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    Cinéma

    Exporter les images de nos rêves

    Vu du sol, l’univers numérique est en expansion dans nos circuits branchés montréalais, avec conditions gagnantes pour séduire la planète. La ville regorge d’inventeurs, d’animateurs, de techniciens au numérique hors pair. Depuis un bail, en plus. Déjà en 1986, le visionnaire Daniel Langlois fondait Softimage avec son logiciel d’animation 3D.

     

    Tout un ADN de la métropole a trois dimensions. Ces sphères immatérielles sont en mouvement.

     

    Prenez l’animation long métrage. Bien des studios établis à Montréal, dont Cinesite et Framestore, puits d’emplois, sont européens. La propriété intellectuelle de films comme Le petit prince et Ballerina, animés ici, demeure française, puisqu’ils furent imaginés là-bas. C’est la signature nationale qui manque.

     

    Ce secteur-là survole les frontières comme des voiliers d’outardes. Sa main-d’oeuvre migre aussi. Nombreux sont les techniciens québécois qui se posent en Californie, chez Disney ou Pixar, reviennent au bercail, repartent ailleurs. Le règne de la mondialisation s’y impose en majesté.

     

    Maîtres chez nous

     

    Je vous raconte ça après être allée faire un tour cette semaine chez nGenious Studio. La boîte est établie sur le boulevard Saint-Laurent depuis le mois d’août dernier ; petite ruche dans le bout du parc du Portugal, l’ancien fief de Leonard Cohen. Il me semble qu’il faut mettre davantage son nez dans l’industrie du numérique, qui bouge tant ici.

     

    Mon but était de rencontrer Éric Gervais-Després, cofondateur de ce studio d’animation avec Benoit Parent. Ses visées d’expansion du type « Maîtres chez nous ! » m’inspiraient.

     

    « Montréal est l’endroit au monde qui fait le plus d’animation, me dit-il. Les compagnies étrangères viennent pour les crédits d’impôt et pour la main-d’oeuvre, mais nos créateurs et techniciens sont encore surtout des petites mains. » Soupir !

     

    En ce moment, 35 personnes de sa boîte derrière des ordinateurs travaillent à une coproduction 3D entre la Norvège, la Chine et le Québec (ici par le producteur Jean Aubert de Blue Bug Entertainment). On parle du long métrage d’animation Troll, the Tale of a Tail,inspiré des lutins des légendes scandinaves.

     

    Tiens donc ! Le roi troll porte un panache d’orignal, gracieuseté de l’équipe québécoise, et une créature bicéphale est baptisée Jin et Jan pour plaire aux Chinois. Jean Aubert ne trouve pas ces coproducteurs chinois trop exigeants. Ils ont demandé d’assombrir la blondeur des chevelures scandinaves. Pas de faire pratiquer aux trolls les arts martiaux. Quand même : les histoires de chacun se décolorent au contact des autres.

     

    Éric Gervais-Després rêve du jour où des scénarios issus de l’imaginaire québécois, des contes de Félix Leclerc et de Gilles Vigneault par exemple ou des histoires nouvelles, feront la conquête du monde en animation long métrage.

     

    Accroché au train de la 3D

     

    Son propre parcours s’accroche au train de la 3D depuis ses débuts. Il a démarré à Montréal au Softimage de Langlois, avant de s’exiler six ans à Los Angeles chez Disney. De retour au Québec, venu planter sa tente avec sa petite famille, pas de chance ! la débâcle de Cinar plombait le milieu. Éric Gervais-Després trouva des contrats à Toronto. Puis, grâce à Singing Frog et CarpeDiem, le studio de Marie-Claude Beauchamp qui enfanta les premiers longs métrages 3D québécois (La légende de Sarila et La guerre des tuques), il put retravailler chez lui.

     

    « On est reconnus au Québec pour savoir se débrouiller avec peu d’argent, en apportant un look particulier. Il y a tant de talents ! » s’exclame-t-il.

     

    Avec des pionniers comme Frédéric Back et Norman McLaren et des animateurs de courts métrages contemporains comme Theodore Ushev, Patrick Bouchard et compagnie pour l’ONF, la réputation du Québec n’est plus à faire, de toute façon. C’est le long métrage animé, cher et complexe, qui cherche ses marques.

     

    Revenons à cette délicieuse Guerre des tuques 3D de Jean-François Pouliot et François Brisson. Tirée du Conte pour tous culte d’André Mélançon, avec un budget infime de 12 millions de dollars, l’animation, lancée ici en 2015, vendue un peu partout, fait un malheur en Chine sur ses 4000 écrans depuis le 1er avril dernier.

     

    Le succès de ce film pur Québec, bientôt flanqué d’une suite, galvanise le milieu : si ça a marché pour eux, pourquoi pas pour nous ?

     

    Éric Gervais-Després et le producteur Jean Aubert aiment le côté intemporel de l’animation. Ils me parlent de Blanche-Neige et les sept nains, film de Disney bientôt octogénaire (1937) parvenu à séduire une génération après l’autre. D’où cette envie d’offrir au monde une poésie durable et planétaire aux oeuvres d’ici en 3D ou autrement. La mondialisation dilue la création. Elle peut aussi la propulser.

     

    Autant y croire avec eux, comme avec Carpe Diem et autres studios québécois d’animation long métrage qui en plus d’embaucher nos techniciens commencent à exporter les images de nos rêves. Hollywood n’est pas le seul joueur de tête. La France sème des perles dans ce secteur-là. Et pourquoi pas le Québec aussi ?













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