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    Une culture à étreindre

    On regarde ce qu’il y a à boire et à manger côté culture, dans le dernier budget Leitão. Voyant les journaux indépendants fortifiés, la musique épaulée — mais il faudrait plus que 5 millions sur deux ans pour sauver son industrie du maelström qui l’engouffre. Des questions subsistent du côté des petits musées, quand des institutions majeures sont consolidées.

     

    Si le rayon audiovisuel reçoit de nouveaux crédits d’impôt, reste à connaître les montants alloués au projet culturel numérique. On s’étonnerait, faut dire, que le gouvernement chipote là-dessus. Le numérique est l’ogre à gaver dans notre époque dématérialisée.

     

    Tout change tellement vite avec les nouvelles plateformes : le public a déjà fait trois tours de piste avant que les mécanismes officiels n’ajustent leurs cadrans.

     

    Faut prendre ces virages, soit, mais les secteurs culturels traditionnels réclament l’injection de fonds massifs (et une volonté passionnée en haut lieu) pour refaire surface. Les dragons de l’instantanéité surgissent au détour de son chemin.

     

    La culture, autant que l’éducation, devrait être au coeur battant du projet politique québécois. Par elle se distingue notre société. Vérité bien comprise par Gabriel Nadeau-Dubois, le nouveau candidat de Québec solidaire. Ailleurs, ce discours semble moins vital. Les mots pour le dire sonnent creux ou s’agrippent aux emplois créés par l’industrie culturelle. De son âme impalpable, ne parlons point.

    Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Montréal constitue une plaque tournante pour les effets spéciaux. Ici, les bureaux montréalais de Cinesite.

    Ça prendrait davantage que des budgets pour donner le goût des arts et du savoir à une population si rarement invitée à pénétrer l’intimité des oeuvres, afin d’en savourer la beauté. Pour l’heure, aux Québécois, on demande de rigoler ferme ou d’ouvrir grand les yeux pour en avoir plein la vue.

     

    Se rapetisser soi-même

     

    Ici, la culture demeure mal transmise, mal aimée, poussée du pied au profit du divertissement triomphant. Le Québec est un vivier créatif trop coupé de ses sources passées, explorateur amnésique et audacieux, entre éclairs de découvertes et replis d’ignorance. Le genre de société qui néglige ses grands auteurs pour mieux illuminer ses montagnes et ses ponts.

     

    On attend la future politique culturelle, avec quelques espoirs fous dans le cabochon…

     

    D’ailleurs, pour ceux qui se demandent quand elle va émerger, cette politique-là, ça s’en vient, semble-t-il. Au bureau du ministre de la Culture, on me répond qu’elle sera déposée au printemps (plutôt juin), adoptée d’ici la fin de l’année, avec plan d’action en 2018.

     

    Les ministères de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur s’y seraient impliqués. Il le faut. Tant de voix réclamaient durant les consultations publiques ces précieux maillages. Ça commence au berceau, l’amour des arts. L’école est cruciale, la famille aussi. L’Internet change la donne aussi. Ce budget prévoit un appui aux créateurs qui travaillent auprès des jeunes. Un début, tout de même.

     

    Remarquez : le Québec n’est pas seul à patauger dans sa soupe.

     

    En France, la campagne présidentielle, partie en couille, reste muette ou presque sur sa mission culturelle. Sinon, c’est pour nier, comme le fit le centriste Emmanuel Macron, l’existence de la culture française.

     

    Allons donc ! À force de contester la réalité de leurs troncs communs culturels, les sociétés se rapetissent elles-mêmes, comme Alice au pays des merveilles en buvant son flacon. Même le Québec possède un socle culturel. Alors la France…

     

    Maillages en vue

     

    L’union fait la force, dit-on. Suffit parfois d’amarrer les continents entre eux pour voir au loin et épauler l’autre. On a parfois l’impression que le glissement des Français vers l’anglais dans l’affichage, les discours ou le slogan d’une candidature olympique se répand partout chez eux, dans un grand « Made for Sharing ». Certains commencent à voir les dangers d’assimilation linguistique que les Québécois, par leur résilience géographique, affrontent depuis longtemps.

     

    Monique Simard, la présidente de la SODEC, m’affirme trouver à Paris des interlocuteurs préoccupés par ces questions, à la tête d’institutions majeures comme Unifrance et le CNC (Centre national du cinéma). Il y a de l’espoir, dit-elle.

     

    Et de me brandir un accord signé en février, bientôt structuré en juin prochain : la Convention de jumelage entre le CNC et la Société de développement des industries culturelles au Québec. Ça paraît bien sur papier.

     

    Après tout, là comme ici, nos institutions ont intérêt à échanger. L’accord en question pousse sur un terreau fertile : les percées en France du cinéma québécois. Le septième art francophone a besoin de visibilité des deux côtés de l’Atlantique, de toute façon. Va pour les jumelages !

     

    En gros, l’accord prévoit des échanges de salariés (sur une période de deux mois sans doute), pour aider chaque institution à se frotter aux méthodes de l’autre. Un label France Québec serait créé, de nouvelles manifestations culturelles franco-québécoises suivraient. Des ententes inédites de coproduction et de diffusion pourraient s’accrocher à ce train-là.

     

    Pour l’heure, l’accord de trois ans, renouvelable à volonté, est sans d’équivalent entre le CNC, qui pilote en France l’industrie la plus importante d’Europe, et une institution de la francophonie.

     

    La SODEC a des cartes dans son jeu, dont une longue expérience des crédits d’impôt, des réflexions aiguisées sur le rayonnement de la francophonie. En animation jeunesse, l’Hexagone brille de tous ses feux, mais Montréal constitue une plaque tournante pour les effets spéciaux. « On pourrait faire des échanges de studios… » lance Monique Simard comme un voeu. Autant tenter le coup !

     

    Entre les espoirs et les projets concrets, l’univers culturel bouillonne surtout du côté des écrans de tous formats. Espérons qu’il vivra longtemps aussi à échelle humaine : avec un livre lu, une histoire racontée, une pièce jouée. Difficile de trouver, chose certaine, des lumières, seul dans sa cour artistique au milieu d’une planète en folie. Reste à apprendre à s’entraider.













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