorées. » Geneviève Rossier, directrice des communications à BAnQ, a confirmé au Devoir que le remplacement quotidien des employés malades ou absents fait déjà partie des moyens d’économie mis en place. Comme le fait de diminuer au possible les appels aux surnuméraires récemment embauchés (9 depuis décembre 2016) afin qu’ils effectuent des remplacements.

     

    Le soutien aux bibliothèques québécoises. « BAnQ est le vaisseau amiral, pour reprendre l’expression de Lise Bissonnette [maître d’oeuvre de la construction de la Grande Bibliothèque et ex-p.-d.g. de BAnQ], de toutes les bibliothèques au Québec. Quand on l’affaiblit, on les affaiblit toutes. La surcharge qui sera requise du personnel ne laissera plus de place pour l’innovation. »

     

    À la charge des municipalités

     

    Le gouvernement, estiment les cosignataires, semble vouloir passer la facture des bibliothèques aux municipalités. Le 16 août dernier, rappellent-ils, le maire de Montréal, Denis Coderre, bonifiait l’entente pour le fonctionnement de BAnQ. De 2012 à 2015, la contribution annuelle de la Ville était de 7 millions. Depuis 2016, elle est de plus de 11,4 millions, jusqu’en 2020. Le but ? « Consolider le statut de la Grande Bibliothèque à titre de bibliothèque centrale de la ville et permettre notamment l’ouverture de la Grande Bibliothèque les vendredis soir », a explicité la relationniste du service des communications de la Ville, Linda Boutin.

     

    « Est-ce que la Ville de Montréal compense et fait les frais du désengagement de Québec ? » questionne la lettre ouverte. « Quels seront les impacts pour la population montréalaise dès lors qu’une bonification des services locaux a été annoncée ? »

     

    « S’en souvient-il ? » demande ailleurs la missive, le premier ministre a « dit que BAnQ est devenue “une institution clé de notre mémoire collective” » et « un écrin exceptionnel du savoir, un lieu d’ancrage dans la population lectrice et même une deuxième maison pour la plupart ». En dépit de cette fierté, « il se déleste de cette responsabilité qui lui incombe de prendre soin de cette maison ». Le gouvernement, estiment les signataires, pourrait prendre exemple sur celui des libéraux ontariens, revenu sur sa décision, en mai dernier, de couper la subvention à la bibliothèque publique de Toronto.


    Les amis de BAnQ Les Amis de Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ), association indépendante de cette dernière, ont été des premiers à réagir aux récentes coupes. « Encore une fois, on coupe à BAnQ, notre plus belle institution, notre fierté nationale, au nom de quoi ? Au nom de “l’effort collectif” demandé par le gouvernement afin de maintenir l’équilibre budgétaire. Cet effort collectif avait déjà été demandé en 2015. Pourquoi recommencer la valse de la restriction alors que notre gouvernement, fier de son surplus, promet de redonner en éducation et à la santé et fait les manchettes pour financer différents groupes essoufflés par les coupes radicales des dernières années », écrivait la présidente Josée Schryer au Devoir. « La vie de cet espace magnifique qu’est BAnQ, c’est […] surtout l’énergie, la créativité et l’enthousiasme des personnes qui l’animent et la font vivre. C’est dans cette effervescence qu’on coupe et c’est terriblement regrettable. C’est pourquoi les Amis de BAnQ, association sans but lucratif comptant plus de 300 membres qui travaillent à faire rayonner BAnQ et à soutenir sa mission éducative, lancent donc d’une même voix : les coupes, c’est assez ! »












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