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    Nicole LeBlanc, libre jusqu’au bout

    L’inoubliable interprète de Rose-Anna souffrait d’un cancer des os

    25 mai 2017 | Manon Dumais - Collaboratrice | Actualités culturelles
    Nicole LeBlanc lors de son passage à l’émission «Viens voir les comédiens», en 2006
    Photo: Artv Nicole LeBlanc lors de son passage à l’émission «Viens voir les comédiens», en 2006

    La comédienne Nicole LeBlanc est décédée mardi soir, entourée des siens, des suites d’un cancer des os. Née à Maria, Gaspésie, en 1941, l’actrice a marqué l’imaginaire du public québécois par son jeu authentique et ses personnages de femmes fortes, parmi lesquels Fifine dans Rue des pignons de Louis Morisset et Mia Riddez (1966-1977), Rose-Anna dans Le temps d’une paix (1980-1986) et Bella dans Cormoran (1990-1993), deux téléromans de Pierre Gauvreau, ainsi que Pamela dans 4 et demi… de Sylvie Poirier et Pierre Lussier (1994-2001).

     

    Lorsque Nicole LeBlanc quitte sa Gaspésie natale pour tenter sa chance à Montréal, elle est recalée aux auditions du Conservatoire de théâtre en raison de son accent. Elle réussit tout de même à se faire accepter à l’École nationale de théâtre.

     

    « À l’époque, on disait que vous aviez un petit défaut, mais qu’au bout de trois ans, on l’aurait corrigé. Je le souligne parce que le premier spectacle qu’on a fait, Les enfants de Chénier dans un autre grand spectacle d’adieu (1969), avec d’anciens étudiants de l’École nationale, c’était une revendication du contraire, c’est-à-dire de pouvoir parler québécois avec une respiration québécoise », rappelle Jean-Claude Germain, avec qui elle a fondé le Théâtre du Même Nom en 1969 — pied de nez à une institution bien connue.

    Photo: Sans source La distribution de «La Charlotte électrique» — une pièce de théâtre créée par Jean-Claude Germain, ex-compagnon de vie de Nicole LeBlanc et père de ses enfants —, croquée en 1973 devant la Place des Arts.
     

    « Nicole avait ce plaisir de jouer, poursuit M. Germain. Chaque fois qu’elle jouait, elle donnait l’impression qu’elle était le personnage, ce qui est rare. Elle a toujours gardé non pas son accent, mais sa respiration gaspésienne. Ce qui est merveilleux, c’est qu’elle a réussi à rejoindre le grand public. »

     

    Entière et libre

     

    Grâce à Jean-Claude Germain, le père de ses enfants et son ex-compagnon de vie, Nicole LeBlanc a pu exploiter sur scène sa fantaisie, son excentricité, sa joie de vivre dans des rôles à la mesure de son talent, telle cette chanteuse au faîte de sa gloire et au crépuscule de sa vie dans Les hauts et les bas d’la vie d’une diva : Sarah Ménard par eux-mêmes (1974) au Théâtre d’Aujourd’hui.

     

    Sa grande amie Pauline Martin, rencontrée lors de la reprise des Belles-soeurs de Michel Tremblay 25 ans après sa création, se souvient de Nicole LeBlanc comme d’une artiste à part entière. « Nicole dessinait énormément et magnifiquement bien ; elle écrivait bien, elle avait une calligraphie extraordinaire. Elle avait une collection de tableaux, de masques. C’était une dévoreuse de livres. Elle avait un rapport vrai avec la culture, mais elle n’étendait pas sa culture comme d’autres le font de la confiture. Elle était réellement cultivée. Elle avait aussi quelque chose d’extrêmement audacieux et de très libre. Elle portait des chapeaux extravagants qu’elle assumait totalement. Le mot liberté lui colle extrêmement bien. »

    Photo: Radio-Canada «Le temps d’une paix», avec Nicole LeBlanc, Denys Paris et Monique Aubry, en 1984
     

    Outre son talent, ce que Pauline Martin respectait plus que tout chez Nicole LeBlanc, c’était son besoin de jouer : « En voyant jouer Nicole, on comprenait qu’elle avait ce besoin, et ça fait une grande différence dans ce que le public reçoit. Jouer, pour Nicole, c’était un don de soi. Elle était très entière. Elle avait du caractère, mais elle n’aurait jamais pu toucher autant les gens si elle n’avait pas été hypersensible et extrêmement attentive aux autres. Elle savait ce qu’elle voulait et ce qu’elle acceptait de faire, elle le faisait avec tout son coeur, toute son âme. »

     

    Un modèle

     

    Aux dires de Jean-Claude Germain et de Pauline Martin, Nicole LeBlanc n’avait pas d’âge et n’avait rien perdu de sa folie avec les années. Pour Geneviève Brouillette, qui interprétait sa fille dans Apparences (2012) de Serge Boucher, Nicole LeBlanc était « beaucoup plus wild que les rôles qu’elle jouait à la télé ».

     

    « Je l’adorais ! s’exclame Geneviève Brouillette. Elle était une grande actrice, une femme avec beaucoup d’humour et un esprit libre. Travailler avec elle, la regarder travailler, c’était pour moi une grande leçon d’acting. Elle avait tant de profondeur et de simplicité dans son jeu. Quand elle se trompait, elle riait tellement d’elle-même, c’était craquant. »

    Photo: Théâtre du Nouveau Monde «À toi pour toujours, ta Marie-Lou», de Michel Tremblay, au Théâtre du Nouveau Monde en 1984
     

    « Sur le plateau d’Apparences, où l’on travaillait avec Francis Leclerc dans la légèreté et l’humour, elle ne nous faisait jamais sentir qu’on était plus jeune qu’elle, se rappelle l’actrice. Elle était tellement bouleversante, elle ne poussait rien, elle faisait confiance au texte. Il fallait que je me retienne pour ne pas trop l’aimer parce que mon personnage était moins attendri que moi je l’étais par Nicole. J’avais juste envie de la serrer dans mes bras et lui donner plein de becs. Je ressentais une grande tendresse pour elle. »

     

    Fidèle à sa nature curieuse, Nicole LeBlanc n’hésitait pas à sortir des sentiers battus. C’est ainsi qu’on a pu la voir dans Série noire de François Létourneau (2014) : « Nicole avait une palette extrêmement large, explique Jean-Claude Germain. Pour elle, c’était un souffle nouveau, mais elle pouvait se sentir très à l’aise là-dedans, car, très souvent, c’était en filiation d’esprit avec ce qu’on avait fait. »

     

    Avec l’accord de la famille et les amis de Nicole LeBlanc, l’agence Goodwin a mis en place une page Facebook afin que le public puisse témoigner de son affection pour celle qui a marqué plusieurs générations de spectateurs. « Nicole ne voulait rien de flamboyant », confie Pauline Martin, qui a accompagné son amie jusqu’à la fin.













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