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    L’homme qui fait rayonner la littérature québécoise en Allemagne

    Peter Klaus doit recevoir l’Ordre national du Québec ce mercredi des mains de Philippe Couillard

    Romaniste, américaniste, angliciste, le professeur de littérature dit s’être retrouvé facilement dans un corpus nourri par les œuvres de Tremblay, Thériault, Godbout, Laberge, Hébert et les autres.
    Photo: Pedro Ruiz Le Devoir Romaniste, américaniste, angliciste, le professeur de littérature dit s’être retrouvé facilement dans un corpus nourri par les œuvres de Tremblay, Thériault, Godbout, Laberge, Hébert et les autres.

    Dans la traduction, il est facile de se perdre. Parlez-en à Peter Klaus, professeur de littérature à la Freie Universität Berlin, à qui un éditeur allemand a demandé un jour de « critiquer » la traduction dans la langue de Goethe du roman Passage d’Émile Ollivier, romancier québécois d’origine haïtienne et « schizophrène heureux » à ses heures. « Dans ce livre, Normand, le héros, se promène “sur la Catherine”, relate l’homme rencontré mardi à Montréal avec la précision du détail qui distingue les passionnés. Vous, moi, nous savons de quoi il s’agit, mais le traducteur, lui, ne le savait pas et ça donnait en allemand quelque chose d’un peu, disons, lubrique. »

     

    La « Catherine » ? Celle qui s’étend, oui, mais d’est en ouest, au coeur de Montréal, Peter Klaus a eu maintes fois l’occasion de l’arpenter depuis sa découverte de Montréal en 1967, l’année de l’Expo, puis dans ses multiples visites ici, les années suivantes. Le poète Gaston Miron l’y a conduit aussi, dans une de leurs nuits montréalaises, où le jeune universitaire, venu parfaire sa connaissance du corpus littéraire québécois dans les années 1980, a rencontré « tout le gotha du monde des Lettres », dit-il, pour ensuite en faire rayonner les écrits chez lui, en Allemagne.

     

    Cette passion partagée avec des hordes d’étudiants s’est jouée dans la discrétion et dans les tours d’ivoire des universités. Ce mercredi, elle va être éclairée par le métal brillant d’une reconnaissance : l’Ordre national du Québec qui va être accroché au revers de son veston par Philippe Couillard.

     

    « Peter Klaus est un homme exceptionnel, a écrit depuis ses bureaux de l’Académie française Dany Laferrière dans une lettre visant à appuyer la candidature de l’universitaire allemand. Son grand talent de professeur et sa passion du Québec ont ouvert la porte aux écrivains québécois en Allemagne. […] Faire connaître un écrivain dans une langue étrangère est un lent et patient travail », auquel s’adonne l’homme depuis sa rencontre avec la littérature acadienne d’Antonine Maillet — Pélagie-la-Charette est le premier livre francophone d’Amérique qu’il a lu, avoue-t-il —, puis la poésie de Miron et le Volkswagen Blues de Jacques Poulin qui vont sceller son destin.

     

    « La littérature québécoise représentait lamentalitéde l’enfermement, du rétrécissement, pour citer Jacques Allard, résume M. Klaus dans un français laissant délicieusement apparaître en arrière-plan quelques accents tonaux allemands. Et puis, d’un coup, dans les années 1980, la vision du Québec, sa perspective a changé. Il s’est libéré de la mère patrie française, de la dictature de l’Académie française. Sa littérature s’est émancipée par sa langue et dans l’appropriation du continent nord-américain comme faisant partie de son identité, de son histoire. Et ça a donné quelque chose de fascinant. »

     

    Romaniste, américaniste, angliciste, le professeur de littéraire dit s’être retrouvé facilement dans un corpus nourri par les oeuvres de Michel Tremblay, Yves Thériault, Jacques Godbout, Marie Laberge, Anne Hébert et les autres, qu’il a fréquentés bien au-delà de leurs mots.

     

    En novembre 2015, Dany Laferrière, « mon grand frère », dit-il, lui a rendu visite pour y recevoir le Grand Prix de la ville de Berlin. La soirée s’est finie dans un café ayant appartenu à Bertolt Bretcht. Avec Régine Robin, auteure de La Québécoite en 1983, il va toujours « dans le même restaurant, sur le même banc, pour y boire le même vin », chaque fois qu’elle passe dans la capitale allemande. Il se souvient de Miron, qui lui a fait un concert de musique à bouche, devant des étudiants émus, et ce, pour éviter, avait dit le poète tonitruant, « de faire un discours ennuyeux », se souvient-il, donnant à son contact avec les Lettres du Québec des allures de chronique mondaine.

     

    Il y a quelques jours, il a croisé Kim Thúy, « une femme pleine d’énergie que j’aime beaucoup », dit M. Klaus, dont la passion pour la littérature du Québec se poursuit au contact d’une nouvelle génération d’auteurs, mais avec un peu moins d’intensité, admet-il.

     

    « J’ai lu Mayonnaise, d’Éric Plamondon, que j’ai rencontré aussi à Berlin, dit-il. Ma femme a été éblouie. Pour ma part, j’ai trouvé ça un peu mince, mais à y regarder de plus près, cet auteur va peut-être prendre en substance », tout en continuant à incarner, avec les autres de sa génération, ce que Peter Klaus dit aimer depuis toujours dans la littérature du Québec. Elle raconte « une autre Amérique plus européenne, plus à notre échelle », elle expose « l’ouverture et la diversité » et le fait dans cet esprit multiple, complexe, créatif qui ne peut que la rapprocher du Berlinois qu’il est, tant elle partage et raconte le même « esprit que celui de Berlin », conclut-il.













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