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    Un gala qui nous ressemble…

    J’ai regardé dimanche soir, à mon retour de France, le Gala Québec Cinéma. À saluer : la drôlerie des animatrices Guylaine Tremblay et Édith Cochrane et leur ironie quant au bannissement du nom Jutra à la fête du 7e art, sous couvert de n’y pas toucher…

     

    Reste le hic d’une cérémonie reportée en juin, après le Festival de Cannes. Les feuilles aux arbres nous crient que 2016 et ses films appartiennent au lointain passé, hélas !

     

    Des oeuvres que le grand public n’aura pas vues, pour la plupart. Le vrai drame est là, lié à tant de facteurs qui donnent le vertige : une cinéphilie en peau de chagrin, moins de cinémas, un désir de divertissement du grand public avec réticence à se farcir les malheurs de personnages qui lui ressemblent. Ajoutez un temps de concentration mentale modifié par l’usage des nouvelles technologies. Des oeuvres de lenteur, sublimes ou pas, peuvent désormais sembler interminables.

     

    Notre petit monde cinématographique a beau se remettre en question. Les effets de la mondialisation transcendent ses mea culpa. Même à Cannes, la sélection officielle cherchait ses marques, alors ici…

     

    Grognements et ajustements

     

    N’empêche que le nouveau Gala, suivi par 580 000 spectateurs quand même, suscite aussi de la grogne. Ségolène Roederer, à la tête de Québec Cinéma, déclare avoir peur qu’à force de se faire cogner dessus notre fête du septième art en meure. Elle s’inquiète avant tout du manque de rayonnement qu’eurent les films de la course en salle. Que faire ? Comment les mettre en valeur ?

     

    Le gala peut donner envie aux Québécois de voir ces films sur d’autres plateformes que le grand écran, lui répond-on. De fait, les temps ont changé.

     

    On entend des voix contester l’existence de deux galas : celui du jeudi consacré aux artisans, terme jugé par certains péjoratif, quand les artistes proclamés brillent en pleine lumière au gala dominical. Davantage de lauriers sont décernés en 2017 aux techniciens, par scissiparité de cérémonies, froissant par la bande les lauréats de l’ombre.

     

    Ségolène Roederer demande : « Les gens préfèrent-ils que ces prix soient remis hors d’ondes comme avant ? »

     

    André Turpin, lauréat de l’Iris de la meilleure direction photo pour Juste la fin du monde, affirme ne s’être jamais considéré comme un artiste de toute façon, mais saisit le malaise des deux castes aux galas détachés. La télé impose ses lois et son temps d’antenne. Il le comprend de concert.

     

    À ses yeux, un petit gala d’une heure, de style underground, précédant la cérémonie principale, puis un montage écourté avec techniciens primés, pourrait résoudre quelques problèmes.

     

    Des ajustements sont souhaités et parfois à bon droit. Comme le souligne le producteur Roger Frappier, il est impensable que la personnalité couronnée de l’Iris hommage — cette fois la productrice Lyse Lafontaine — ait dû récolter sa statuette au gala des artisans plutôt qu’à la cérémonie principale.

     

    « Bien des moments touchants des anciens galas nous venaient des personnes célébrées. » Et comment oublier l’émotion du cinéaste André Melançon, affaibli par la maladie, recevant ce qui s’appelait encore un Jutra hommage en 2015 ? De Michel Côté à Micheline Lanctôt, de François Dompierre à René Malo, plusieurs auront été de puissantes sources d’inspiration collective sur cette tribune. Allez, on milite pour le retour de la personnalité du cru sur son trône d’honneur, sans prétendre résoudre la quadrature du cercle quant au reste…

     

    Pure laine

     

    Frappant également au gala dominical — miroir des angoisses collectives face à l’état du monde — ce besoin de garder ses rangs serrés à la récolte des trophées.

     

    Les Québécois dont les noms avaient brillé à l’étranger — Xavier Dolan primé à Cannes et aux César avec Juste la fin du monde, Gabriel Arcand en nomination aux César pour son rôle dans Le fils de Jean, Theodore Ushev en nomination aux Oscar pour son court métrage d’animation Vaysha l’aveugle — semblaient assurés de sortir gagnants (à tort ou à raison) dans leur propre cour.

     

    Entre les lignes, on saisit que les autochtones, si longtemps honnis, sont désormais considérés (tant mieux !) comme des Québécois à part entière. Ainsi Rykko Bellemare, l’acteur musicien atikamekw d’Avant les rues de Chloé Leriche, pouvait remporter le trophée de la révélation de l’année sans barbouiller le portrait de famille.

     

    Pas les étrangers ; ni la prestigieuse cohorte française de Juste la fin du monde ni les acteurs américains ou canadiens-anglais du Two Lovers and a Bear de Kim Nguyen. Le cinéaste d’origine algérienne Bachir Bensaddek pour Montréal la blanche comme son actrice Karina Aktouf avaient-ils la moindre chance de se démarquer ?

     

    Tandis que la planète cinéma accueille des Québécois, la réciproque n’est pas vraie.

     

    Ça peut prendre des lunes avant qu’on se sente assez fort pour couronner « l’autre ». Surtout sous pareil climat d’inquiétude planétaire. Ces réflexes d’autoprotection, Obama n’avait guère besoin de nous les rappeler mardi dans son discours. La position de repli ne touche pas que les États-Unis…













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