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    Galerie B-312

    Porter fièrement sa «Croix»

    1 avril 2017 | Claude Lafleur - Collaboration spéciale | Actualités culturelles
    L'installation de la réplique de «La croix du mont Royal» de Pierre Ayot au pied du mont Royal en 2016 est une initiative du commissaire et critique d'art Nicolas Mavrikakis.
    Photo: Gabor Szilasi L'installation de la réplique de «La croix du mont Royal» de Pierre Ayot au pied du mont Royal en 2016 est une initiative du commissaire et critique d'art Nicolas Mavrikakis.
    Ce texte fait partie d’un cahier spécial.

    En 1991, un groupe de jeunes artistes diplômés de l’UQAM fonde la Galerie B-312, un centre d’artistes autogéré qui se veut avant tout un lieu de création multimédia. Ce faisant, il prend part à une formule qui fait l’envie du monde des arts un peu partout sur la planète.

     

    « En allant sur la scène internationale, j’ai réalisé à quel point les centres d’artistes autogérés sont quelque chose qui distingue le Canada, et plus particulièrement le Québec, déclare Marthe Carrier, directrice de la Galerie B-312. C’est ici que cette façon de faire s’est le mieux développée et est le plus structurée. Je dirais même que c’est quelque chose d’essentiel à l’écologie du monde des arts. »

    Marthe Carrier

    En 2016, la Galerie B-312 a souligné ses 25 ans d’existence en participant à la Rétrospective Pierre Ayot — figure marquante de l’histoire de l’art au Québec — en recréant son oeuvre mythique : La croix du mont Royal.

     

    Par conséquent, le Conseil des arts de Montréal (CAM) estime qu’il s’agit là d’un « accomplissement exceptionnel durant l’année artistique 2016 ». La Galerie B-312 figure ainsi parmi les cinq finalistes du Grand Prix du CAM. Plus spécifiquement, le Conseil considère que cette galerie contribue de façon originale « à la vitalité de la ville de création qu’est Montréal ».

     

    Prise de parole

     

    « En 1991, nous étions quatre artistes qui terminaient chacun une maîtrise à l’UQAM », relate Marthe Carrier. En fait, ces jeunes artistes reprenaient en main la galerie d’art L’Émergence, fondée en 1983 par Jean-Jacques Huot, celui-ci désirant prendre sa retraite.

     

    « On a alors choisi de transformer L’Émergence en un centre autogéré », poursuit-elle, une structure qui favorise l’implication des artistes au sein du conseil d’administration ou du comité de programmation, ou en prenant part aux grandes orientations de l’organisme. « Nous voulions donc offrir aux artistes une plateforme d’échanges et de rencontres », précise la directrice de la galerie.

     

    Il s’agit aussi d’une prise de parole, puisque c’est une façon pour les artistes de dire qu’ils soutiennent un autre artiste parce qu’ils trouvent intéressant ce que celui-ci fait. « Pour moi, cette prise de parole, c’est quelque chose de très précieux, insiste Mme Carrier. C’est aussi une façon de prendre en charge les moyens de production, de diffusion et de prestation du travail des artistes par eux-mêmes. »

     

    Située à l’origine sur le Plateau Mont-Royal, la galerie L’Émergence s’est rapidement installée dans l’édifice Belgo, au 372, rue Sainte-Catherine, ses nouveaux fondateurs désirant faire voir le travail des artistes au plus grand nombre possible de personnes.

     

    « Nous logions au local B-312, d’où le nom que nous avons donné à notre galerie », explique Mme Carrier. Puis, une douzaine d’années plus tard, la galerie a emménagé à l’espace 403 du Belgo, tout en conservant son nom. « Je sais, ça fait beaucoup de chiffres qui se confondent ! », dit-elle en riant.

     

    Ces vingt-cinq dernières années, la galerie B-312 a présenté plus de 250 expositions et interventions artistiques. Quelque 800 artistes ont participé à des événements au bénéfice du centre. Plus de 60 tables rondes, conférences d’artistes et visites d’atelier ont été organisées, 90 musiciens y ont produit des concerts, etc.

     

    Marthe Carrier souligne en outre que ses trois collègues fondateurs — Michel Boulanger, devenu professeur à l’École des arts visuels et médiatiques de l’UQAM, Marc Desjardins, qui a fondé sa propre maison d’édition, et Johanne Gagnon, qui a enseigné les arts jusqu’à tout récemment au Cégep Édouard-Montpetit — sont encore reliés à la galerie 25 ans plus tard.

     

    La croix de la polémique

     

    L’année dernière, la Galerie B-312 s’est associée à la Rétrospective Pierre Ayot organisée par la Grande Bibliothèque de Montréal, une initiative du commissaire et critique d'art Nicolas Mavrikakis qui a aussi été présentée dans divers bibliothèques, centres d’artiste, galeries privées et musées. C’est ainsi que la Galerie B-312 a entrepris de restituer la fameuse Croix du mont Royal de M. Ayot.

     

    Rappelons que Pierre Ayot, décédé en 1995 à l’âge de 52 ans, a mené une longue carrière de professeur à l’Université du Québec à Montréal en plus de fonder l’Atelier Graff et de lancer, avec sa compagne Madeleine Forcier, une galerie éponyme.

     

    Au milieu des années 1970, cet artiste a imaginé une croix semblable à celle qui domine le mont Royal, mais qui serait penchée sur son flanc, comme si elle venait se reposer au pied de la montagne.

     

    À l’été de 1976, cette oeuvre a été installée dans le cadre de l’exposition d’art public Corridart, s’étalant tout le long de la rue Sherbrooke, à l’occasion des Jeux olympiques. Or, le maire Jean Drapeau n’a pas du tout apprécié cette initiative citoyenne et artistique. Par conséquent, l’oeuvre, à peine achevée, fut tout de suite démolie en même temps que le reste de l’exposition Corridart… donnant lieu à l’un des grands épisodes de censure qu’a connus la métropole.

     

    Quarante ans plus tard, la Galerie B-312 fabrique donc une croix similaire… recréant, ô surprise, un nouvel épisode de censure ! En effet, quelques jours avant la mise en place de la croix à proximité des bâtiments des religieuses hospitalières de Saint-Joseph, le maire Denis Coderre considère pour sa part que l’oeuvre pourrait froisser certains.

     

    Mais les commissaires refusent de se plier aux exigences de la Ville et décident d’aller de l’avant. Leur projet reçoit alors l’appui du public puisque, entre autres, plus de deux cents citoyens contribuent financièrement au projet. Le public s’approprie donc l’oeuvre.

     

    « Nous voulions recréer cette oeuvre puisque nous la trouvions particulièrement intéressante, tant dans sa proposition que par son histoire, relate Marthe Carrier. Et le moins qu’on puisse dire, c’est qu’il s’agit d’une oeuvre qui soulève toujours des questionnements, des réflexions et des prises de position. »

     

    L’exposition 2016 de la croix de Pierre Ayot n’était que temporaire, ajoute-t-elle, et a pris fin en décembre dernier. La croix fut démontée et les morceaux, loués, furent redonnés aux diverses entreprises de location.













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